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Publié par Philippe Poisson

A ses enfants la patrie reconnaissante‏

A l’origine de ce projet, il y a un homme, mon arrière-grand père : Paul Landowski (1875-1961). Polonais d’origine, sculpteur de profession, il a laissé de nombreux monuments en France et dans le monde, des monuments aux morts et des monuments qui célèbrent la vie.

Et puis, surtout, il y a l’envie pressante de raconter la Première Guerre Mondiale, tous ces monuments aux morts qu’on voit encore partout aujourd’hui dans nos villages, et qui sont comme des boussoles de granit bloqués vers le passé.

A ses enfants la patrie reconnaissante, c’est d’abord l’envie de faire parler ces obélisques de pierre qui nous racontent, en silence, l’un des plus grands drames du XXème siècle.

Plus qu’un film sur la guerre, c’est un film sur la mémoire et sa fabrication. Une réflexion essentielle alors que commencent tout juste les célébrations du centenaire de la Grande Guerre

1919. Paul, sculpteur, se rend de village en village pour ériger les monuments aux morts qui fleurissent partout dans le pays. Mais lorsqu’il arrive dans la petite ville de Sancerre, les traumatismes de la guerre resurgissent : après tant et tant de monuments aux morts, ce monument sera-t-il enfin celui du retour à la vie?

NOTE DE L'AUTEUR-REALISATEUR

La littérature historique sur la guerre de 14 est abyssale, à la mesure sans doute de la place que ce conflit occupe dans la mémoire collective. La guerre a été étudiée, expliquée, analysée sous tous ses angles et dans tous ses aspects : militaire, politique, économique, psychologique, scientifique, artistique.

Depuis 1998 cependant et le discours de Lionel Jospin à Craonne, c’est la question des fusillés et de leur réhabilitation qui semble avoir occupé le devant de la scène historique : projet de lois, documentaire sur France télévisions (Fusillés pour l’exemple), essais et publication de témoignages, etc.

Le cinéma, qui n’a jamais cessé de traiter la grande guerre (de la Grande illusion de Renoir au Long dimanche de fiançailles de Jean-Pierre Jeunet), a donné très tôt sa place à la figure du fusillé, faisant même du sacrifié pour l’exemple un personnage récurrent dans la représentation de 14-18. Si l’histoire ne se répète pas toujours, la fiction, elle, produit parfois des bégaiements scénaristiques, symboles d’un passé qui ne passe pas.

Kubrick, dans Les sentiers de la gloire, Yves Boisset dans le Pantalon et encore dernièrement Jean-Pierre Jeunet dans Un long dimanche de fiançailles ont tous placé les derniers jours du condamné au centre de leur récit.

Avec ce film, je veux changer de point de vue, et raconter la guerre de façon originale et inédite : à travers la construction d’un monument aux morts, illustration concrète et douloureuse d’une mémoire en construction. Il y a ici bien sûr les douleurs de la guerre, mais mon film raconte d’abord la nécessaire et difficile transmission de la mémoire.

C’est pourquoi j’ai placé le monument au centre de mon histoire : pour remettre au centre ces édifices un peu délaissés, et pourtant terriblement familier, de notre histoire et de nos paysages. Je veux raconter ces morceaux de pierre qui forment au milieu de chacun de nos villages les balises de notre mémoire collective. Ce sont, érigés aux quatre coins du territoire, les symboles d’un passé qui nous appartient tous et qu’il nous appartient aujourd’hui de transmettre.

Trop souvent, on oublie de regarder, de s’arrêter devant ces monuments ; et en oubliant de lire ces noms, j’ai le sentiment que c’est les tuer une deuxième fois.

Avec ce film, j’espère pouvoir mobiliser des associations mémorielles et d’anciens combattants, afin de perpétuer le souvenir de ces interminables listes de disparus.

Et contribuer à la réhabilitation des 200 fusillés qui ne s'y trouvent pas encore...

A NOS ENFANTS LA PATRIE RECONNAISSANTE on Vimeo

Projet A ses enfants la patrie reconnaissante - Stéphane ...

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