Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par Philippe Poisson

Essai : Avec Jaurès, la République en chantier

Dans Je suis Jaurès, publié aux éditions Privat, Charles Silvestre souligne l'apport de la réflexion jaurésienne pour penser notre actualité à la suite des attentats des 7 et 9 janvier.

 

À la suite des événements de janvier, Charles Silvestre, dans cette brochure incisive, met en évidence la modernité de la pensée et des combats de Jean Jaurès. En son foyer, l'idée d'une République à défendre et à construire avec « audace ». « Au "Je suis Charlie" de l'émotion, en hommage aux victimes » doit répondre « un "Je suis Jaurès" de la réflexion et de la détermination républicaine », souligne-t-il. Pour aller au-delà de l'indignation et d'une référence purement formelle à cette construction commune.

LA LUTTE EXEMPLAIRE DES EX-FRALIB

Une République sociale tout d'abord, mettant le « collectif » au centre. Ce fut la prise de conscience de ce fait qui fit passer Jaurès, jeune député républicain, au socialisme, rappelle Charles Silvestre. Elle ne saurait tenir ses promesses sans placer les travailleurs et la justice sociale en son centre.

À cet égard, on notera la réflexion de l'auteur concernant le caractère exemplaire de la lutte des exFralib devenus coopérateurs, lutte réactualisant celle de la Verrerie ouvrière de Carmaux. « L'"action pense", disait Félix-Marcel Castan, l'homme de la culture occitane et du Larzac », note Charles Silvestre. À cent ans d'écart, de Carmaux à Gémenos, elle invente les alternatives porteuses d'avenir, fait pronostiqué par Jaurès en son temps et toujours d'actualité. République sociale donc, mais aussi République laïque articulée à la loi de 1905 portée à bout de bras par le fondateur de l'Humanité en son acte de naissance. Vivante et à faire vivre avec une école publique visant à développer l'autonomie et l'esprit critique. « Apprenez aux enfants à lire et à penser », demandait Jaurès. Cette exigence doit être réitérée à chaque génération.

République universelle enfin, appelant en elle-même à son dépassement comme République de nations unies et souveraines.

Sous le patronage de Jaurès, la réflexion de Charles Silvestre brosse un commentaire alerte de l'actualité récente qui sonne comme un bilan critique du quinquennat à son mi-parcours. Un bilan sévère compte tenu des attentes qu'il avait pu susciter. Ce bilan est aussi un appel à des actes, souligne Charles Silvestre au fil des pages. À des actes et non pas des postures sous peine de «forfaiture ». Car ce qui est en jeu, c'est la République elle-même, « flamme toujours vacillante », martèle-t-il avec Jaurès. Lourde responsabilité, les événements de janvier 2015 étant « un rappel à la réalité qui ne peut se satisfaire de cérémonies rituelles et de superlatifs qui ne coûtent rien ».

Essai : Avec Jaurès, la République en chantier

Jérôme Skalski Vendredi, 31 Juillet, 2015 L'Humanité

Le journal de Florence Lamotte.

Commenter cet article