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Publié par Philippe Poisson

Richard Werly -

Richard Werly -

Louis Rossel avait une sœur adoptive. Elle ne désespéra jamais de le revoir. Et continua de lui écrire… même après sa mort

D’abord la France, où la censure coloniale vise tous les courriers adressés aux forçats. Puis le bateau jusqu’à la Guyane, où les gardiens jouent du courrier comme une arme, privant les fortes têtes des missives familiales. Il faut des mois pour qu’une lettre expédiée de Suisse (ci-dessus) atteigne la «case» où Louis Rossel est affecté. Jamais, pourtant, sa sœur adoptive, Eugénie Hegelbach, ne renoncera.

Tous deux, abandonnés, ont grandi à Cudrefin (VD), auprès du garde champêtre, avant que Louis ne soit repris par sa mère et brutalisé par son beau-père neuchâtelois, puis finisse par s’égarer à Paris. Eugénie ne lâche pas prise. Ses courriers, adressés au directeur de l’administration pénitentiaire (AP) de Saint-Laurent-du-Maroni sont toujours consignés aux archives d’outre-mer.

«Nos messages s’égareraient? Que se passe-t-il?» interroge cette sœur courage. «Je prie instamment tes supérieurs de ne pas me laisser sans nouvelles.» Ses mots sont embués de larmes. Car entre-temps, la légation suisse en France lui a confirmé la sentence: exil perpétuel en Guyane. Sans espoir de retour.

Le pire finit par arriver: le 23 mai 1916, restée plus d’un an sans nouvelles, Eugénie conjure à nouveau l’AP de transmettre à ce frère aimé «sa plus vive affection». Le courrier restera sans réponse. Louis Rossel est alors décédé depuis plus d’un an. Richard Werly

Eugénie Hegelbach, la sœur qui pleure le bagnard vaudois ...

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