Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par Philippe Poisson

Madame St-Clair, reine de Harlem

Parution du livre 3 septembre 2015 - Stéphanie Saint-Clair aurait pu passer à travers les mailles du filet de l'Histoire. Elle aurait dû, sans doute, compte-tenu de son caractère. Il ne serait resté qu'elle qu'une tombe à New-York, quelques photos jaunies et Novella Nelson jouant brièvement son rôle dans le film de Coppola, «Cotton Club». Mais Raphael Constant est passé par là. Le brillant écrivain martiniquais s'est pris de passion pour la vie incroyable de cette femme originaire de la même île que lui. Il ressuscite le destin hors normes de Madame Queen, celle qui quitta la Martinique à 26 ans pour ne plus jamais y revenir. Grâce à son tempérament indomptable, celle qui est née dans une case d'un quartier pauvre de Fort de France en 1886 et qui ne connut l'école que pendant cinq petites années devint la reine de la loterie clandestine de Harlem et tint la dragée haute pendant des décennies à toute la pègre new-yorkaise, des gangs irlandais miteux aux grands noms de la Prohibition et même à Meyer Lansky, l'homme qui régnait sur Cuba et son boss Lucky Luciano. C'est son parcours méconnu du grand public que Raphaël Confiant restitue avec brio dans ce roman. Il nous emmène dans le Harlem des années 20 à 40, en pleine Black Renaissance. Stéphanie Saint- Clair démarre mal dans la vie. Petite bonne soumise aux appétits charnels du fils de la maison bourgeoise où elle travaille, née de père inconnu, orpheline de mère très jeune, elle lutte à chaque instant de sa vie. Elle débarque à New-York à 26 ans, après un court séjour en France, sans un sou en poche et se retrouve colocataire d'une famille irlandaise. De simple petite main dans un gang irlandais, elle devient quelques années plus tard une femme gangster impitoyable. Elle a quelques meurtres sur la conscience, pour certains commis de ses propres mains, elle ne laisse rien passer à ses subordonnés quand ils essaient de la gruger et elle mène les hommes à la baguette. Mais elle côtoie aussi de grands intellectuels noirs et métis de l'époque, des gens qui lui feront prendre conscience de son amour pour les livres et de son athéisme, elle est une militante féministe à une époque où le mot n'existe pas et où le concept n'est accessible qu'à de riches femmes blanches, elle connait la grande époque du Cotton Club et des autres clubs de jazz mythiques de Harlem. Elle devient américaine mais elle reste française avant tout. Une Black French Woman, autant dire une rareté dans cette Amérique sans nuances où ne prévaut que la loi de l'unique goutte. Quiconque a une seule goutte de sang noir dans les veines est considéré comme noir même s'il a les yeux bleus et les cheveux blonds. On est loin de sa Martinique natale peuplée de Békés, de Mulâtres, de Syriens, d'Indiens et de descendants d'esclaves à la couleur de peau si variée. Stéphanie Saint-Clair est un pur produit de cette époque troublée qui vit se succéder des vagues d'immigration massives, la Prohibition, la Grande Dépression, deux guerres mondiales et la création du Mouvement pour les Droits Civiques. Autodidacte, dure mais généreuse, amoureuse aussi parfois, violente pour défendre ses intérêts, ingénieuse pour utiliser le système à son profit, c'est le portrait d'une femme complexe mais finalement attachante que peint Raphaël Confiant dans une langue française mâtinée de créole martiniquais. Bref, une merveille !  (Aurélie Sandon de la librairie LA PLUME ROUGE à TRÉVOUX, France ).

 

Les présentations des éditeurs : 27/10/2015

Ma chance à moi, Stéphanie St-Clair, Négresse française débarquée au beau mitan de la frénésie américaine, fut qu'à mon arrivée Harlem commençait à se dépeupler de ses premiers habitants irlandais, puis italiens, lesquels cédaient la place jour après jour, immeuble après immeuble, à toute une trâlée de Nègres venus du Sud profond avec leur accent traînant du Mississippi et leur vêture ridicule en coton de l'Alabama. Dès le premier jour sur cette terre d'Amérique, je me jurai que personne ne me marcherait plus sur les pieds ni ne me traiterait en petit Négresse. Personne ! Dans le New York des années 1920-1940, Stéphanie St-Clair connut un incroyable destin. Venue de sa Martinique natale, elle deviendra reine de la loterie clandestine, surnommée «Madame Queen» ou «Queenie» par le milieu, et affrontera avec succès à la fois la pègre noire et la mafia blanche du Syndicat du crime. Traversant avec panache toutes les époques - la Première Guerre mondiale, la prohibition, la Grande Dépression de 1929, la Seconde Guerre mondiale et le début du Mouvement des droits civiques - elle s'enrichit et devint une icône à Harlem, mais aussi dans nombre de ghettos noirs du nord des États-Unis. Ce roman rend justice à celle qui fut, outre une femme-gangster impitoyable et cruelle, un précurseur de l'affirmation féministe afro-américaine. Né en 1951 à la Martinique, auteur de nombreux romans, essais ou poèmes, Raphaël Confiant est l'un des chefs de file du mouvement littéraire de la créolité.

Auteur : Raphaël Confiant

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Mercure de France, Paris, France

Commenter cet article