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Une reine de la Belle Époque

Margaretha Geertruida Zelle, née en 1876, est la fille d'un marchand de chapeaux de Leeuwarden (Pays-Bas). La petite fille, appelée familièrement M'greet, est éveillée, fine et élancée. Elle a un teint basané inhabituel aux Pays-Bas qui fait qu'on la prend souvent pour une Eurasienne.

Son père lui est très attaché et la gâte beaucoup avant de rencontrer des revers de fortune. La jeune fille étudie à l'école normale de Leiden mais est renvoyée à la suite d'une liaison avec le directeur (qui, de son côté, perd sa place).

À la suite d'une annonce matrimoniale, elle épouse un capitaine nommé MacLeod de dix-neuf ans son aîné, qui se montre bientôt violent et porté sur le rhum. Ils vivent aux Indes néerlandaises et ont deux enfants. Leur jeune fils Norman meurt à la suite d'une intoxication à laquelle leur fille Jeanne dite Non survécut. Le couple rentre au pays en 1903.

Mais Margaretha a découvert aux colonies une vie exaltante, ce qui l'amène à divorcer du capitaine et à gagner Paris

Elle fait ses débuts comme danseuse de charme sous les apparences d'une princesse javanaise dénommée Mata Hari (L'oeil de l'Aurore) au «Musée des études orientales» (sic), plus connu sous le nom de musée Guimet, lequel abrite alors une salle de spectacle privée...

La représentation donnée le soir du 13 mars 1905 par le riche négociant et mécène Émile Guimet pour une brochette de privilégiés consiste en un tableau animé représentant le dieu hindou Shiva aux six bras recevant l'hommage exalté d'une pléiade de princesses.

Celles-ci sont emmenées par... Mata Hari habillée d'un collant couleur chair et ruisselante d'or et de jade.

La salle exulte et une spectatrice, l'écrivain Colette, note en experte : «Elle ne dansait guère mais elle savait se dévêtir progressivement et mouvoir un long corps bistre, mince et fier.»

Le spectacle connaît le succès et la troupe se produit bientôt à Madrid, Monte Carlo, Berlin, La Haye, Vienne et même Le Caire.

La jeune et troublante artiste collectionne les protecteurs haut placés.

Le piège

Après l'entrée en guerre des puissances européennes, en août 1914, Mata Hari, qui parle plusieurs langues et vient d'un pays neutre, se permet de voyager librement à travers l'Europe. A Paris, elle mène grand train au Grand Hôtel où les uniformes chamarrés abondent.

Les jeunes pilotes de chasse jouissent en particulier d'un prestige irrésistible. C'est ainsi que la Belle s'éprend fin 1916 d'un capitaine russe au service de la France dénommé Vadim Maslov, fils d'amiral. Il a 21 ans et lui rappelle peut-être son fils mort en bas âge.

Voilà que le beau lieutenant est abattu et soigné dans un hôpital de campagne, du côté de Vittel. Lorsqu'elle se met en tête de lui rendre visite à l'infirmerie du front, elle doit payer cette faveur de la promesse d'aller espionner le Kronprinz (le prince héritier de l'Empire allemand) qui est de ses connaissances, moyennant une rétribution considérable. Le capitaine Ladoux doit jouer le rôle d'officier-traitant.

La naïve hétaïre se rend en Espagne neutre pour prendre un bateau à destination de la Hollande et gagner l'Empire allemand.

L'Intelligence Service (les services secrets britanniques) met la main sur elle lors d'une escale à Falmouth mais ne peut rien lui reprocher malgré un interrogatoire serré. Poursuivre sa route vers l'Allemagne devenant hasardeux, l'aventurière regagne Madrid où elle ne tarde pas à séduire... l'attaché militaire allemand, le major Kalle.

