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Publié par Philippe Poisson

Avant de devenir le point de ralliement des touristes en goguette, le Châtelet a longtemps été le quartier à fuir de la capitale. Du XVe siècle jusqu’au début du XIXe, c’était un enchevêtrement de ruelles sombres, fétides et dangereuses, où l’espace se partageait entre tavernes à mauvais garçons et boucheries nauséabondes. Le jour, dans les arrière-cours du labyrinthe, les bestiaux y étaient égorgés et, la nuit, c’était au tour des victimes de brigands d’y subir le même sort. Le nom des rues témoignait d’ailleurs du peu de diversité des catégories socioprofessionnelles locales : rues de la Grande-Boucherie, de la Triperie, de la Pierre-à-Poissons… Rues de la Tuerie, de l’Ecorcherie… sans oublier la rue de la Vallée-de-Misère qui se passe de commentaires.

Si le coin était à peu près infréquentable, c’est sans doute à cause de sa proximité avec l’édifice le plus craint des Parisiens : le Grand Châtelet, une bâtisse imposante, à l’architecture hétéroclite, qui, depuis 1190, abritait le siège de la prévôté de Paris, réunissant les services de police et la justice criminelle. Pendant six cents ans, les prévenus étaient d’abord conduits devant des magistrats qui, selon la gravité du forfait, déterminaient si le gredin devait passer entre les mains du bourreau pour la «question préparatoire», histoire de lui faire avouer son crime. En général, la réponse était oui. Selon la nature du délit, il était réservé au futur estropié le supplice de l’eau (entonnoir dans la bouche et quelques litres dans le gosier), de la pelote (attaché étroitement jusqu’à ce que les liens pénètrent dans les chairs), de l’extension (étirement des membres au moyen de mécanismes en bois) ou des brodequins (broyant pieds et jambes). Après cela, le malheureux était à nouveau conduit devant le tribunal afin qu’il fasse des aveux en bonne et due forme, ce qui ne posait plus de problème après le traitement qu’il venait de subir.

Enfin, la peine était prononcée avec une autre gradation dans la barbarie. Les assassins étaient pendus ou roués, les voleurs partaient aux galères, les sorciers, empoisonneurs et autres hérétiques étaient brûlés vifs. Pour les commerçants malhonnêtes, banqueroutiers ou proxénètes, une exposition au pilori était recommandée alors que les bigames voyaient leurs cheveux, barbe et sourcils rasés, parfois avec ardeur, et que les domestiques chapardeurs étaient essorillés. La tradition qui voulait que les faux-monnayeurs soient plongés vivants dans un chaudron d’eau bouillante tomba mystérieusement en désuétude. Enfin, mais le cas était exceptionnel, les régicides étaient écartelés, ceci en place publique afin de ne pas priver la populace d’un beau rassemblement culturel.

Toutefois, pour certains, la mort valait mieux que l’incarcération dans les geôles du Châtelet. Si le condamné pouvait se payer un lit, il allait dans les cellules «à la pistole», au premier étage. Ce qui valait nettement mieux que la salle commune où s’entassaient pas moins de cent hommes sur un sol recouvert de paille immonde. C’est là que quelques prestigieux personnages y passèrent un moment, parmi lesquels François Villon, qui y composa sa célèbre Ballade des pendus, ou encore Clément Marot et le bandit Cartouche. Dans les cas les plus sévères, c’était les oubliettes, des cachots obscurs et humides en sous-sol. Pour les punitions les plus radicales, le condamné avait droit à une fantaisie locale, la fosse, une cellule en forme d’entonnoir renversé dans laquelle il était descendu au bout d’une corde. Au fond, stagnait une eau d’une hygiène discutable, tandis que l’inclinaison des murs lui interdisait de se tenir debout. Espérance de vie : quinze jours, en cas de robuste constitution.

Histoire d’ajouter encore au lugubre du lieu, le Châtelet contenait une petite pièce en rez-de-chaussée percée d’une lucarne donnant sur la rue. C’était la morgue où s’entassaient les noyés repêchés dans la Seine, nombreux semble-t-il, ainsi que les cadavres de la nuit ramassés dans les rues de Paris. Au XVIIe siècle, la moyenne quotidienne s’établissait aux alentours d’une quinzaine d’individus. Une fois exposés, les cadavres étaient lavés et empaquetés dans des linceuls par les filles hospitalières de Sainte-Catherine du couvent de la rue Saint-Denis avant d’être ensevelis au cimetière des Innocents.

