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http://images.gibertjoseph.com/media/catalog/product/cache/1/image/9df78eab33525d08d6e5fb8d27136e95/i/682/9782296962682_1_75.jpgLors de l'épopée napoléonienne, la campagne d'Espagne se singularise par le développement d'une guérilla extrême aux multiples facettes qui joue un rôle essentiel dans le conflit. Parmi les régions en pointe dans ce mouvement d'insurrection, la Catalogne se distingue par plusieurs aspects. L'Histoire de cette province est émaillée d'insoumissions souvent douloureuses visant à son autonomie ; de fait, elle dispose depuis le Moyen Age d'une culture de mobilisation spontanée particulièrement redoutable à travers les somatenes et les miquelets. De plus, son avance économique n'est pas sans donner à sa guérilla une dimension sociale assez singulière. Région frontalière avec la France, la Catalogne est également dotée d'un littoral qui facilite les communications avec l'extérieur, notamment l'allié anglais. Le soulèvement n'en est que plus implacable. Outre les particularismes locaux qui inscrivent la révolte catalane parmi les plus violentes, l'objet de cette étude tend à montrer les tentatives de l'armée française à mettre alors en place une politique de contre-guérilla visant à rattraper les erreurs des premiers mois de 1808.

 

Guérilla et contre-guérilla en Catalogne (1808-1813)

Date de parution: 01/07/2012

Editeur: L'Harmattan

EAN: 9782296962682

 

 

La convergence entre le thème, très actuel, des guerres irrégulières et le bicentenaire du Premier Empire a encouragé la floraison récente d’une série d’études de qualité sur la Guerre d’Espagne. Le caractère impitoyable de l’affrontement a fortement marqué ses protagonistes, et est resté longtemps présent dans le ressenti espagnol à l’égard de la France. Cette monographie consacrée aux opérations en Catalogne ajoute donc une nouvelle brique à l’édifice historiographie consacré à la confrontation entre les troupes napoléoniennes et les guérillas espagnoles.

 

Son cadre est celui de la riche province commerçante et agricole de Catalogne, frontalière de la France. Cette proximité géographique ne l’a pourtant pas rendue plus réceptive aux valeurs incarnées par la présence française. Au contraire, elle a été un des lieux les plus intenses de la résistance populaire armée à l’occupation, parvenant à imposer aux militaires français une insécurité permanente très déstabilisatrice pour les opérations dans le reste de l’Espagne.

 

L’insurrection catalane


Transposition manifeste d’un mémoire de mastère, le travail de Xavier Gallice s’appuie essentiellement sur le dépouillement des archives militaro-administratives françaises, complétés par l’apport de quelques livres de souvenirs. Il a le mérite de dégager leur vision de cette lutte et leur relative incompréhension de l’adversaire. Il s’en dégage notamment un tableau sociologique des révoltés qui prennent les armes contre l’occupation napoléonienne. Derrière la levée en masse patriotique d’une province hostile dont la population est soumise à de lourdes exactions, les intérêts et les engagements des différents groupes sociaux ne sont pas nécessairement les mêmes. Il y a par exemple un monde entre l’hostilité à outrance du clergé et les accommodements raisonnables de la classe bourgeoise.

 

La résistance armée s’appuie sur des forces composites. Les troupes régulières sont peu nombreuses et leurs chefs nourrissent de nombreuses préventions socio-culturelles à l’égard des insurgés civils. Ces derniers participent à la lutte au sein de différentes formations : les unités paramilitaires des miquelets, les milices de défense locale des « somatenes », et des bandes de partisans irréguliers parfois situés aux marges du banditisme. Un des atouts de la guérilla est d’ailleurs le rôle qu’y jouent les contrebandiers, dont le savoir-faire s’avère précieux.

 

Évoluant comme des poissons dans l’eau dans un cadre qu’ils connaissent intimement, bénéficiant d’un environnement accidenté et fertile propice à la guerre irrégulière, les combattants catalans infligent des coups sévères aux forces de l’occupant. Ils poussent même l’audace jusqu’à mener des incursions à travers les Pyrénées en territoire français. Proposé en annexe, une sorte de “petit bréviaire de la guérilla” traduit de l’Espagnol en 1815 liste les techniques de combat non conventionnel préconisées contre les Français.

 

Une lutte sans solution militaire


Côté français, Xavier Gallice visite les maux, les défauts et les faiblesses structurelles dont souffrent les forces engagées. Elles disposent de moyens militaires sous-dimensionnés et sont constituées de jeunes troupes manquant d’expérience. Le commandement est hésitant sur la conduite à tenir, et les changements de chefs ne créent aucune impulsion décisive. Jugé secondaire à l’échelle de la stratégie napoléonienne, le théâtre espagnol est peu soutenu en termes qualitatifs et quantitatifs. Les difficultés d’équipement et d’approvisionnement sont permanentes. Les forces évoluent constamment en milieu hostile et la menace est omniprésente. Face à cela, les solutions manquent. Le renseignement est défaillant. Le caractère composite des troupes employées est une source de faiblesse supplémentaire. Les unités italiennes et allemandes sont peu fiables et leur comportement laisse gravement à désirer. La désertion des soldats étrangers est forte.

 

Le fond du problème tient à l’inadéquation des modes d’action et d’occupation, qui donnaient satisfaction dans les campagnes classiques en Italie et en Allemagne mais se révèlent inadaptés à la situation d’insécurité généralisée qui affecte la Catalogne. Le manque de moyens empêche toute sécurisation effective et durable du terrain. La priorité est donnée à une posture de contrôle défensif des points clés. Si le dispositif passif de protection s’améliore, les mesures actives de contre-guérilla tardent à être envisagées et mises en œuvre.

 

Sur ce plan, l’effort le plus significatif passe par la création d’unités spécialisées : légion de gendarmerie française de Catalogne, compagnies de miquelets français issus des départements pyrénéens, enrôlement de gendarmes catalans, tentatives de retournement, parfois concluantes, de bandes adverses. Mais on a du mal à évaluer l’effet de leur action. L’agent de pacification le plus efficace semble avoir été la lassitude universelle due à la durée du conflit. Tentant d’exploiter cet état de fait, la tardive et éphémère annexion de la province à la France en 1812 est sans effet probant sur le terrain. La déconfiture finale de l’Europe napoléonienne signe la ruine de cet ultime effort.

 

Conclusion


Il ressort des informations intéressantes de cet ouvrage, malgré quelques faiblesses de fond et de forme. Sa construction hésite entre découpage chronologique et approche thématique, au détriment de la clarté d’ensemble. Les quelques illustrations qui l’agrémentent sont hélas bien sombres, ce qui amenuise leur valeur informative et même décorative. Le texte souffre d’un certain nombre de fautes d’accord, et l’insertion de certaines citations n’est pas signalée typographiquement. Même si le corpus limité des témoignages de combattants étudiés aurait gagné à être élargi, l’apport essentiel et estimable de ce travail est de dévoiler le regard des sources françaises d’époque sur la Catalogne en rébellion et les façons de combattre des insurgés. À ce titre, il constitue une pièce utile dans la perspective d’une grande synthèse d’ensemble encore à venir portant sur la guerre irrégulière en Espagne.

 

© Guillaume Lévêque

 

vendredi 14 septembre 2012, par Guillaume Lévêque

 

Guillaume Lévêque - Agrégé d’histoire.- Professeur d’histoire en classe préparatoire littéraire au lycée Pothier à Orléans.

 

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