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Publié par Philippe Poisson

Entre 1844 et 1851, des dizaines d'orphelins ont été recueillis dans deux colonies agricoles. Certains ont compté parmi les premiers colons de l'Algérie.

Feu les colonies agricoles

 

Aujourd'hui propriété privée, le château de La Vallade à Rétaud avait été acheté par le fondateur des colonies, le comte Jean de Luc, en 1844. photo dr © Photo

d.briand@sudouest.com

 

C'est un pan méconnu de l'histoire du département qui se mêle intimement à l'histoire de France. Nous sommes au milieu de ce XIX e siècle convulsif qui a vu les régimes politiques se succéder. Une expérience aussi singulière que brève fut menée à Rétaud et La Tremblade : la création de deux colonies agricoles destinées à accueillir des orphelins ou enfants abandonnés. Adolescents, certains seront envoyés en Algérie et figureront parmi les premiers colons de ce territoire tout juste conquis (1).

Un personnage singulier

C'est le site Internet d'histoire locale et régionale « Histoire Passion » (2) qui révèle progressivement le récit chronologique de cette expérimentation, issue de la volonté d'un Charentais qui a gardé sa part d'ombres, le comte Jean de Luc. Né en 1797 à Lisbonne (Portugal) où ses parents avaient trouvé refuge durant la Révolution française, cet ancien officier de l'armée fut pris, par la suite, d'une révélation mystique. Il entra dans les ordres sous le nom de Frère Théodore.

Sa proposition d'accueillir dans le logis de La Vallade, sur la commune de Rétaud, 24 garçons orphelins ou abandonnés pour les former aux métiers de domestique agricole fut en conséquence accueillie « avec bienveillance par l'administration » notent de concert Pierre Collenot et Christine Vignaud, qui se sont penchés sur le sujet à la suite du linguiste et historien récemment disparu, Freddy Bossy.

Car sous l'Ancien régime et jusqu'à la fin du XIX e siècle, l'abandon d'enfants constitue un véritable fléau social. Les régimes politiques se succédant redoutent que la société soit menacée par ces jeunes dépourvus d'éducation. Ils étaient alors pris en charge dans des hospices ou par des nourrices dans les campagnes, où les conditions d'accueil étaient dramatiques.

Selon l'historien Yvon Le Carrérès, « une cinquantaine de colonies telles que celle de Rétaud ont été créées avant 1850. Une douzaine avait pour but l'accueil de jeunes délinquants » (3).

Très vite, des interrogations

Si la préfecture de la Charente-Inférieure loua donc en 1844 l'initiative philanthropique du comte de Luc à qui elle versa des subventions, l'administration commença, très vite, « à se poser des questions » indique Pierre Collenot. Dès 1845, où un inspecteur relève que les enfants sont couchés sur « des paillasses garnies de pailles ou de balle d'avoine qui n'étaient recouvertes que d'un morceau de toile tellement étroit qu'il était entièrement inutile à l'enfant ».

Pourtant les autorités laissent faire. Tant et si bien que le site héberge un nombre grandissant d'orphelins, jusqu'à atteindre un chiffre compris entre 60 et 70. En 1849, une seconde colonie est même créée à La Tremblade, au domaine de La Ronce (aujourd'hui disparu). Elle est destinée à accueillir des enfants âgés de 9 à 15 ans transférés de La Vallade. Objectif : les acheminer ensuite au domaine de Medjez-Amar, près de Constantine, en Algérie. Le comte Jean de Luc figure en effet parmi les amis du père Landmann, l'un des théoriciens de la colonisation. Au total, une trentaine d'adolescents ont traversé la Méditerranée.

Pourquoi la fermeture ?

Deux ans plus tard, en 1851, l'administration fermera néanmoins les deux colonies agricoles charentaises. Pour des raisons de « déroute financière » mais également pour les « conditions d'accueil jugées mauvaises ». De fait, les critiques étaient croissantes depuis 1847, souligne M. Collenot. S'il est difficile de savoir ce qui s'est passé quand les inspecteurs pointent pudiquement les carences éducatives et « l'absence de personnel féminin », une chose est sûre. Le comte Jean de Luc et les trois autres encadrants œuvreront ultérieurement à la colonie pénitentiaire de Pezet, dans l'Aveyron. Citant Marie Rouannet et son ouvrage référence, « Les enfants du bagne », Pierre Collenot signale que ce site fut fermé notamment à cause des malversations sexuelles auxquelles se seraient livrés des « éducateurs »

(1) La conquête s'échelonne de 1830 à 1847. (2) http://www.histoirepassion.eu (3) La plus célèbre d'entre elles, Mettray (37), a tenté de « redresser » plus de 17 000 enfants en un siècle, dont l'écrivain Jean Genêt.

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