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Publié par Philippe Poisson

La cinéaste Solveig Anspach
La cinéaste Solveig Anspach
La cinéaste Solveig Anspach

La réalisatrice Solveig Anspach avait été révélée en 1999 par son premier long-métrage de fiction Haut les cœurs, qui racontait la traversée du cancer par une jeune femme, enceinte pour la première fois. Haut les cœurs était inspiré de l’expérience de la cinéaste, qui avait gagné une rémission avant que le cancer ne revienne et ne concède d’autres sursis. Le dernier a pris fin, vendredi 7 août, dans une maison de la Drôme où Solveig Anspach est morte à 54 ans.

Par son succès, par son intensité, Haut les cœurs fait un peu d’ombre au parcours singulier de la cinéaste. Présenté à la Quinzaine des réalisateurs – où il avait suscité l’enthousiasme – le film avait rencontré un succès public inattendu avant de collectionner les nominations aux Césars et d’en rapporter un à son interprète principale Karin Viard.

On avait alors découvert cette jeune cinéaste, sortie de la Fémis presque une décennie auparavant, en même temps que Sophie Fillières et Noémie Lvovsky et qui, jusqu’alors, avait réalisé des documentaires. L’un deux était intitulé Vestmannaeyjar, du nom de l’île islandaise, où elle est née, le 8 décembre 1960. Sa mère, Hogna Sigurdardottir a rencontré son père Gerhardt Anspach à Paris. Elle est islandaise et a entrepris de devenir la première architecte d’un pays où la profession a été jusqu’alors réservée aux hommes. Lui était né à Vienne, avait fui le nazisme pour s’engager dans l’armée américaine et débarquer en Normandie pour ensuite étudier à Paris. Après un intermède new-yorkais, les Anspach s’y sont établis, chassés des Etats-Unis par le maccarthysme.

Une carrière entamée avec des documentaires

Solveig Anspach a raconté que son père ne l’avait pas encouragée à faire du cinéma. Heureusement, elle a plutôt écouté sa mère qui lui disait « les filles peuvent tout faire mais il faut être plus tenace que les hommes ». Tenace, elle l’a été puisqu’elle s’y est prise à trois fois pour entrer à la Fémis. Quand elle en sort, en 1990, elle réalise des documentaires. Sur son île natale donc, ravagée par une éruption volcanique une vingtaine d’années auparavant, sur Sarajevo, alors en guerre, sur un gang de mères de famille devenues braqueuses. Lors de sa diffusion sur Canal+ Que personne ne bouge ! suscite un concert de louanges.

C’est à ce moment qu’elle est atteinte une première fois d’un cancer du sein. Plutôt que de filmer sa propre maladie elle décide d’en faire une fiction. Pour que ce film soit « beaucoup plus que mon histoire, parce que si celle-ci n’a rien d’exceptionnel, elle concerne malheureusement beaucoup de monde. Et, à cette époque-là, on n’en parlait pas assez », comme elle l’expliquait récemment.

Lire aussi notre critique de "Lulu femme nue" :

Une femme en voie de reconstruction

Pour son film suivant, Made in the USA, codirigé avec Cindy Babsky, présenté à la Quinzaine des réalisateurs en 2001, elle revient au documentaire. Suivant le parcours d’un jeune condamné à mort, elle analyse le système judiciaire américain, ses failles meurtrières. On retrouvera cet élan militant dans la biographie de Louise Michel qu’elle réalise pour la télévision en 2008, avec dans le rôle-titre, Sylvie Testud.

Mais côté fiction, c’est la comédie qui l’emporte souvent. Après le sombre Stormy Weather (2003), tourné en Islande avec Elodie Bouchez, elle entame ce qu’elle appelle sa « trilogie fauchée », dont les deux premiers volets ont pour titre Back Soon (2006) et Queen of Montreuil (2011) et en commun une impressionnante actrice islandaise, Didda Jonsdottir, qui serait comme l’incarnation exubérante du principe vital de la cinéaste. Ces derniers jours, Solveig Anspach travaillait encore au montage du dernier film de ce triptyque, L’Effet aquatique, dans lequel on retrouvera, outre Didda Jonsdottir, les acteurs de Queen of Montreuil (ville où la réalisatrice a passé presque toute sa vie d’adulte), Florence Loiret-Caille et Samir Guesmi. Il s’était constitué autour de la réalisatrice une petite tribu de fidèles.

Le succès de « Lulu femme nue »

Entre-temps, il y aura eu Lulu femme nue et son succès. Solveig Anspach y dirigeait à nouveau Karin Viard, et racontait encore une fois une histoire triste : « Lulu n’est pas une guerrière comme Emma dans Haut les cœurs ! c’est une femme plutôt effacée, qui a été cadenassée dans le quotidien, mais comme Emma, elle veut vivre » expliquait la réalisatrice lors de la sortie du film, en 2014. Patrick Sobelman, qui, avec la structure Agat-Ex Nihilo (qui est aussi celle d’un autre montreuillois éminent, Robert Guédiguian) a produit tous les films de Solveig Anspach depuis Haut les cœurs ! (à l’exception de Lulu) fait remarquer que la cinéaste ressemblait aux deux veines de sa fiction « à la fois triste et douce, et d’une grande force, d’une grande joie ». Cette force s’est traduite par une boulimie de travail. Outre L’Effet aquatique, Solveig Anspach avait déjà écrit un long-métrage très ambitieux, qu’elle aurait dû tourner en 2016.

A Laurent Carpentier qui l’avait rencontrée pour Le Monde début 2014 et lui avait demandé la raison de cette frénésie de projets, elle avait répondu : « Ce qui me presse tant ? C’est que je sais comme tout le monde que la vie peut s’arrêter demain. Simplement, moi, j’y pense peut-être plus souvent que d’autres… ».

La cinéaste Solveig Anspach, auteur de « Haut les cœurs ...

Lulu femme nue Bande-annonce VF - AlloCiné

Haut les cœurs ! - YouTube

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