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Publié par Philippe Poisson

Autour de l'humiliation subie par les femmes "collabos", une fiction noire, très noire.  Bettmann/COR  Read more at http://www.lexpress.fr/culture/livre/le-spectre-de-la-femme-tondue_1650391.html#MaagcyeyLcaC8TRZ.99

Autour de l'humiliation subie par les femmes "collabos", une fiction noire, très noire. Bettmann/COR Read more at http://www.lexpress.fr/culture/livre/le-spectre-de-la-femme-tondue_1650391.html#MaagcyeyLcaC8TRZ.99

Elsa Marpeau relie un épisode sordide de la Libération à une enquête policière. Un roman fort où le passé poisse encore.

Haro sur la "putain", la "sorcière", la "collabo" ! A l'été 1944, dans un village de l'Yonne, la jeune Marianne Marceau est poursuivie par une foule hargneuse, acharnée à lui faire payer sa supposée liaison avec l'officier allemand qui a occupé la propriété familiale.  

La "collaboration horizontale", les femmes tondues -près de 20 000 en France entre 1943 et 1946-, l'épuration, c'était précisément l'obsession de Mehdi Azem, 31 ans, prof d'histoire-géo dans un lycée de Sens, abattu près d'un lac en août 2015. Il voulait rencontrer les dernières survivantes, leur consacrer un livre, "Le Retour de la colère", et venait d'acheter la maison du frère de Marianne à l'Hermitage, hameau où vit encore tout le clan Marceau.  

Un vrai souffle littéraire sur le passé poisseux

Un clan de chasseurs, soudé, taiseux, honteux du souvenir de cette aïeule qui se serait enfuie avec "son Boche". Chargée de l'enquête, Garance Calderon, capitaine de gendarmerie, fait vite le lien avec les événements survenus soixante-dix ans auparavant, interroge les anciens comme les plus jeunes. Mais dans ce milieu rural aux moeurs frustes, il ne fait pas bon raviver un passé si poisseux, même pour "une vraie teigne" comme Garance, qui va y risquer sa peau.  

L'intrigue semble cousue de fil blanc. A tort : la révélation de la page 202 opère un retournement inattendu. Au-delà d'un scénario qui remplit le contrat "polardeux", Elsa Marceau s'y entend pour restituer cet épisode sinistre de la Libération avec un vrai souffle littéraire. Et à bon escient, en ces temps de commémorations de la Seconde Guerre mondiale. 

Et ils oublieront la colère, par Elsa Marpeau. Gallimard/Série noire, 235p., 19,50€.

 

Le spectre de la femme tondue - L'Express

Le spectre de la femme tondue

Dans une petite commune de l’Yonne, le cadavre d’un homme gisant près d’un lac est retrouvé. Cet homme, Mehdi Azem, professeur d’histoire dans un lycée de Sens, s’était lancé dans l’écriture d’un livre sur les tontes de femmes au moment de l’Épuration. Pour le capitaine de gendarmerie Garance Calderon, le meurtre d’Azem est lié à ses recherches. Élevée dans la région par ses grands-parents, Calderon soulève donc le voile qui pèse sur certains événements dissimulés depuis soixante-dix ans et peut-être aussi sur son propre passé.

Et ils oublieront la colère est avant tout une histoire de femmes ou plutôt deux histoires de femmes – celle de Marianne durant l’Occupation et celle de Garance – qui se font écho d’un siècle à l’autre. Des femmes fortes, fières et rebelles, de celles qui séduisent et effraient les hommes et qui en paient parfois le prix. Cet entrelacement de la séduction, de l’amour, de la violence et de la mort qui étaient déjà au cœur du précédent roman d’Elsa Marpeau, L’expatriée (et peut-être de ses autres livres que je n’ai pas encore eu l’occasion de lire), est très certainement la qualité essentielle de Et ils oublieront la colère. Elsa Marpeau aime en effet à fouiller la psyché de ses personnages féminins, à déballer leurs conflits intérieurs et leurs blessures et elle le fait bien.

Toutefois, ce travail de mise à nue de l’âme de ses héroïnes et cette réflexion sur la violence se fait ici au détriment de la cohérence de l’intrigue. Clairement, là où certains auteurs cherchent à tout pris l’exactitude, Elsa Marpeau ne tient apparemment pas à la véracité des détails quitte à ce que, parfois, des éléments essentiels de son histoire deviennent bancals. C’est là le point faible de ce roman durant lequel le lecteur peut régulièrement tiquer face à certaines situations ; du travail sur les scènes de crimes aux détails qui s’emboîtent trop bien en passant par la présence de cet Allemand qui semble plus prendre de longues vacances qu’occuper réellement le pays. Plus à cheval – et plus agacé sans doute – que moi sur ce genre de détail, Philippe Cottet en a fait une liste assez exhaustive dans sa chronique du Vent Sombre.

Intéressante réflexion sur l’exercice d’une réelle violence sociale à l’égard des femmes, de la vigueur des ressentiments intégrés par le corps social et la cellule familiale avec les non-dits qui vont avec, Et ils oublieront la colère, malgré par ailleurs une écriture agréable, souffre donc aussi de ce manque de réalisme et d’une vision de l’Occupation qui tient trop souvent de l’image d’Épinal. Ce qui donne un roman dont les promesses initiales ne sont en fin de compte qu’à moitié réalisées.  

Elsa Marpeau, Et ils oublieront la colère, Gallimard, Série Noire, 2015.

Du même auteur sur ce blog : L'expatriée ;

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