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Publié par Philippe Poisson

Le dépit du capitaine Dreyfus en Guyane (détail). («Le Petit Journal»/Ed. du Valhermeil) -

Le dépit du capitaine Dreyfus en Guyane (détail). («Le Petit Journal»/Ed. du Valhermeil) -

La plus petite des trois îles du Salut, au large de Kourou, hébergeait, depuis Alfred Dreyfus, les bagnards condamnés à l’exil, pas aux travaux forcés

Si chaque fois que l’on envoie un concitoyen au diable, le maudit devait débarquer ici, l’humanité serait trop sévère.» 1923. Le célèbre journaliste Albert Londres, envoyé spécial du Petit Parisien, aborde l’île recouverte de jungle et réservée aux «déportés», les forçats envoyés au bagne pour raisons politiques

Frayeur. L’île du Diable, surnommée ainsi par les navigateurs anglais au XVIIe siècle, n’est pas pour rien interdite aujourd’hui aux touristes malgré sa proximité avec les deux autres îles du Salut: Royale et Saint-Joseph. «Un goulet sépare les terres. Le courant est impératif. La mer ici semble un mur hérissé de tessons de bouteilles et les requins connaissent les jours de tuerie» à l’abattoir, note le reporter, amené par un canot de six bagnards-rameurs. Les rochers noirs, glissants comme des plaques de verre après la pluie, contrastent avec la quiétude tropicale et les palmiers. «L’île du Diable a la forme d’une larme», note Jean-Claude Michelot dans son ouvrage de référence, La Guillotine sèche . Les détenus vedettes de l’île? D’abord Alfred Dreyfus, bien sûr. Sa «case» face à l’île Royale et son banc de pierre à l’autre bout du rocher témoignent encore du séjour du capitaine faussement accusé, seul ici avec huit surveillants, entre 1895 et 1899.

Autre militaire: Benjamin Ullmo, officier de marine déporté, dégradé en 1908 pour avoir tenté de vendre des secrets d’Etat afin d’entretenir sa maîtresse. Il passera huit ans au Diable, qu’il quitte après avoir vu Albert Londres. Et avant de terminer sa vie… à Cayenne, comme comptable des comptoirs Tanon, qui existent toujours. Bien d’autres les suivront, anarchistes, espions européens durant la Première Guerre mondiale… Leurs fantômes planent toujours tandis qu’au large stationne le navire-ravitailleur de la base spatiale de Kourou. - Richard Werly

L'île du Diable et les fantômes des «politiques» - LeTemps.ch

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