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Publié par Philippe Poisson

59, passage Sainte-Anne (Frédérique Volot)

Octobre 1861, Mimi Pattes-Maigres, une comédienne dans les théâtres populaires, femme de petite vie disait-on à l’époque est retrouvée suicidée. Marthe, son ex-collègue devenue Mme de Germonville par la grâce d’un heureux mariage ne croit pas à cette version. Elle s’en ouvre à son amant, Achille Bonnefond, détective privé, qui trouve un message étrange chez Mimi Pattes-Maigres. Puis c’est au tour d’un informateur d’Achille de mourir, atrocement mutilé. Il ne lui en faut pas plus pour partir à la recherche du ou des meurtriers aidé de son fidèle ami Félix, et d’un allié moins commun, Allan Kardec, le plus célèbre spirite du Second Empire. 

Achille Bonnefond, je l’avais déjà rencontré lors de sa précédente et première aventure, La Vierge-Folle. Le voici donc de retour avec ses amis, Baise-la-Mort, Félix et Tamara sa servante avec laquelle il a des liens quasi filiaux. Dans ce roman, Achille renouera avec sa famille, ses oncles, tante et cousin(e)s, qu’il n’a plus vue depuis très longtemps pour cause de fâcherie avec ses parents. Les parents d’Achille sont très à cheval sur les convenances, veulent être de la bonne société et le montrer. Achille s’en moque et aspire à une vie simple néanmoins non dénuée des avantages que lui procure l’argent qu’il gagne, car Achille est un jouisseur. Il donne beaucoup aux pauvres également, de l’argent certes, mais aussi du temps et de la considération, sans se forcer, il aime les gens, c’est dans sa nature. Il aime aussi beaucoup les femmes et n’est pas insensible (c’est une litote) aux charmes de sa cousine Garance qu’il avait quittée gamine agaçante et qu’il retrouve jeune femme libre et pleine d’ambition.

Ce roman n’est pas vraiment un polar même si enquête il y a, c’est plutôt une chronique de la vie parisienne au Second Empire. Paris est totalement transformé par Haussmann, certains s’y enrichissent et les pauvres sont obligés de s’éloigner du centre, de s’entasser dans des quartiers insalubres, tombant ainsi encore plus dans les difficultés pour trouver un emploi, pour se loger décemment. De cette période, on a souvent une mauvaise image, souvent à cause de Victor Hugo d’ailleurs qui ne s’est pas privé de dire ce qu’il pensait de Napoléon III, qui a même été obligé de s’exiler. Mais Victor Hugo n’était pas totalement objectif, à cette époque, Paris a changé, s’est modernisé, les mœurs ont évolué. Attention, je ne fais pas d’angélisme, et d’ailleurs Frédérique Volot non plus, elle dit bien que les riches se sont enrichis, les pauvres appauvris et que tout ne fut pas rose. Mais pas noir non plus.  « Splendide! s’exclama-t-il en refermant la fenêtre. L’hôtel sera prêt pour la prochaine Exposition universelle. Je suis épaté d’assister à toutes ces transformations. Paris sera d’ici peu la plus belle ville du monde ! […] La spéculation allait bon train. Certains propriétaires profitaient de la moindre occasion pour augmenter les loyers de façon vertigineuse. Même si les deux tiers de la population étaient représentés par des petites gens et petits-bourgeois, il n’en restait pas moins vrai qu’une partie, chassée de chez elle, se retrouvait à la rue, démunie, obligée d’aller trouver refuge dans les carrières de Montmartre ou de l’autre côté des fortifications. » (p. 35)

Son livre est aussi un point assez précis sur une pratique très en vogue dans ces années-là, le spiritisme (V. Hugo a aussi assisté à des parties de tables tournantes). Directement venu des Etats-Unis, inventé par les sœurs Fox (à ce propos, lisez le formidable roman de Hubert HaddadThéorie de la vilaine petite fille qui sera un complément au livre de F. Volot), le spiritisme a très vite franchi les frontières et séduit de nombreuses personnes. Allan Kardec, de son vrai nom Hippolyte Léon Denizard Rivail, très impliqué dans la pédagogie et l’enseignement en fut l’un des théoriciens célèbres au XIX° siècle. Par la retranscription des séances auxquelles participent Allan Kardec et son épouse, deux mediums et Achille ainsi que le jeune scientifique Camille Flammarion, l’auteure donne à son texte des airs d’irréalité. Le spiritisme, pour moi incroyant, ça reste à la fois un mystère et une formidable mystification, mais aussi un contexte ou des circonstances fortes pour écrire une histoire mystérieuse, qui laisse planer un doute sur l’authenticité de telles pratiques. F. Volot joue à fond cette carte, et tant mieux, son roman se teinte d’une grosse touche de surnaturel. 

Hors cela, le roman est enjoué, Garance apporte une légèreté et un supplément de modernité -pensez-vous une femme de 1861 qui revendique sa liberté- dont il n’était déjà pas exempt, Achille étant un esprit moderne. Très bien mené, même sans une véritable enquête policière sur toute sa durée, il se lit avec grand plaisir et même avidité sur la fin ou les choses s’emballent et le suspense grandit.

Évidemment, la suite est attendue, j’espère Frédérique -vous permettez que je vous appelle par votre petit nom ?-, que vous en me décevrez pas et que vous continuerez à faire vivre Achille.

59, passage Sainte-Anne Broché – 9 octobre 2014

59, passage Sainte-Anne | Les 8 Plumes

 

Originaire de Vittel, Frédérique Volot fait des études de droit international et d’économie internationale à Paris. Après plusieurs années passées à travailler pour le cabinet du sénateur-maire de Metz, elle entame une carrière d'écrivain public en 2005. Passionnée d'écriture, elle collabore avec plusieurs maisons d’édition ; elle rédige les mémoires de particuliers, d'entreprises ou d'associations, et écrit des contes pour enfants.

Elle a également publié, en 2009 et 2011, Les Grandes Affaires criminelles de Meurthe-et-Moselle et Les Mystères de Meurthe-et-Moselle, ainsi qu'un recueil de nouvelles insolites et décapantes, intitulé Rue Maison-Dieu, remarqué par la presse et lu public. Enfin, elle a publié plusieurs romans comme Pour l'honneur de Blanche, ou La Vierge-Folle, qui nous plonge dans le Paris de la fin du règle de Napoléon III, le temps d'une enquête...

Frédérique Volot

Frédérique Volot

Ce que Fanny veut... (Les Presses de la Cité)

Chaque roman de la collection Terres de France est une invitation au voyage. Voyage au cœur de la passion, celle de nos auteurs dont la plume fait vivre d’extraordinaires destins, celle, aussi, de leurs héros qui, livre après livre, deviennent une part de notre mémoire. Voyage encore au cœur de nos régions, voyage enfin au doux parfum d’antan.

Le succès de la collection Terres de France ne serait pas ce qu’il est sans  vous, sans les Amis de Terres de France. Un fabuleux enthousiasme, témoin d’une passion partagée.

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Clarisse Enaudeau Terres de France - Presses de la Cité

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Clarisse Enaudeau, directrice littéraire de la collection Terres de France - Dîplomée de l'école du Louvre. Clarisse fut libraire à la FNAC, puis chargée du développement aux éditions de Borée, avant d'en prendre la direction éditoriale.

Clarisse Enaudeau, directrice littéraire de la collection Terres de France - Dîplomée de l'école du Louvre. Clarisse fut libraire à la FNAC, puis chargée du développement aux éditions de Borée, avant d'en prendre la direction éditoriale.

 

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