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Publié par Philippe Poisson

Antonin Sabot, lauréat du prix Jean Anglade 2020 du premier roman

En attendant de publier ce portrait du jour dans la nouvelle version "Culture et Justice" de l'association Criminocorpus, nous mettons en ligne celui de Antonin Sabbot sur mon blog personnel.

Né en 1983, Antonin Sabot a grandi entre Saint-Étienne et la Haute-Loire. Il a vécu douze ans à Paris où il a été journaliste pour Le Monde, reporter en France et à l’étranger. Attiré par la parole et la vie de ceux dont on parle peu dans les journaux, les gens prétendument sans histoire, il a participé à la production et à la réalisation de reportages sociaux en 2012 et 2017.

Puis il est revenu vivre dans le village de son enfance, dans une de ces campagnes où le temps « coule pas pareil ». Avec des amis, il y a fondé la librairie autogérée Pied-de-Biche Marque-Page.

Il partage son temps entre l’écriture et la marche en forêt, et tente déjà d’apprendre le nom des arbres et des oiseaux à son fils qui vient de naître.

Bienvenue Antonin sur la page " Culture et Justice"

https://www.facebook.com/pageculturejustice

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"À côté de mon bureau, j’ai accroché une planche botanique ornée d’un chardon, et une autre d’un petit saxifrage. Ce sont des plantes qui poussent là où on ne les attend pas, dans les landes incultes et même dans les anfractuosités des pierres pour la seconde. Quand je m’installe pour écrire, au petit matin, encore la nuit même, je me dis que je suis un peu dans cette situation, reclus dans la grange que j’ai retapée avec ma compagne, dans mon petit village à écrire, à essayer de vivre de ça, alors que j’avais un « bon travail » en ville, avant.

Avant. Ça me paraît si loin.

Cela fait seulement trois ans que j’écris. Trois ans que j’ai posé les premières lignes de ce roman, Nous sommes les chardons, qui est sorti le 1er octobre aux Presses de la Cité. La première scène, où Martin voit son père avec un trou dans le dos qui aurait dû le condamner et qui pourtant se lève de table pour fuir dans la forêt m’est venue dans un flash et elle ne m’a pas quitté. Je me suis dit qu’il y avait là tout ce que je voulais raconter, ou en tout cas tout pour commencer une histoire qui contiendrait tout ce que je voulais raconter. Le lieu, l’ambiance, le caractère particulier des personnages, la vie dans la montagne, retiré du monde au bord des bois. La vie différente. Celle des chardons en somme. À partir de ce moment-là, le livre m’est comme sorti des mains en trois mois environ.

Ensuite, il a fallu beaucoup le retravailler. Car un saxifrage ne se fait pas une place sur le rocher en un jour. Faut creuser.

Martin, le héros du livre, dans le genre mauvaise herbe, il fait fort. Il a grandi seul avec son père. Un père démiurge, un père omniprésent, qui lui a appris à écouter les animaux et le vent. Un père qui a fait de son fils un enfant magnifique de pureté, mais coupé du monde. Alors quand ce père meurt, l’enfant doit sortir des chemins sauvages pour aller voir ceux des humains.

Pour l’écrire, ce livre, j’ai essayé de prendre un peu ces chemins, sachant que le mien jusque là avait plutôt été du genre « voie royale » (niveau étude et boulot j’entends). Mais je voulais bifurquer, alors j’ai beaucoup marché dans la forêt qui commence juste derrière chez moi. Fait mon jardin aussi. Les pieds dans la boue de l’hiver, ça donne les idées claires. Il y en a qui partent avec le vent, mais certaines s’accrochent assez pour qu’on puisse les ramener à l’intérieur et les coucher sur le papier. Il y a d’autres idées un peu plus sauvages qu’il faut aller attraper au petit matin, quand il fait bien froid et que la brume recouvre tout. Ça tombe bien, je suis plutôt matinal.

J’espère être parvenu à sortir une histoire qui parlera à beaucoup de gens sans être trop facile et consensuelle. Une histoire un peu comme un chardon dans nos oreilles, qui nous pique mais nous force à écouter le murmure du vent.

Pour ce qui est de Martin, je vous laisse lire le bouquin pour savoir s’il trouve son chemin. Quant au mien, je ne l’ai pas quitté. C’est un chemin de traverse, un de ceux qui poussent à la sobriété et à voyager léger. Mais c’est celui qui me convient pour le moment, alors je file. Je me sens un peu comme Panturle, le personnage de Giono dans Colline, qui « va par des chemins à lui » et qui doit pousser bien fort pour avancer entre ciel et terre. C’est comme ça que j’écris le prochain roman. Je ne veux pas en dire trop, mais vous vous en doutez, ça parle encore de forêt.

Nous sommes les chardons, est publié aux Presse de la Cité le 1er octobre 2020, disponible en librairie"

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Culture et justice rassemble des informations relatives à l’actualité culturelle sur les questions de justice. Histoires, romans, portraits du jour, salon de livres... 

Page indépendante sans but lucratif administrée par Philippe Poisson et Camille Lazare, membres de l'association Criminocorpus.

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A propos du site : Criminocorpus propose le premier musée nativement numérique dédié à l’histoire de la justice, des crimes et des peines. Ce musée produit ou accueille des expositions thématiques et des visites de lieux de justice. Ses collections rassemblent une sélection de documents et d’objets constituant des sources particulièrement rares ou peu accessibles pour l’histoire de la justice.

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Relecture : Sylvie Poisson

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