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Publié par Philippe Poisson

Jean-Lucien Sanchez est né le 20 septembre 1975 à Martigues. En 1987, ses parents décident de s'installer en Guyane où il passe une partie de son adolescence. C'est lors de ce séjour qu'il est profondément marqué par les vestiges du bagne colonial de Guyane. De retour en France métropolitaine, il débute une première recherche historique sur le bagne de Guyane à l'Institut d'études politiques de Toulouse. Il décide ensuite de poursuivre sa recherche dans le cadre d'un doctorat d'histoire soutenu en décembre 2009 à l'Ecole des hautes études en sciences sociales sous la direction de Gérard Noiriel. Il s'intéresse en particulier aux relégués internés au pénitencier de Saint-Jean-du-Maroni. Il travaille en parallèle auprès de la mairie de Saint-Laurent-du-Maroni en tant que conseiller scientifique dans le cadre d'une opération de valorisation du patrimoine pénitentiaire du Maroni.

Jean-Lucien Sanchez et son livre A perpétuité

Quelles raisons vous ont poussé à écrire sur ce thème ?

« En 1987, j'avais alors 12 ans, mes parents décidèrent de s'installer en Guyane où j'ai passé une partie de mon adolescence. C'est lors de ce séjour que j'ai été profondément marqué par les vestiges du bagne colonial de Guyane. Là, avec mon jeune frère, mon père ou des amis, nous tendions nos hamacs entre les barreaux de cellules à l'abandon et nous nous perdions dans les couloirs du bâtiment de la réclusion cellulaire situé sur l'île Saint-Joseph. Paradoxalement, le bagne représentait alors pour moi un lieu d'aventure et de détente et constitue le terrain de mes plus beaux souvenirs d'adolescence. Ce n'est que bien plus tard que je pris conscience de la véritable vocation de ces lieux et que je saisis leur destination initiale : un lieu d'enfermement et de souffrance. A l'insouciance succéda la volonté de connaître ce passé qui m'était inconnu et de comprendre les logiques d'un archipel carcéral où un peu plus de 70 000 bagnards ont échoué. »

Qu’espèrez-vous apporter au thème dont traite votre ouvrage ?

« Le bagne de Guyane a déjà été étudié par plusieurs auteurs. Ces ouvrages s'intéressent essentiellement à une seule catégorie de forçats, les transportés. Cette approche est parfaitement légitime puisque les transportés furent la catégorie la plus nombreuse en Guyane et que son application a duré près d'un siècle. Mais à côté des transportés, très connus notamment grâce à l'ouvrage Papillon d'Henri Charrière, figure une autre catégorie de forçats, bien moins connue, les relégués. Ces derniers sont des petits délinquants récidivistes condamnés essentiellement pour des motifs de vol simple, de vagabondage et de rupture de ban. Une accumulation de petites peines qui provoquait alors leur condamnation à perpétuité aux travaux forcés au bagne de Guyane. Cette loi, une des plus répressives et des plus sévères jamais contenues dans le code pénal français, est à l'initiative de la Troisième République.

Mais mon ouvrage ne se contente pas d'évoquer une histoire "générale" et factuelle de l'application de la relégation en Guyane. Sa force réside notamment dans l'analyse du pénitencier de Saint-Jean du Maroni et du quotidien des relégués. J'ai voulu ainsi écrire une histoire sensible des relégués en prenant le soin d'exhumer leurs paroles contenues dans leurs dossiers individuels conservés aux Archives nationales d'outre-mer. C'est dans cette dimension que mon ouvrage se démarque de tous ceux consacrés au bagne de Guyane avant lui. Il s'en démarque également par sa problématique : la loi sur la relégation des récidivistes frappe des individus atteint d'une "présomption irréfragable d'incorrigibilité". Mais incorrigibles sur le sol de la métropole, les relégués le demeurent tout autant sur le sol de la colonie où ils sont renvoyés à leur stigmate et traités comme des réprouvés. Ils constituent ainsi la dernière catégorie du bagne, de véritables "intouchables", détestés de tous, même de leurs homologues transportés. Dans une approche socio-historique, j'ai voulu analyser les conséquences de ce marquage sur les relégués et les conséquences auxquelles il les a soumis sur le sol de la Guyane. »

Jean-Lucien Sanchez est actuellement chargé d'études et de recherches historiques au ministère de la Justice et chercheur associé au CESDIP.

Liste des ouvrages de l'auteur

Jean-Lucien Sanchez - Éditions Vendémiaire - Les collections Des ...
A perpétuité - Relégués au bagne de Guyane
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