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Publié par Philippe Poisson

La lettre écrite au ministre de l'Intérieur sur papier à en-tête de la prison par le capitaine Alfred Dreyfus, un mois après sa condamnation. (Photo Crédit: Sotheby's/ArtDigital Studio )

La lettre écrite au ministre de l'Intérieur sur papier à en-tête de la prison par le capitaine Alfred Dreyfus, un mois après sa condamnation. (Photo Crédit: Sotheby's/ArtDigital Studio )

Le capitaine Dreyfus (1859-1935) avait rédigé cette lettre dans les tout premiers jours de l’affaire, un mois seulement après sa condamnation, alors qu’il était détenu au bagne de Saint-Martin-de-Ré, dans l’attente de sa déportation à l’île du Diable en Guyane. Du fond de sa cellule, le capitaine clame son innocence: «J’ai été condamné pour le crime le plus infâme qu’un soldat puisse commettre et je suis innocent, écrit-il au ministre de l’Intérieur Georges Leygues, le 26 janvier 1895. Je viens vous demander, Monsieur le Ministre, ni grâce ni pitié mais justice seulement.» Il poursuit: «Au nom de mon honneur de soldat qu’on m’a arraché, au nom de ma malheureuse femme, au nom enfin de mes pauvres enfants, je viens vous supplier de faire poursuivre les recherches pour découvrir le véritable coupable», cette partie est soulignée en rouge.

Un document historique

Cette missive est un des rares documents de l’affaire qui ne soit pas propriété des Archives nationales. Charles Dreyfus, petit-fils et héritier du capitaine, et l’historien Vincent Duclert, son biographe, demandent donc au vendeur de renoncer à sa mise aux enchères mercredi chez Sotheby’s.

Cette vente par un collectionneur «n’émane pas de la famille Dreyfus qui s’est constamment appliquée à donner, par legs successifs, ses archives, tant à la Bibliothèque nationale de France qu’au Musée d’art et d’histoire du judaïsme», écrivent-ils dans une lettre ouverte. «Aussi, appelons-nous le vendeur de cette lettre à renoncer à cette vente et, par un geste moral qui l’honorerait, d’en faire don à l’une des institutions précitées, poursuivent-ils. Ce document viendrait ainsi compléter utilement les fonds déjà existants et soutenir la jurisprudence des héritiers du capitaine Dreyfus.»

La famille Dreyfus considère que la vocation des archives privées «comme des archives de statut public qui ont été officiellement remises au capitaine Dreyfus en 1900 par le gouvernement de la République n’est pas de devenir des objets de spéculation. Elles doivent au contraire créer des collections publiques et contribuer au travail des chercheurs pour une meilleure connaissance de l’affaire Dreyfus», soulignent Charles Dreyfus et Vincent Duclert.

Dans un communiqué la maison de vente précise «que cette lettre a fait l’objet d’une première cession onéreuse par la famille du capitaine Dreyfus, avant d’être rachetée par son actuel propriétaire en 1996 à la librairie Charavay». Et de préciser qu'avant de leur confier, «l’actuel propriétaire avait également pris soin, il y a plusieurs mois, de rencontrer et de correspondre avec Charles Dreyfus, qui n’avait alors ni remis en cause cette provenance ni réclamé ladite lettre».

Certificat d'exportation

Son propriétaire actuel (qui garde l’anonymat), «a pris contact avec la direction des Archives de France, qui, par courrier, avait reconnu la provenance de cette lettre, et avait alors autorisé sa mise en vente. Par ailleurs, ce document dispose d’un certificat d’exportation», souligne Sotheby's.

Estimé de 100 000 à 150 000 euros, ce document contient toute la thématique du futur combat des dreyfusards. Alfred Dreyfus fut victime d’une erreur judiciaire à l’origine d’une crise politique majeure au début de la IIIe République, au cours de laquelle l’opinion française s’est divisée en deux clans ennemis.

D.PO. (avec AFP)

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