A cause de la sourde terreur que la prison leur inspirait, les Parisiens choisirent plutôt la Bastille pour organiser leur journée portes ouvertes du 14 juillet 1789. C’est que les révolutionnaires n’avaient pas une folle envie de relâcher dans la nature les criminels les plus féroces qui y étaient incarcérés. Pour régler une bonne fois le problème, des bandes armées nettoyèrent la prison au cours des massacres de septembre 1792, tandis que les rumeurs de complots royalistes parcouraient la France. Le 2 au matin, une troupe surexcitée fit irruption au Châtelet pour lyncher tous les prisonniers, quelques aristocrates, certes, mais principalement des droits communs qui furent exterminés à coups de sabres et de piques. Sur les 350 prisonniers, une dizaine en réchappa par miracle.

Rendu à sa seule fonction de prison depuis la suppression de la prévôté de Paris en 1790, l’édifice devint tout à fait inutile après cet épisode épouvantable. A moitié en ruines, il fut démoli par décision de Napoléon au début des années 1800. Après la destruction du Châtelet, les ruelles alentours perdirent peu à peu leurs fonctions. La création des abattoirs des faubourgs provoqua l’interdiction d’acheminer du bétail dans le quartier. Les échoppes fermèrent les unes après les autres pour être remplacées par des cabarets mal famés où artistes, intellectuels et bourgeois fortunés venaient s’encanailler.

C’est au coin de la rue de la Tuerie et de la Vieille-Lanterne, sur une vieille grille en fer, que le corps sans vie de Gérard de Nerval fut découvert pendu au petit matin du 26 janvier 1855. Puis Napoléon III et Haussmann se chargèrent de finir le boulot et firent raser, pour de bon, les plus anciens vestiges moyenâgeux de Paris.

Bruno ICHER

Le Châtelet, peine capitale - Libération

 

Paris disparu - Châtelet
Paris disparu - Châtelet

Ce nom évoque la place centrale de Paris bien connu ainsi que l'une des principales stations de métro de la ville. Mais avant cela, le nom provient de l'existence de deux châtelets à cet emplacement, de part et d'autre de la Seine : le Petit Châtelet (1ère photo) et le Grand Châtelet (la 2nde).

Il s'agissait d'abord de fortifications en bois, construites pour protéger les ponts d'accès à l'île de la Cité pendant les invasions des Vikings : le Grand Châtelet protégeait l'accès par la Rive Droite, le Petit Châtelet par la Rive Gauche. Les forteresses ont ensuite été reconstruites en dur au 12ème siècle, sous le règne de Louis VI. Le Grand Châtelet, transformé et agrandi sous Saint Louis, abrita d'abord le Prévôt de Paris (représentant du pouvoir du Roi, à ne pas confondre avec le Prévôt des Marchands de Paris), avant de devenir une célèbre prison sous l'ancien régime. Il est détruit sous le règne de Napoléon en 1808. Le Petit Châtelet, également devenu une prison, fut démoli quelques années avant la Révolution, en 1782.

Châtelet is the name of a famous central place and also the name of one of Paris biggest metro station. But this name recalls two former little castles (“châtelet” in French) that used to be built on both side of the Seine river to protect the center of Paris in Ile de la Cité: Grand Châtelet (2nd picture) was settled on the right bank and Petit Châtelet (1st picture) on the left bank. Both of them became prisons before being demolished in 1782 for the 1st one and 1808 for the 2nd

Paris hier, aujourd'hui, demain

Visitez le Grand Châtelet disparu en 1802

Visitez le Grand Châtelet disparu en 1802

Durant sept siècles, la forteresse a abrité la prévôté de Paris où des milliers de criminels ont été jugés, condamnés et torturés. Aujourd’hui, le Châtelet n’est plus qu’une place sans grande âme squattée par la fontaine du Palmier. Quatre sphinx se bornent, épisodiquement, à cracher de l’eau, ayant eux-mêmes oublié qu’ils occupent la place d’un petit château (châtelet) qui s’est dressé durant sept siècles en bord de Seine...

> La suite sur http://bit.ly/1mmI3Kr

Auteur(s) : Jean-Louis Chardans Editeur : Pygmalion Langue : Français Parution : 01/01/1980

Auteur(s) : Jean-Louis Chardans Editeur : Pygmalion

Langue : Français Parution : 01/01/1980

 

Le Châtelet à travers les âges | La Jaune et la Rouge

Au XVIIe siècle, Louis XIV transforme le Grand Châtelet en prison pour les criminels de ... Le 19 août 1862, le Théâtre impérial du Châtelet donne son spectacle ...

Le blog du service jeune public du Théâtre du Châtelet

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