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Publié par Philippe Poisson

Jacques Doriot est une étoile montante du Parti communiste. Il passe même trois ans à Moscou à l’exécutif du Komintern. Mais il se heurte de front avec Maurice Thorez en préconisant, un an avant le changement de politique décidé à Moscou, une alliance avec les socialistes. Exclu du PCF, il fonde le Parti populaire français en 1936 auquel vont se rallier de nombreux communistes et qui va progressivement incarner un « fascisme à la française -

Jacques Doriot est une étoile montante du Parti communiste. Il passe même trois ans à Moscou à l’exécutif du Komintern. Mais il se heurte de front avec Maurice Thorez en préconisant, un an avant le changement de politique décidé à Moscou, une alliance avec les socialistes. Exclu du PCF, il fonde le Parti populaire français en 1936 auquel vont se rallier de nombreux communistes et qui va progressivement incarner un « fascisme à la française -

Dès avant la guerre, le PCF fit courir le bruit que Doriot était un agent camouflé de la police. Par la suite, d'éminents dirigeants s'en firent l'écho ; ainsi Gaston Monmousseau dans L'Humanité du 23 septembre 1949 (où il assimile Doriot en tant qu'espion à Tito et à Rajk), Jacques Duclos dans ses Mémoires (Fayard, 1968, T. II, p. 241), Fernand Grenier dans Ce bonheur-là (Éd. Sociales, 1974, p. 202).

Tout repose sur la manifestation du 12 octobre 1925 où Doriot, avant de s'effondrer assommé, porta un coup au bas-ventre d'un agent atteint d'une maladie de la vessie. Doriot fut gardé en détention préventive du 12 au 19 octobre 1925 puis, le 20 janvier 1926, condamné à huit jours de prison; l'agent blessé vint témoigner à la barre, mais mourut quelques mois après des suites du coup reçu.

Il suffit de commettre une «erreur» de chronologie et d'indiquer, avec les auteurs précités, que l'agent mourut le 12 octobre ou peu après pour faire apparaître comme très probable que « Doriot a obtenu sa libération en promettant de porter des coups contre le Parti quand la bourgeoisie estimerait le moment venu » (F. Grenier), et soutenir que Doriot semblait bien désormais avoir «un fil à la patte » (J. Duclos).

L'hypothèse d'un Doriot indicateur de police, qui semble du reste difficilement conciliable avec la psychologie du personnage, ne repose sur aucun fondement objectif. J'ai pour ma part dépouillé plusieurs dizaines de cartons aux archives de la préfecture de police, dont les dossiers Doriot, et je n'ai pas rencontré le moindre indice qui aille en ce sens...

Recherche - encadré dans mensuel n°21 daté mars 1980

Doriot, un agent de la police ? | L'Histoire

Doriot, du communisme au fascisme | L'Histoire

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