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Publié par Philippe Poisson

Le macabre rituel des bois de justice attirait les foules au XIXe siècle (DR) -

Le macabre rituel des bois de justice attirait les foules au XIXe siècle (DR) -

Peine capitale (1/7). Cet été, votre journal vous livre l’histoire des derniers condamnés à mort à Rouen. Aujourd’hui, la veuve Dubard en 1828.

Le 31 juillet 1828, à 5 h 45, la « femme Dubard », comme la nomme le Journal de Rouen, fut d’après nos sources la dernière femme guillotinée à Rouen. Sur la place du Vieux-Marché (les exécutions auront lieu ensuite devant la prison Bonne-Nouvelle, puis dans la cour de la prison avant leur abolition en 1981). « Cette femme qui se flattait d’obtenir une commutation de peine a reçu l’annonce du rejet de son pourvoi avec une tranquillité apparente. Mais, dans les derniers instants qui ont précédé le moment fatal, sa force l’a abandonnée, et son accablement lui permettait à peine de recevoir les consolations de la religion... Une foule considérable assistait à cette exécution. »

De quel crime horrible cette jeune femme de 31 ans, ouvrière dans une filature, pouvait-elle être coupable pour se voir infliger une telle peine ? Jeune veuve, habitant rue de la Pie aux Anglais, Adélaïde Dubard née Cottard, a été condamnée pour la tentative redoublée de tuer son fils Joseph, âgé de 6 ans, en essayant de le noyer dans la Seine, le 5 février 1828 au Petit-Quevilly.

Son fils « jeté à la rivière »

Ce sont des ouvriers, des marins qui lavaient à grandes eaux du coton sur un bateau ainsi que des curandiers, qui ont entendu l’enfant crier dans les eaux tumultueuses du fleuve et qui l’ont sauvé : « Il criait “ Non, non, non! ».

L’enfant, qui avait « séché » le travail cet après-midi-là, mit en cause sa mère. Le commissaire de police Pierre Fresel note le lendemain du drame : « Cet enfant a été jeté à la rivière. Il a été repêché vivant et a déclaré y avoir été jeté par sa mère. »

« Il en a menti », proteste Adélaïde Dubard. Une ligne de défense battue en brèche par des témoignages qui placent l’accusée sur la scène du crime et surtout par une des premières tentatives de preuve scientifique opérée au XIXe siècle. Les policiers avaient remarqué des traces de boue suspectes sur les pieds de la « femme Dubard ». C’est la première « expertise chimique » qui tente de trouver des corrélations, sans succès, entre la vase du fleuve et les pieds de l’accusée.

Mais, face aux témoignages, Adélaïde Dubard avoue, sans préciser vraiment pourquoi. « Le crime pouvait à peine se comprendre. De la part d’un enfant aussi jeune, le mensonge eut été plus incompréhensible encore », cueille l’avocat général Vendenne, emportant la condamnation à mort.

B. M.-C.

LES FEMMES ET LA PEINE DE MORT

En France, « les exécutions de femmes cessent après le 24 janvier 1887 avec le supplice de Georgette Thomas (dite « la femme Thomas »). Accusée d’avoir brûlé vive sa mère la croyant possédée... elle est la dernière guillotinée en place publique. Les conditions de l’exécution sont pénibles, à un point tel que l’exécuteur public, Louis Deibler, demande à être dispensé de ce genre d’exercice à l’avenir. Or, simultanément une abolition de fait a lieu sous la Troisième République, les Présidents en poste graciant systématiquement les femmes en cas de condamnation à mort. Toutefois sous l’État français, le Maréchal Pétain est moins clément, et il refuse leurs grâces à cinq femmes et ce pour crimes de droits commun, en pleine Seconde Guerre mondiale. Après la guerre, suite au rétablissement de la République et de la démocratie, le Président Vincent Auriol – bien qu’avocat de formation et socialiste - refuse à son tour de gracier deux femmes. Par voie de conséquence, en 1947, Lucienne Fournier, veuve Thioux, est exécutée le 11 décembre 1947 à Melun, pour le meurtre de son époux (elle l’a jeté d’un pont le soir de leurs noces). De façon similaire, Germaine Leloy, veuve Godefroy, est guillotinée le 21 avril 1949 pour l’assassinat de son mari à coups de hache. Elle est la dernière Française à passer sous l’infâme couperet.

À partir de 1949, toutes les femmes condamnées à mort sont graciées. Les victimes féminines de la peine de mort en France investissent pleinement à partir de cette date le statut de mère, de fille, d’épouse, de sœur, des hommes broyés par la guillotine... »

D’après Marie Gloris Bardiaux-Vaïente, Doctorante attachée au CEMMC, doctorante associée au CIRAP.

Les derniers condamnés à mort de Rouen - Paris Normandie

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