Celui-ci transmet plusieurs câbles à Berlin traitant de sous-marins à destination du Maroc et de manoeuvres en coulisse pour établir le prince héritier Georges sur le trône de Grèce, en signalant que «l'agent H-21 s'était rendu utile». Ces messages sont interceptés par les Alliés.

L'envoûtante «Eurasienne» fait alors la folie de rentrer en France pour rejoindre son bel officier. Arrivée à Paris le 4 janvier 1917, elle est arrêtée le 13 février à l'hôtel Élysée Palace par le capitaine Bouchardon. Elle sort nue de la salle de bains et, s'étant rhabillée, présente aux gardes venus l'arrêter des chocolats dans... un casque allemand (cadeau de son amant Maslov) !

Le capitaine Bouchardon ne l'en soumet pas moins à des interrogatoires humiliants à la prison Saint-Lazare. On trouve de l'encre sympathique dans son nécessaire de maquillage... Et la danseuse admet avoir été payée par des officiers allemands, tout en affirmant qu'il s'agissait de l'argent du stupre.

Elle est convoquée à huis clos le 24 juillet 1917 devant le 3e conseil militaire, au Palais de justice de Paris. Son défenseur, Maître Clunet - un ancien amant - est un expert réputé du droit international, mais malheureusement peu familier des effets de manche d'une cour criminelle.

À son immense désespoir, Mata Hari entend son cher lieutenant, Vadim Maslov, appelé à la barre, la qualifier d'aventurière. Mais un autre témoin, le diplomate Henri de Marguérie, assure connaître l'accusée de longue date, n'avoir jamais abordé de sujet militaire en sa présence et pouvoir se porter garant de sa parfaite probité....

Las, les mutineries s'étant multipliées sur le front, l'opinion réclame des coupables et veut des exemples... Sensible à l'atmosphère empoisonnée de l'époque, la Cour présidée par le lieutenant-colonel Somprou déclare Mata Hari coupable d'intelligence avec l'ennemi et la condamne à être passée par les armes.

Cette ingénue plus si jeune refuse le bandeau qu'on lui propose et se tient crânement près du poteau d'exécution, lançant un dernier baiser aux soldats du peloton. Personne ne réclame son corps qui est remis au département d'anatomie de la faculté...

Renaissance d'un mythe

Près de cent ans plus tard, les archives du procès n'ont toujours pas été rendues publiques et l'on peut craindre que le dossier à charge ne soit tout à fait creux.

Quoi qu'il en soit, le personnage est entré dans la légende et Greta Garbo, Marlène Dietrich, Jeanne Moreau, Sylvia Kristel... et Maruschka Detmers lui ont depuis prêté leur personnalité à la scène, à l'écran ou à la télévision.

Il faut bien convenir que le mythe de la Belle disposée à trahir sur l'oreiller est aussi vieux que le monde. Selon les récits et les mythes antiques, Ariane libéra Thésée au XIIIe siècle avant JC, Dalila trahit Samson au VIIIe siècle avant JC et Tarpeia ouvrit les portes du Capitole aux Sabins au VIe siècle avant JC.

Au XVIIe siècle, le roi de France Louis XIV aurait stipendié une aristocrate bernoise effrontée du nom de Catherine von Wattenwil vers 1660.

Plus près de nous, Christine Keeler fit tomber le ministre conservateur Profumo en 1963 (elle était au mieux avec l'attaché naval soviétique à Londres).

Et dans les années 1980, la jeune Alexandrea Lincoln, serveuse au bar du Bellevue Palace (Berne) qui gagnait sa vie en distrayant les officiers supérieurs de l'armée suisse, avait le malheur de fréquenter l'attaché militaire libyen. Elle fut jugée à huis clos et condamnée à plusieurs années de prison.

Gabriel Vital-Durand.


15 octobre 1917 : Mata Hari est fusillée pour espionnage

http://www.herodote.net/histoire/evenement.php?jour=19171015


Les espionnes dans la Grande Guerre

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-27535537.html

 

 

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