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Publié par Philippe Poisson

Daniel Defoe condamné au pilori en 1703,  par Ron Embleton (début du XXe s.) -

Daniel Defoe condamné au pilori en 1703, par Ron Embleton (début du XXe s.) -

L'écrivain anglais Daniel Defoe est condamné par la chambre des Communes à trois expositions au pilori, puis à l'emprisonnement à Newgate. Il s'était attiré la haine de l'Eglise avec ses pamphlets en faveur de la liberté de presse et de conscience, de la propriété littéraire, de la liberté religieuse et des non-conformistes. Daniel Defoe connaîtra la célébrité avec son roman d'aventure "Robinson Crusoë" paru en 1719.

Olivier Nagat  j'aime l'histoire

 

... Déjà à vingt et un ans, il avait publié un Traité contre les Turcs pour protester contre l'opinion qui, par haine du catholicisme, se prononçait contre l'Autriche. Compromis dans la tentative du duc de Monmouth, il entre en 1688 comme volontaire dans l'armée de Guillaume d'Orange, se fait publiciste, accumule articles sur articles et brochures sur brochures pour soutenir la politique du roi, et vers la fin du règne de Guillaume III publie une vigoureuse satire, the True-born Englishman, pour excuser le roi d'être Hollandais en prouvant aux Anglais qu'ils étaient eux-mêmes de toutes les provenances. La même année (1701), il présenta au Parlement la fameuse Pétition de la Légion qui lui valut la confiance de Guillaume.

Sa plume infatigable ne resta pas inactive sous la reine Anne. Il guerroya en faveur des non-conformistes, et son traité, the Shortet way with the Dissenters, est resté célèbre. La haute Église se laissa prendre d'abord à la sincérité apparente de ce pamphlet qui demandait la destruction totale et violente des sectes non orthodoxes; mais, dès qu'elle en eut compris la sanglante ironie, sa rage accabla le courageux publiciste. La Chambre des communes fit brûler le livre par la main du bourreau et offrit cinquante livres sterling pour l'arrestation de l'auteur. Il est jugé à Old Bailey, condamné à deux cents marks d'amende, à avoir les oreilles coupées, à trois expositions au pilori, et enfermé à Newgate au bon plaisir de Sa Majesté. 

Au pilori le peuple l'entoure, le protège des insultes des tories, couvre l'échafaud de fleurs, lui porte des toasts, tandis que le même jour se criait dans les rues son Hymn to the Pillory, où il défiait le gouvernement et l'Église officielle. Pendant son emprisonnement, il continue sa violente polémique et publie une Revue, le premier ouvrage périodique de ce genre, d'abord hebdomadaire puis bi- et tri-hebdomadaire, qui dura jusqu'en 1713, un des plus grands monuments de labeur littéraire écrits par une seule plume, contenant en plus de cinq mille pages toutes les branches de connaissances et où il combat pour la liberté de la presse, la liberté religieuse, la propriété littéraire, etc. 

Libéré au bout de deux ans à l'instigation de Harley, il recommence la publication de ses pamphlets qui lui valurent de nouvelles poursuites et de nouvelles amendes : Giving alms no Charity; Employing the Poor a Grievance to the Nation, où sont développées des théories reprises par le socialisme moderne; Memoirs of Sundry transactions from the world in the moon, satire politique où Swift puisa l'idée de ses Voyages de Gulliver. Entre temps, Defoe fut chargé par Harley d'une mission secrète dans l'ouest de l'Angleterre, puis par lord Godolphin dans l'affaire relative à la réunion de l'Écosse à l'Angleterre. Il s'en tira avec habileté et fit paraître à son retour History of the Union (1709). Protégé par la reine Anne qui l'avait défendu contre la haine des partis et sauvé d'une deuxième condamnation, il joua un rôle douteux dans les intrigues qui précédèrent l'ascension de la maison de Hanovre et tomba dans un discrédit que sa propre apologie, An Appeal to Honour and Justice (1715), ne parvint pas à effacer. C'est alors que, dégoûté de la politique et de l'ingratitude des humains, il se consacra à des oeuvres purement littéraires.

Daniel Defoe (De Foe).
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