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Publié par Philippe Poisson

191 – Portrait du jour : Patricia Bertin, l’auteur de “SEUL en la demeure”

Le Carnet de l’histoire de la justice, des crimes et des …développe la rubrique Portrait du jour – Criminocorpus  et ouvre ses pages aux fidèles lecteurs du site.

Pour son 191ème  Portrait du jour – Criminocorpus  nous recevons Patricia Bertin , romancière, auteur de Seul en la demeure

“Tous les romans de Patricia Bertin, quelle que soit le degré de violence qu’ils atteignent, se veulent avant tout réalistes. Leur héros restent des gens ordinaires. Nous pourrions les rencontrer dans la rue ou à la une de nos journaux télévisés. Chers lecteurs, il est de votre bon vouloir d’influer longue vie à ces êtres de papier et d’encre en les aimant et en les défendant comme des amis fragiles.”

Bienvenue Patricia Bertin sur le très sérieux Carnet criminocorpus

Patricia Bertin, née en novembre 1961, vit une enfance montmartoise coincée entre le Sacré-cœur et le château-d’eau de la Butte jusqu’à ce que la maison, bâtie en 1926 par son grand-père soit vendue. Mais déjà, le poulbot ne cesse de créer des univers qu’illustrent les motifs des façades des immeubles qui flanquent les escaliers de la rue du Mont-Cenis. Dans ce décor, l’envie d’inventer des histoires précède la maîtrise de l’écriture et de la lecture.

Puis ce fut le temps d’une adolescence où tout se joue alors que tant de choses lui échappe. Un spleen sans idéal ! Mais avec la poésie pour la protéger des dérives dont on ne revient pas. Le poème que l’on écrit, mais aussi ceux que l’on lit.Une solitude épaisse, mais qui prend un parfum particulier lorsqu’elle lit La lettre un jeune poète de Rainer Maria Rilke.

Mais la poésie ne nourrit pas physiquement son homme ! Avec le BEPC en poche, elle prend ce qu’elle trouve. Le premier concours administratif qui passe et voilà le grand saut dans le monde du travail. C’est ainsi,que durant 37 ans, Patricia Bertin partira, avant le lever du soleil, pour gagner son pain quotidien. Une vie de besogneux, et pourtant…

Aujourd’hui, Patricia Bertin a publié sept romans. Malgré le refus et les fins de non-recevoir, cette obscure fonctionnaire n’a cessé d’écrire : poèmes, nouvelles, scénarios, romans. Écrire pour vider ce trop-plein d’imagination qui l’habite.

Pour elle, un roman ne se réduit pas à une histoire imaginée ou un témoignage rapporté, il invente une forme littéraire propre à l’auteur. Un roman ne décrit pas un monde, il le dénonce,c’est-à-dire qui le « fait connaître ». Un roman ne doit pas se gargariser ni de bons sentiments, ni de nobles idéaux, ni de violence gratuite, il doit se frotter à la réalité pour que le mensonge de la fiction soit vraisemblable à défaut d’être réaliste. Ainsi une bonne fiction n’aura pas de leçons à recevoir de la réalité ! Toutes ces exigences indiquent que l’imagination ne suffit pas à la construction d’un roman. Un roman demande du travail, mais aussi une conscience aiguë que les mots posés sont des actes. Derrière la nécessité d’écrire de cette romancière, il y a l’ultime conviction que le verbe s’est fait chair, ceci à entendre en dehors de toute connotation religieuse.

Voilà pourquoi ses romans, qui dissent quelque chose sur le monde, tente aussi de dire quelque chose sur la langue en créant un style qui lui est propre. Ayons toujours en tête que la langue est un territoire difficile à conquérir. La mauvaise élève avait beau écrire encore et encore, rien ne se passait. Elle a dû reprendre ses études à 40 ans, passer le DEAU et suivre un cursus universitaire jusqu’à l’obtention des Master de lettres modernes pour rétablir la confiance en elle et que ses manuscrits trouvent une oreille attentive. Elle a dû trouver la force, malgré ses levés à l’aube, d’additionner travail et études. Mais aujourd’hui, après l’édition de son septième roman, elle peut en toute légitimité accéder au statut d’auteur. Il ne tient qu’à vous à présent de la reconnaître en tant que telle.

