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Publié par Philippe Poisson

© musée Nicéphore Niépce / Léon Collin
© musée Nicéphore Niépce / Léon Collin

© musée Nicéphore Niépce / Léon Collin

La Loire. Transport des condamnés. Entre 1906 et 1910. « Dans le brouillard du matin, la silhouette gigantesque de La Loire, déjà balancée par le roulis, apparaît aux yeux étonnés des bagnards. Un par un, ils montent vacillants, secoués des premiers spasmes du terrible mal de mer, cramponnés à la corde de la coupée. Péniblement soutenus par des camarades, certains d’une pâleur de cadavre, anéantis par ce balancement continu des lames, sont hissés sur le pont comme des colis informes » (note du docteur Léon Collin).

Lavage du linge à bord. Entre 1906 et 1910. « Hebdomadairement, pendant le cours de la traversée, une lessive s’organise sur le pont, entre condamnés, avec les bailles d’eau douce fournies par l’équipage. C’est à qui rivalisera d’émulation. On ne rêvait pas mieux vraiment, comme équipe de travailleurs » (note du docteur Léon Collin).

Le médecin militaire Léon Collin a débuté sa carrière en accompagnant un transport de prisonniers vers la Guyane, avant de partir en Nouvelle-Calédonie où il a assisté aux dernières années du bagne en 1924. Au cours de ces voyages, le docteur Collin va réaliser un reportage photographique, composé principalement de 125 plaques négatives. Il va les tirer par contact puis les assembler dans des cahiers tapuscrits, où sont compilés les témoignages qu’il a accumulés auprès de chacun des forçats (et que nous reproduisons tels quels en légendes). Cet officier va diffuser ces « interviews » en gardant l’anonymat dans plusieurs magazines du début du XXe siècle, et dénoncer ce mode de châtiment judiciaire. Mediapart en publie des extraits et ouvre ainsi une collaboration régulière avec le musée Nicéphore Niépce de Chalon-sur-Saône.

Parti au bagne avec les forçats | Mediapart

Collection personnelle Philippe POISSON
Collection personnelle Philippe POISSON
Collection personnelle Philippe POISSON

Collection personnelle Philippe POISSON

 

La Loire ou le Martinière pour la Guyane, L'Iphégénie ou le Calédonie pour la Nouvelle Calédonie transportaient les bagnards depuis Saint-Martin-de-Ré à raison de deux convois par an en moyenne pour la Guyane. Plusieurs centaines de bagnards s'entassaient dans l'entrepont, dans les espaces fermés de grilles appelés "bagnes" et où ils disposaient leurs hamacs...

Lexique | L'Histoire

" ... Rebaptisé La Martinière,ce vapeur de trois mille cinq cents tonnes construit en 1912 entame une longue carrière de bateau prison. A chaque voyage, il peut transporter près de huit cent cinquante condamnés. Long de cent vingt mètres sur seize de large avec dix mètres de tirant d'eau, le navire comporte quatre faux ponts goudronnés et séparés par des cloisons étanches, chacun d'eux contenant deux cages que l'on nomme « bagnes ». Leurs parois sont badigeonnés au blanc de zinc à chaque voyage. Soixante à quatre-vingt forçats peuvent y être enfermés ; ils ont à leur disposition des bancs de bois, des tringles fixes en fer pour accrocher les couvertures, les hamacs et leurs sacs. Les détenus politiques disposent de cages isolées.

L'éclairage est assuré par des lampes électriques et des fanaux de secours sont prévus en cas de panne de la dynamo du bord. Pour descendre dans les faux ponts, les matelots ou les surveillants empruntent des escaliers en fer avec rampe, surmontés d'une petite guérite en forme de dôme qui empêche la pluie et les embruns de pénétrer dans les cales. A la mer, la grande écoutille est fermée par des panneaux pleins protégeant les hommes et garantissant les marchandises des cales. Dans les faux ponts, quatre cellules sont aménagées pour recevoir des condamnés qui commettent des fautes graves contre la discipline. En outre, il existe également des « cellules chaudes » placées au-dessus des chaudières qui ont raison des plus récalcitrants. Un réseau de tuyauterie traverse les cages. Un peu à la manière des négriers qui inondaient les cales en cas de révolte des esclaves, sur le La Martinière il suffit d'abaisser une manette pour noyer toute tentative de sédition ou de mutinerie sous des jets d'eau bouillante qui mettent immédiatement les épidermes à vif et calment les plus belliqueux. Il ne semble pas toutefois qu'il ait fallu en arriver à ces extrémités. Quelques coups de matraque et de crosse eurent toujours raison des plus excités qui se manifestent surtout par gros temps. Arrivés aux latitudes tropicales, une chape de plomb tombait sur les cages et annihilait les volontés les mieux trempés..1. »

