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100.jpgLa BnF expose une centaine de clichés illustrant l’évolution de la photographie, sur plus d’un siècle d’existence.


« Que savions-nous des choses avant la photographie ? ». Dans le catalogue de l’exposition, la question du metteur en scène Olivier Py résume bien la raison d’être de La photographie en 100 chefs-d’œuvre : mettre en lumière dans un cadre restreint la multiplicité du monde à travers différents regards, à différentes époques.


Choisis par Sylvie Aubenas et Marc Pagneux parmi cinq à six millions de clichés - provenant pour la majeure partie du département des Estampes et de la Photographie - les cent tirages présentés s’étalent de l’année officielle de l’invention en 1839 à la fin du XXe siècle. Mis bout à bout dans une scénographie très simple, sans chronologie ni thématique, ils offrent au visiteur un patchwork des divers genres photographiques. Portraits, nus, paysages, reportages, publicité, photographies scientifiques, radiographie, photomontage et images photodynamiques* se succèdent, accompagnés de textes courts de présentation. Ainsi, Sarah Bernhardt, 20 ans et encore inconnue, portraitisée par Félix Nadar, côtoie les gorges de Trient baignées d’une lumière éblouissante grâce à l’objectif d’Aimé Civiale. À côté, le nu de femme du tchèque Frantisek Drtikol évoque ostensiblement L’Origine du monde de Courbet.


À travers l’artistique, c’est aussi l’évolution des techniques photographiques qui est mise en valeur. La Feuille de Vigne de Talbot montre par exemple le procédé du dessin photogénique* et le Palmier pris sous le ciel d’Athènes par l’amateur Girault de Prangey illustre l’initiation des curieux au daguerréotype* dès le milieu du XIXe siècle. Ces débuts seront suivis par le tirage sur papier albuminé puis l’argentique.


Aux œuvres des grands noms de la photographie, tels Eugène Atget, Man Ray, Henri Cartier-Bresson ou encore Brassaï s’ajoutent celles d’anonymes aussi témoins de leur temps. Peu connus, les clichés n’en sont pas moins rares et émouvants. Ils sont aussi d’une grande valeur historique.


Le portrait pénétrant du Domestique du 1er ambassadeur japonais à Paris réalisé par Philippe Potteau en 1862 témoigne en effet du début de la diplomatie franco-japonaise. Prémisses de rupture avec sa politique isolationniste, le shogunat Tokugawa  envoya une mission diplomatique dans les pays européens, en France puis en Angleterre, Hollande, Russie et au Portugal.


Philippe Poteau photographia les membres dans son atelier dont Jyosuke Nagao, domestique du chef de la mission Yasunori Takeuchi. Dans l’intention de recenser les différents types de races humaines, ce préparateur au Muséum national d’histoire naturelle attaché au laboratoire d’anthropologie mit à contribution nombre de membres des missions diplomatiques de passage à Paris et du personnel des ambassades.


Autre exemple, le « Marchand de momies » trouvées dans les tombeaux des rois à Thébes, immortalisé vers 1870. Paisible et somnolant au soleil parmi les cadavres antiques, il attend les futurs acheteurs. Ayant fondé en 1867 à Beyrouth un atelier spécialisé dans les vues du Moyen-Orient pour les touristes fortunés, les peintres orientalistes et les historiens de l’art, Félix Bonfils reste le seul professionnel installé au Moyen-Orient au XIXe siècle à avoir traité ce sujet.


Si les commissaires de l’exposition se défendent d’avoir voulu faire une histoire de la photographie, l’exposition permet en tout cas de souligner l’importance de ce médium, à la fois instrument et objet d’études précieux des innombrables facettes de l’humanité et de son avancée dans la modernité.


Les tirages originaux des photographes américains comme Lee Friedlander, Diane Arbus, Robert Frank et William Klein, acquis au début des années 1970 par la BnF, constituent à ce titre l’un des points forts de l’exposition.


La photographie en 100 chefs-d’œuvre offre une plongée dans des ailleurs étranges ou familiers pour permettre à l’imagination de chacun de vagabonder. Du cliché de Jules-Ferdinand Costes, Barrique et échelle posées au pied d’un arbre sur fond de paysage de campagne, Olivier Py « voit bien que l’échelle dans son bois a le regret de l’arbre et que la barrique dans ses veines a une soif de pluie et de récolte ».


C’est en cela qu’un chef-d’œuvre est chef-d’œuvre : il dit tout dans peu, pour mieux laisser s’exprimer l’Autre.

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La photographie en 100 chefs-d'oeuvre, jusqu'au 17 février à la BnF François-Mitterrand, Quai François-Mauriac, 75013 Paris.

Rens.: www.bnf.fr

 

100 chefs-d’œuvre de photographie

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