Notons que les enquêtes qu’elle doit mener pour ses romans, lui permettent de découvrir des univers très éloignés de son quotidien. Nous ne dévoilerons pas ici l’objet de ses recherches car cela éclairerait trop les intrigues.

Pour Pourtant que la montagne est belle, comment peut-on imaginer … l’auteure choisit un policier homosexuel à l’heure où le « mariage pour tous » n’ était dans la tête de personne. Elle introduit quelques brides de patois, non par folklore, mais parce que, malgré l’uniformisation de nos sociétés, il existe encore des hommes liés à leur terre par leur langue.

Dans Maud, ou l’illusoire résilience , le personnage principal enquête sur les mots eux-mêmes. Même quand il ne s’agit pas de romans policiers, la plupart des écrits de cette auteure relèvent de l’investigation. L’héroïne accuse les mots de trahison parce qu’elle a choisi d’entendre ce qu’elle désirait entendre et que leur vérité la blesse. La jeune fille découvre grâce à Maud que l’être est autant le fruit de l’éducation de ses parents que celui de l’histoire avec un H majuscule.

Car mon péché, moi, je le connais évoque le désarroi devant la perte d’un enfant. Le héros de cette histoire est un métis franco-amérindien. En lui deux perceptions du monde cohabitent tant bien que mal. Le policier ainsi que les parents des victimes tentent de vivre malgré leurs blessures.

L’inondation, roman d’anticipation, nous alerte sur la dangerosité de la nature lorsque l’ambition de l’homme déroge aux lois de cette même nature. Dès les premières pages, nous sommes frappés par l’absence de nom et de prénom des personnages, chacun d’eux étant désignés par leur fonction. Seul est prononcé le prénom de Gwynplaine, personnage de l’Homme qui rit de Victor Hugo, disant combien la fiction peut peser de tout son poids dans les moments de grande solitude. Après la catastrophe, les personnages devront réapprendre à vivre pour retrouver leur nom,c’est-à-dire leur identité.

Margot nous renvoie à un temps pas si lointain où naître fille enfermait dans un corset qui, même tissé de la plus douce des étoffes,empêchait de respirer librement. Dans un village normand des années 50, deux jeunes filles tentent d’échapper au déterminisme social en préparant un concours de dentellière. Tout bascule quand l’une d’elles est retrouvée assassinée. Un héros de la résistance est chargé de l’enquête.

Judith et le croquemitaine e dénonce les ravages et les tabous liés à la pédophilie. Sujet difficile à travailler. Le roman le plus noir de cette auteure. Judith poursuit celui qui a assassiné la petite fille en elle. Elle lutte pour ne pas être une éternelle victime.

Seul en la demeure nous narre la descente en enfer d’un père et de son fils après l’assassinat de la femme de leur vie. Dans ce roman, l’auteur dénonce une lutte des classes n’est pas achevée malgré les apparences. Le fait que la majorité des individus possède une voiture, un ordinateur et un téléphone portable n’a jamais mis personne sur un pied d’égalité. Pénétrer un monde qui n’est pas le sien, c’est à dire celui où l’on est né, n’a rien d’une sinécure.

Tous ces romans, quelle que soit le degré de violence qu’ils atteignent, se veulent avant tout réalistes. Leur héros restent des gens ordinaires. Nous pourrions les rencontrer dans la rue ou à la une de nos journaux télévisés. Chers lecteurs, il est de votre bon vouloir d’influer longue vie à ces êtres de papier et d’encre en les aimant et en les défendant comme des amis fragiles.

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