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http://www.lepoint.fr/images/2012/07/12/pirates-628026-jpg_430010.JPGLes hommes capables d'affronter la mort avec le sourire, c'est aussi rare qu'un coureur cycliste non dopé dans un peloton. Le pirate William Fly, 27 ans, est de ceux-là. Le 12 juillet 1726, c'est en toute décontraction, un bouquet de fleurs entre les mains et le sourire aux lèvres, que ce gibier de potence est conduit à la... potence. Il ne semble pas concerné par la petite cérémonie funèbre dont il va être un des héros. À l'inverse de ses trois compagnons d'infortune, qui tremblent de peur, notre homme donne l'impression de se rendre à un spectacle du Jamel Comedy Club. Il saute vivement sur la plate-forme du gibet avec un grand sourire. À la stupéfaction du bourreau et de la foule, il s'empare de la corde, en lance l'extrémité libre au-dessus de la poutre, puis inspecte le noeud coulant. Apparemment, ce qu'il voit ne le satisfait pas, car il se retourne vers le bourreau pour le réprimander. Il refait posément le noeud et se le passe autour du cou. Il s'adresse alors à la foule en lui disant qu'il n'est absolument pas effrayé à l'idée de mourir et qu'il "n'a offensé aucun homme".

 

Offensé personne ! Il est plutôt gonflé d'annoncer cela, même si sa carrière de pirate a été plutôt brève. Deux mois ! C'est en effet seulement en avril 1726 que William Fly signe pour embarquer comme quartier-maître à bord de l'Elizabeth, ancré dans un port de la Jamaïque. Le deux-mâts est commandé par le capitaine John Green. Très vite, le ton monte entre les deux hommes. Avec l'aide d'un autre marin, Alexander Mitchell, Fly organise une mutinerie. Une nuit, ils vont réveiller leur capitaine, le forcent à monter sur le pont et le balancent par-dessus bord sans aucun état d'âme. Il essaie bien de s'agripper à la voile principale, mais un marin obligeant lui tranche le poignet d'un coup de hache. Pas sûr que le capitaine Green ne se sente pas offensé... Les mutins s'occupent ensuite du premier maître qui est, lui aussi, jeté à la baille. L'équipage hésite sur le sort du médecin, qui est finalement jeté en fond de cale.


Sans remords


Ce nettoyage de printemps expédié, l'équipage célèbre son début de carrière dans la piraterie avec un bol de punch. Puis les marins confectionnent un magnifique pavillon avec la fameuse tête de mort, le Jolly Roger. Ils rebaptisent leur navire Fame's Revenge. Les voilà prêts à écumer les océans. William Fly est à son affaire. En quelques semaines, les pirates s'emparent de quatre navires. Mais l'aventure prend vite fin quand cet imbécile de Fly enrôle de force les marins d'un des navires capturés. Ceux-ci sont plus nombreux que son propre équipage et se mutinent. C'est au tour de notre apprenti pirate de se retrouver à fond de cale et bientôt remis aux autorités du port de Boston. La "mouche" n'a pas volé longtemps de ses propres ailes. À cette époque, le puritanisme règne en maître dans les colonies américaines. Un ministre du culte fait alors régner la terreur par ses sermons sur les colons, il s'agit de Cotton Mather. Un homme de 63 ans pompeux, vaniteux et autoritaire.


Cet imprécateur se met en tête de faire un exemple avec les pirates, aussi ne cesse-t-il de leur rendre visite dans leur prison pour les amener à confesser leurs crimes et à demander parton à Dieu. Autant dire qu'avec Fly il se heurte à un mur. Espérer de lui des remords, c'est aussi évident que d'attendre une confession d'échec d'un président de la République renvoyé chez lui par les électeurs. Le pirate se gausse des efforts de Mather, puis, devant son insistance, finit par prendre la mouche : "Comment voulez-vous que je m'accuse ? Je ne suis coupable d'aucun meurtre. Notre capitaine et son maître d'équipage nous ont traités avec férocité. (...) On ne dit jamais rien à nos commandants, quand ils abusent de nous ou nous traitent comme des chiens. En revanche, aux pauvres marins..."


Avertissement


Devant la potence, ses trois compagnons manifestent la plus grande repentance, très certainement dans l'espoir d'une grâce de dernière minute. Effectivement, un des quatre pirates obtient un sursis, mais c'est parce qu'il apparaît comme faible d'esprit et pas responsable de ses actes. En revanche, Fly ne mange pas de ce pain-là. Lorsque c'est son tour de parler, il refuse de reconnaître ses fautes. Il prend la parole pour mettre en garde les "capitaines des navires de bien se comporter avec leurs hommes, sous peine d'être traités comme il l'a fait". Il se tait alors, attendant d'un air indifférent, tandis que Mather et les autres prédicateurs présents enchaînent les prières.

 

Les trois pirates sont pendus vers 15 heures. Leurs corps sont jetés dans un canot pour être transportés dans une petite île au large de Boston. Ceux de ses comparses sont inhumés, tandis que celui de Fly est pendu à des chaînes pour être vu de tous les navires et servir ainsi d'avertissement aux marins.

 

Lewino et Dos Santos 


12 juillet 1726. L'héroïque mort du pirate William Fly, qui aide le bourreau à le pendre.


Le Point.fr - Publié le 11/07/2012 à 23:59


Rares sont les hommes capables d'affronter la mort avec autant de décontraction que ce pirate américain. Des fleurs à la main.

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