1 Pierre Dufour, Les Bagnes de Guyane, 2006, Pygmalion, département de Flammarion, 393 p

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14 . Parcours d'un condamné définitif au bagne colonial - « Le La Martinière effectue son premier voyage vers Saint-Laurent-du-Maroni 1921. En août, il débarque 494 condamnés, puis 596 en octobre (dont 544 embarqués à Alger). Trois convois suivent en 1922 avec 609 matricules en janvier, 662 en mars (dont 541 d'Alger) et 626 en mai (dont 557 d'Alger).Dès lors, la capacité d'accueil de la Guyane est de nouveau atteinte ( après les décès d'un effectif non renouvelé lors des années de guerre, du fait de l'arrêt des convois entraîné par la guerre sous-marine menée par les Allemands), et les convois des années suivantes comblent les pertes moyennes dues à la mortalité (soit environ 600 décès par an). On note ainsi deux convois en 1923, trois en 1924, deux en 1926, un en 1927, un en 1928, un en 1930, deux en 1931, trois en 1933, deux en 1935 et enfin un dernier en 1938, uniquement composé de relégués. Soit au total vingt trois convois avec des conditions sanitaires généralement satisfaisantes et un pourcentage de décès faible. Sur dix de ces convois, aucun mort n'est à déplorer. Sur les autres, la moyenne est de un à trois (ainsi en 1921, trois cas de grippe espagnole liée à l'épidémie qui sévit partout dans le monde). Le chiffre le plus important est celui de 1922 avec sept morts (dont six condamnés arabes) que le médecin-major, commissaire du gouvernement chargé de veiller à l'état sanitaire avant l'embarquement et pendant le le voyage, explique en mentionnant : « D'une façon générale, l'état physique des arabes est bien mauvais, beaucoup d'entre eux provenaient de la région d'Orléansville où la disette avait sévi l'année précédente. » ..1 »

1 Michel Pierre, Bagnards – La terre de la grande punition – Cayenne 1852-1953 – Éditions Autrement, 2000, 262 pages

 

Vie quotidienne des forçats sur les navires à destination du bagne

Pour ceux qui, dans la première moitié du XXe siècle, échappaient à la guillotine, le bagne de Cayenne était une destination inévitable, avec le plus souvent un aller simple.

Les quais de quelques ports français résonnaient régulièrement des fers qui entravaient la marche des condamnés, et les cales du Martinière donnaient un avant-goût de l'enfer qui attendait là-bas, de l'autre côté de l'océan. Les auteurs ont retrouvé des témoins parmi le personnel navigant, et leurs récits et photos donnent un éclairage passionnant sur cette prison flottante. Parfois anecdotiques, toujours hauts en couleurs, les témoignages nous ramènent à l'époque de Papillon et de Chéri Bibi.

Franck Sénateur, enseignant et historien du système pénitentiaire français, a été le maître d'œuvre du livre. Il s'est appuyé sur de nombreux documents et témoignages ; Paul Mauro, patron pêcheur à Piriac, a 14 ans quand il est embarqué comme mousse, en 1935, sur le navire et fait de nombreux voyages de France en Guyane et dans les Antilles.

Passionné d'histoire maritime, Bernard Cognaud a été bercé dès son plus jeune âge dans le milieu maritime : un grand-père patron pêcheur, un oncle capitaine cap-hornier et un autre navigant sur le Martinière. Il raconte la vie du dernier bateau bagne jusqu'à sa fin sous le chalumeau du démolisseur.

En mars 1955, l'épave du Martinière vient s'amarrer au quai à charbon du bassin de Penhoët à Saint-Nazaire, pour y être démolie ...

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