Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

 

3-copie-3.jpg

 

2. Parcours d'un condamné définitif au bagne colonial - " La condamnation ayant été prononcée, les détenus primaires rejoignent leur lieu de détention, généralement proche, entre deux gendarmes. Mais il n'en va pas de même pour les criminels et autres condamnés aux travaux forcés sur les pontons des bagnes portuaires. Depuis les galères, la France est régulièrement traversée par des futurs bagnards en route pour la géhenne. Ces convois dureront jusqu'en 1836. C'est la « chaîne », évoquée par Victor Hugo dans Les Misérables. Elle partait de la prison de Bicêtre, à Paris, où elle était formée. Les forçats étaient acheminés, enchaînés, jusqu'aux bagnes de Toulon, de Rochefort ou de Brest, selon un itinéraire bien précis1

Les bagnes portuaires fermèrent et furent remplacés par la déportation en Nouvelle-Calédonie et en Guyane mais les systèmes de la chaîne demeura ; les bagnards continuèrent à sillonner la France un certain temps avant d'être entassés dans des wagons de chemin de fer spéciaux. Plusieurs semaines avant de départ du convoi, les condamnés étaient amenés de toutes les prisons de France vers la forteresse de l'île de Ré2 construite par Vauban pour protéger le port de La Rochelle des convoitises anglaises. D'imposantes murailles, des gardiens prêts à faire feu à chaque instant, et la mer pour unique horizon, voilà l'univers du condamné promis à la transportation ou à la relégation …"

Au début des années 1930, l'administration pénitentiaire se modernise et remplace les convois ferroviaires par le transport automobile …

Ce sont des fourgonnettes qui mènent les bagnards vers La Rochelle. Jusqu’au 16 septembre 1933, les forçats transitent par la Rochelle dans d’épouvantables conditions de transport.

Embarqués dans des wagons cellulaires de dix neuf places, les condamnés traversent la ville sous le regard, les huées des curieux, les questions des journalistes. A partir de cette date les fourgons permettent d’acheminer en 48 heures près de 400 forçats en 40 véhicules comme le montre la photographie ci-dessous.

 

 

tra.png

 

 

1-copie-1.jpgTraversée de la Rochelle en vue de l'embarquement pour la citadelle

de l'île-de-Ré. La gendarmerie encadre solidement les détenus. PP

 

3-copie-2

Les détenus portent parfois la tenue pénale réglementaire dans les maisons

centrales. Le port des sabots étant partie intégrante de la tenue vestimentaire

des détenus, l'évasion est rendue plus difficile pour la plus grande satisfaction

des gendarmes qui assurent les escortes...

Tenue pénale plus visible sur le cliché ci-dessous. PP

 

5.jpg

 

Criminels, faussaires, déserteurs, récidivistes, bandits de tout poil soumis

aux longues peines sont extraits de leurs celulles des maisons centrales

et sont dirigés vers la citadelle de St Martin de Ré. PP

7.jpg

8.jpg9.jpg

Embarquement de forçats célèbres pour l'île de Ré.

A. Dieudonné

B. Deboë


10.jpg

11.jpg 

 

 

Après une nuit à la prison de La Rochelle, les forçats embarquent pour Saint-Martin,

à bord des bateaux à vapeur de la liaison régulière, l’Express, le Coligny,

dans un premier temps au vieux port, puis à La Palice.

Le « Coligny »,  un antique bateau à aubes, et le vapeur l’« Express »,

les convoient jusqu'à l'île de Ré. PP

 

12

En attendant le départ, les candidats à la Guyane vivent presque confortablement dans les prisons centrales, auréolés du prestige du futur forçat qui impressionne leurs codétenus condamnés à des peines plus légères. Pendant des mois, quelque fois même des années, ils ont rêvé de ce départ pour la colonie qui leur ferait quitter pour toujours les murs de leur prison...

 

citadelle.jpg

 

Dès que les futurs bagnards passent le porte du fort de Ré, ils entrent dans un autre univers ; celui des morts vivants. Ils n'ont plu d'existence légale en métropole. Déjà la société les a oubliés comme de vulgaires déchets dont on se débarrasse.

 

Souvent épuisés par des années de prison et les longs jours de voyage dans des conditions épouvantables, les futurs bagnards ont une bonne surprise : la nourriture est de bonne qualité et abondante au dépôt de Saint-Martin-de-Ré. En redonnant des forces aux condamnés, l'administration pénitentiaire espère leur faire supporter aussi bien que possible le long voyage vers l'Amérique du Sud. Ils ne sont pas astreints au travail, et seuls ceux qui se signalent aux gardiens par une conduite trop mauvaise sont enfermés en cellule. Les autres traînent leur ennui et leur oisiveté dans d'immenses chambrées... »3

 

