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Publié par Philippe Poisson

Valérie Duvivier

Valérie Duvivier

Archive de presse - Elle a pris les rênes du centre de détention de Bapaume (600 détenus) le 25 février dernier. À 38 ans, Valérie Duvivier, originaire du Calaisis, vient de succéder à Dominique Bruneau. Après une longue expérience à la maison d’arrêt de Loos – Sequedin, marquée par le déménagement des détenus en 2011, la directrice arrive à la tête d’un centre de détention marqué par de récurrentes tensions entre direction et personnels pénitentiaires. « Je viens dans l’apaisement », insiste Valérie Duvivier. Entretien.

Comment êtes-vous entrée dans l’administration pénitentiaire ?

« Je suis originaire de Calais, j’ai fait mes études à Boulogne-sur-Mer, jusqu’à la maîtrise de droit. Ensuite, j’ai fait un DEA en droit pénal et sciences criminelles. J’aimais bien le pénal, mais je ne savais pas trop ce que je voulais faire. Et puis un jour, je suis allée visiter la maison d’arrêt de Poitiers… »

Une révélation ?

« Je ne sais pas si c’est une révélation, mais ça m’a plu. J’ai eu l’impression de voir un métier en mouvement. Surtout, je ne voulais pas travailler seule, isolée. J’ai passé des concours après la faculté, je me suis inscrite en thèse, mais parce qu’il fallait que j’assure mes revenus, j’ai cumulé les emplois, comme chargée de travaux dirigés à la faculté de Boulogne-sur-Mer et assistante de justice. J’ai ensuite passé des concours en protection judiciaire de la jeunesse et en administration pénitentiaire. Je voulais être en contact avec les personnes en difficulté. Et la pénitentiaire a bien voulu de moi (sourire) ».

Comment s’est déroulée votre carrière jusqu’à votre arrivée à Bapaume ?

« J’ai eu le concours de pénitentiaire en 2000. J’étais chef de service pénitentiaire. Je suis partie à Agen, j’ai pris mon premier poste dans les Hautes-Pyrénées, à la maison centrale de Lannemezan. Mais je sentais que j’avais besoin d’être autonome, pour ne pas être aigrie. Mon chef d’établissement m’a soutenue et j’ai repris des cours au CNED pour préparer le concours de directeur. Je l’ai eu en décembre 2012. J’ai fait mon premier stage ici, à Bapaume. Trois semaines. Ensuite je suis arrivée à la maison d’arrêt de Loos pour l’ouverture de la maison d’arrêt de Sequedin. J’étais en charge du déménagement du quartier des femmes. Une expérience inoubliable.

En 2010, je suis devenue chef du département sécurité et détention à Strasbourg. Et j’ai finalement décroché le poste à Bapaume. »

Pourquoi Bapaume ?

« Avec mon compagnon et mes enfants, on voulait se rapprocher de Lille, revenir chez nous. C’est surtout pour des raisons personnelles. Ce n’est pas simple de concilier vie personnelle et vie professionnelle quand on est éloigné de sa famille. C’est aussi une évolution professionnelle ».

C’est plus difficile d’être en maison d’arrêt ou en centre de détention ? Quelle est la différence quand on est chef ?

« On court moins en centre de détention ! C’est frappant. C’est plus calme, on travaille plus sur le fond. En maison d’arrêt, il se passe toujours quelque chose. Ici aussi, mais on est moins dans l’urgence. C’est aussi un privilège d’avoir un numerus clausus. Ce n’est pas le cas en maison d’arrêt. J’ai un seuil maximal d’accueil de détenus qui ne peut être dépassé. Cinq cents détenus hommes, cent femmes. Du coup, tout est axé sur la réinsertion, et on poursuit un but précis : améliorer les prises en charge sanitaire et sociale pour faciliter la sortie de détention. C’est complexe ».

Les relations ont été houleuses ces derniers temps entre personnels pénitentiaires et direction. Vous en êtes consciente ?

« Oui, mais je viens dans l’apaisement. Je ne peux ignorer ce qui s’est passé il y a quelques mois (manifestations des surveillants dénonçant le harcèlement, NDLR). Mais je veux aller de l’avant. J’ai une équipe qui se reconstitue avec un nouvel adjoint qui arrive le 21 mai. Cela va faire du bien car le centre de détention a besoin de tous ses cadres. J’ai aussi rencontré les représentants du personnel. Ils étaient très en demande. J’ai tenté de les rassurer. »

Vous êtes venue avec des projets ?

« Je ne suis pas venue avec des projets mais avec ma personnalité, mes valeurs. Après, entre ce qu’on a envie de faire et ce qu’on peut mettre en œuvre, il y a toujours un décalage. Je veux en tout cas un management de proximité. En maison d’arrêt, c’est dur d’être toujours au contact du terrain. Je peux le faire davantage en centre de détention, avec une équipe au complet. Cela va permettre de repositionner tout le monde. »

Quelles sont vos premières impressions ?

« Je suis marquée par la qualité des échanges avec les partenaires, comme les pompiers, les gendarmes… On sent le lien de proximité ».

Publié le - Mis à jour le 03/04/2013 à 13:01

SAMUEL COGEZ

Valérie Duvivier prend les rênes de la prison de Bapaume ...

 

Beaucoup de candidats, peu de places

Environ 5 % des directeurs de prison sont renouvelés chaque année. C'est le ministère de la Justice qui décide du nombre de places mises au concours : entre 15 et 20... pour un peu plus d'un millier de candidats ! En 2012, on compte 25 postes au concours de directeur des services pénitentiaires. Il y avait 8 postes en 2011 et 26 en 2010.

Les femmes majoritaires

Depuis quelques années, les femmes se sont imposées dans cet univers réputé masculin et elles sont désormais majoritaires dans les promotions de directeurs de centre pénitentiaire.

Des évolutions possibles

Le directeur de centre pénitentiaire ne peut rester plus de 6 ans sur un même poste (4 ans plus une prolongation de 2 ans). Cette mobilité est favorable à la progression de sa carrière, surtout s'il varie les types de responsabilités endossées : chef d'établissement pénitentiaire, directeur interrégional adjoint des services pénitentiaires, secrétaire général de la direction interrégionale des services pénitentiaires, chef de bureau à la direction de l'administration pénitentiaire.

Le concours de directeur des services pénitentiaires est la voie principale d'accès à l'ensemble des fonctions de direction. Il est ouvert aux titulaires d'un bac + 3 (en droit de préférence) mais les admis à l'Enap (École nationale d'administration pénitentiaire) ont majoritairement un niveau bac + 5 et plus. Autre possibilité : un diplôme d'IEP (institut d'études politiques) suivi de la réussite au concours de l'école. À noter : dans le cadre du dispositif sur l'égalité des chances, l'Enap propose une préparation au concours aux jeunes diplômés issus de quartiers ou de milieux sociaux défavorisés. À l'issue du concours, les admis suivent une formation rémunérée (1634 euros net), d'une durée de 24 mois à l'Enap, en alternance avec des stages pratiques. La 1re année, les élèves suivent des cours théoriques (responsabilité pénale et administrative, contentieux administratif, droits et obligations des fonctionnaires, droit public, droit pénal, procédure pénale...) et effectuent des stages dans des structures pénitentiaires ou pas. La 2de année, les élèves nommés en qualité de stagiaires sont affectés en établissement pénitentiaire. Un concours interne est également ouvert aux fonctionnaires et agents de l'État ou des collectivités territoriales, aux militaires, aux magistrats... qui justifient de 4 ans de service public effectifs au 1er janvier de l'année

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