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Publié par Philippe Poisson

Sabrina, 34 ans, surveillante pénitentiaire à Sequedin

Archive de presse - L’administration pénitentiaire va recruter, au niveau national, plus de 1500 surveillants en 2015. On sait que les Nordistes représentent en général autour d’un tiers des inscrits au concours. Sabrina a 34 ans et vit « dans la région lilloise ». Après une expérience de commerciale, elle a choisi, à 25 ans, d’enfiler l’uniforme bleu et les Rangers.

Sabrina se hisse sur la pointe des pieds, pour regarder dans l’oeilleton. Nous sommes dans une coursive, le grand couloir de part et d’autre duquel s’alignent les cellules, de la partie réservée aux femmes de la maison d’arrêt de Sequedin. « Je fais 1m60 et demi ! Et le demi est important ! », rigole-t-elle. Au dessous d’1m60, impossible d’être surveillant. Rapport à la hauteur de l’oeilleton, notamment.

Sinon, il faut une bonne condition physique, mais « moins que les pompiers, lance Sabrina. Moi, je ne suis pas sportive. » Et être titulaire du BEPC, avoir entre 19 et 42 ans. Sabrina était commerciale, en CDI, le jour où elle tombe, « dans le journal », sur « une annonce de recrutement, pour être surveillant pénitentiaire ». Ses parents sont contre : « Mon papa avait un peu peur du milieu carcéral, il y a beaucoup de clichés. » Ils tentent de lui faire croire qu’elle n’a pas la formation nécessaire mais la jeune femme, volontaire, se renseigne, et passe le concours.

Stage et formation

S’en suivent huit mois de formation à l’École nationale de l’administration pénitentiaire (ENAP)... Et un premier stage-découverte, en prison. « On n’a pas les clefs, c’est pour voir si on est prêts. À l’extérieur on n’a pas de connaissance du milieu carcéral, on ne sait pas à quoi s’attendre. » La jeune femme, souriante et au bagou à toute épreuve, avait « peur de mal faire ». « Je me demandais, est-ce qu’un détenu d’une quarantaine d’années va accepter l’autorité d’une femme de 25 ans ? » Elle n’a « jamais eu de souci » : « il faut avoir de la personnalité, et respecter les détenus. »

À la prison de Sequedin, on compte quelque 400 personnels pénitentiaires (qui ne sont pas tous surveillants), dont environ 20 % de femmes. Contrairement aux hommes qui ne peuvent surveiller que des hommes, elles peuvent gérer les détenus hommes comme femmes. Sabrina a commencé à Fresnes, avec des détenus sans e. Elle est à Sequedin, chez les femmes, depuis 2009.

Quand elle enfile l’uniforme, parfois le matin très tôt ou le soir, au rythme de trois jours de repos pour trois jours travaillés, elle entre comme dans une « petite ville ». Un monde à part, avec sa cuisine centrale, ses ateliers où les détenues qui le souhaitent travaillent, sa cour de promenade, et même sa nursery, pour les mamans de bébés de moins de 18 mois en prison. Des prisonnières diplômées font également office de coiffeuses, d’autres d’esthéticiennes. Avec l’autre monde, celui de sa fille et de ses proches, il y a parfois « un décalage ». « Parfois on me demande Tu fais quoi dans la vie, je dis surveillante, et là on me dit Ah, d’un air... Mais moi, j’adore mon métier ! »

La journée-type de Sabrina

Les surveillants pénitentiaires de Sequedin travaillent trois jours, puis sont en repos trois jours. Ce rythme n’est pas le même partout : en région parisienne, c’est quatre jours travaillés pour deux de congé, avec des heures supplémentaires. Il y a plusieurs types d’horaires, en gros journée, soir et nuit. Prenons l’exemple d’une journée qui commence à 6h30.

« À 6h45, c’est l’appel, explique Sabrina. Le gradé vérifie que tous les agents sont bien présents. On est sur des bancs, dans une salle, on prend les consignes. » Ensuite, chacun vaque à son poste, qui dépend d’un savant roulement : détention, mirador, etc. Si Sabrina est en « détention », elle prend ses clefs, son sifflet (pour donner l’alerte au cas où) et un talkie-walkie pour alerter ou communiquer. « Puis, cellule, par cellule, je vérifie que chaque personne est présente et en bonne santé. Je leur dis Bonjour ça va. S’ils ne se réveillent pas, on élève un peu la voix. » Il faut dire qu’il est 7h. Les détenus doivent sortir les poubelles à ce moment-là.

Pas de photos, pas de bonbons

Sabrina valide son effectif via un outil informatique. « Parce qu’il y a l’effectif théorique, et ceux qui sont vraiment présents. » Il ne s’agit pas d’évadés, mais de détenus en permission, ou en extraction judiciaire ou médicale.

La journée s’organise autour des mouvements, toujours longs et remplis de formalités, des détenus : vers les parloirs, en cour de promenade, en cours… « On sert d’intermédiaire entre la population pénale et tout le reste. » Par exemple, les prisonniers remplissent des « bons de cantine », pour commander des produits d’hygiène, des bonbons, des cigarettes… Ce sont les surveillants qui les collectent et assurent la livraison. Le rôle sécuritaire est important : avant la promenade, la fouille par palpation est de mise. « Pas de photos, pas de courrier, pas de bonbons, de cigarettes, de pince à épiler… », énumère Sabrina. Une liste d’interdits que les surveillants doivent contrôler, afin de faire perdurer la fragile paix sociale.

Publié le - PLANA RADENOVIC - PHOTOS PHILIPPE PAUCHET

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