1 Sylvain Rappaport, La Chaîne des forçats. 1792-1836, Paris, Aubier, 2006, 346 p. - D’abord spécialiste des modèles de vertu, Sylvain Rappaport s’est tourné vers le sort des réprouvés en consacrant une étude, à la fois très précise et très stimulante, à la terrible chaîne qui conduisait les forçats des prisons vers les bagnes portuaires, entre 1793 et 1836. Il en justifie largement l’intérêt historiographique en multipliant les questions et les éclairages sur les divers aspects du sujet : mode de transport, voyage forcé, pratique disciplinaire, et « spectacle » offert aux foules par cette impressionnante « démultiplication » sur toutes les routes de France de l’exposition des condamnés prévue par la loi. Son analyse comble un vide et permet de croiser deux grands objets d’histoire : les institutions carcérales, d’une part, et le supplice public, d’autre part, durant une période-charnière, traversée d’hésitations décisives sur le système punitif. Sa démarche est toujours rigoureuse : elle s’appuie sur une lecture méthodique des diverses sources (archives administratives, articles de presse, témoignages et œuvres littéraires) – dont on peut regretter parfois qu’elles ne soient pas davantage présentées – et sur les apports de l’histoire des savoirs, des représentations ou des sensibilités, pour comprendre la chaîne et la fascination qu’elle exerce. En revanche, le plan adopté, éclaté en onze chapitres chronologico-thématiques, a l’inconvénient de diluer un peu les lignes de force...

2 Avant 1873, venant des pontons et des centrales, le regroupement avait lieu à Paris, soit à Bicêtre, soit à la Tournelle.

3 Pierre Dufour, Les Bagnes de Guyane, 2006, Pygmalion, département de Flammarion, 393 p.

 

 

Sources

 

 

http://www.decitre.fr/gi/37/9782756400037FS.gif

 

Napoléon III voulut purger la France de ses mauvais garçons et des délinquants qui l'encombraient.

Deux grandes colonies pénitentiaires destinées au peuplement se développèrent alors rapidement : la Nouvelle-Calédonie et la Guyane. En un siècle, près de 100 000 hommes et femmes furent transportés dans ces contrées éloignées et hostiles. Nombre de ces forçats, qui étaient loin d'être des criminels chevronnés, n'avaient pas mérité de vivre un tel calvaire pour peupler la " terre de la grande punition ".

Beaucoup furent éliminés par la violence, par les travaux forcés dont témoigna Albert Londres, par le vice et la maladie. Et, parmi ceux qui purgèrent leur peine, peu revirent la France. C'est l'histoire de ces êtres, hauts en couleur, en turpitudes et en misère, que Pierre Dufour nous raconte ici. Aujourd'hui, les vestiges de ces bagnes, dans les îles du Salut ou à Saint-Laurent-du-Maroni, continuent à parler au visiteur : y subsistent encore quelques témoins qui entretiennent la mémoire orale de ces lieux de douleur, dans les bistrots de Cayenne, de Kourou ou de Saint-Laurent ...
 
 

http://a10.idata.over-blog.com/2/45/42/71/philippe-3/15-copie-2.jpg

 

Au pied des échafauds ou au long des cortèges menant vers les supplices, le spectacle de la peine a, pendant des siècles, rassemblé les foules en une participation rituelle à la souffrance ou à la mort des condamnés. Il s’y mêlait haine et curiosité, compassion et plaisir, soulagement et crainte. Puis vint le temps, aux alentours du milieu du XIXe siècle, où l’on décida peu à peu de ne plus convier le peuple au théâtre du crime et même d’en éloigner les acteurs, désormais reclus dans les prisons ou transportés vers la Guyane.

Mais, avant que ne tombe le rideau, le dernier acte fut le plus fascinant, comme le montre cet ouvrage sur les dizaines de milliers de forçats qui, entre 1792 et 1836, rejoignent les bagnes portuaires (essentiellement Toulon, Brest et Rochefort). Tout à la fois chemin de croix et carnaval, spectacle hideux et pédagogique, source de scandales et valeur d’exemple, la "Chaîne" dévoile, pendant trois décennies, la profonde évolution d’une société qui, en abandonnant ce rite, en terminait aussi avec un ultime vestige de l’Ancien Régime.

Avec une parfaite maîtrise des sources, multipliant les témoignages d’archives et les références littéraires (qu’on se souvienne de la description hallucinante qu’en fit Victor Hugo dans Les Misérables ), précis sur les statistiques, les itinéraires et les diverses phases de la Chaîne (le ferrement, le transport, la nourriture, la discipline), Sylvain Rappaport montre aussi les divers protagonistes (personnel d’État et entrepreneurs privés). Surtout, il décrit avec force la complexité des relations entre la foule accourue au spectacle et le défi, l’accablement, la violence ou la prostration des bagnards.

Intense dialogue auquel mettra fin le fourgon cellulaire transformant l’homme flétri en coupable anonyme.

 

1

 

Collection privée de cartes postale de Philippe POISSON - La Rochelle - Saint-Martin-de- Ré - Embarquement de forçats - navires de transport, etc. 

Poisson (Philippe) | Criminocorpus. Le portail sur l'histoire de la ...

  1. www.criminocorpus.cnrs.fr › ... › Les auteurs Accès direct à un auteur

    Les auteurs > Accès direct à un auteur > Poisson (Philippe). Poisson ... Philippe Poisson est ancien formateur des personnels à l'administration pénitentiaire. ...

2. Parcours d'un condamné définitif au bagne colonial - Document à usage pédagogique uniquement. PP.
 

 

Commenter cet article