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Premier officier féminin à intégrer la gendarmerie en 1987, Isabelle Guion de Meritens est nommée colonel vingt ans plus tard. Femme de dialogue, elle avoue une prédilection pour l’opérationnel.

À l’heure des choix, certains avaient tenté de la dissuader, parlant même de «défi insurmontable». Mais en 1987, à la sortie de Saint-Cyr, l’idée de devenir la première femme officier de la gendarmerie n’a pas fait trembler Isabelle Guion de Meritens. Vingt ans plus tard, cette battante transforme l’essai : elle vient d’être nommée colonel, première femme de son arme à accéder à ce grade. « Je pense que les officiers de gendarmerie étaient plus perturbés à l’idée qu’une femme surgisse dans leur univers professionnel, que véritablement préoccupés pour moi », sourit cette mère de famille, commandant en second et chef d’état-major de l’École de gendarmerie de Chaumont, dans la Haute-Marne. La réflexion est lancée sur un ton cordial, sans rancoeur. À l’image du personnage, qui a subtilement fait sa place dans son univers professionnel. Si cette fille et soeur d’officier est arrivée jusque-là, c’est parce qu’elle a su « aller au devant des gens », affirme-t-elle.

Comme à ses débuts à Saint-Cyr lorsque, jeune titulaire d’une maîtrise d’histoire, elle a dû s’intégrer dans ce milieu masculin, hostile au premier abord. La « seule étape difficile » de sa carrière, selon elle. Toujours souriante et d’humeur égale, le visage détendu malgré dix heures de travail quotidien en moyenne , le colonel Guion de Meritens a l’estime de ses collaborateurs. « Elle obtient vite l’adhésion, reconnaît l’un de ses collègues, elle sait être à la fois un camarade, un supérieur, un collaborateur. » Être commandé par une femme ? « Ça ne change pas grandchose, si ce n’est qu’elle a une approche plus profonde du métier et des relations de travail. La communication est aussi beaucoup plus facile qu’avec un homme », observe un membre de son état-major. Le colonel Guion de Meritens se rappelle pourtant avoir été confrontée, lors d’une précédente affectation, à «un adjoint silencieux, pour ne pas dire muet», quelque peu « bloqué » par la présence d’une femme dans son environnement professionnel : « Je lui ai demandé de poser cartes sur table et de me dire ce qui n’allait pas. Il se sentait mal à l’aise, car il n’avait jamais travaillé avec une femme auparavant. À partir de là, nos relations sont devenues très bonnes. » Ce sens de l’ouverture, habile et sincère à la fois, se marieavec une solide confiance en soi. Ses décisions, elle les prend « sans détour », affirme un de ses collaborateurs. Les dossiers sont traités rapidement et efficacement. Cette célérité lui permet d’accorder du temps, aussi bien à un élève perturbé psychologiquement, qu’à un incident technique survenu sur un matériel. Tout est passé en revue. Lorsqu’elle échange avec son entourage, ses yeux bleus ne croisent pas les regards : ils les fixent tout en mettant en confiance, à l’image d’une franche poignée de mains. Sortie major de promotion du Collège interarmées de défense (CID), l’ex-École de guerre, le colonel Guion de Meritens est une « tête ». « Derrière, on galope », plaisante son bras-droit, le lieutenant Daniel Kerlau, en poste à l’état-major de Chaumont depuis quatre ans. Pour autant, « le colonel n’est pas le genre de personne à faire valoir son rang hiérarchique. »

Passionnée de sport en général, et de tennis en particulier, qu’elle pratique en compétition, le colonel Guion de Meritens ne se sent jamais aussi bien dans son métier que durant les phases opérationnelles. Son meilleur souvenir reste le commandement qu’elle a effectué à la compagnie départementale de Montmorency, dans le Val-d’Oise. «Je devais sans cesse faire face à des événements nouveaux, prendre des décisions dans l’urgence sans avoir toutes les cartes en main. Ce sont les moments que je préfère, car l’on peut s’exprimer pleinement», avoue cette challenger-née. Elle a choisi la gendarmerie précisément parce qu’elle se sentait en phase avec la « guerre au quotidien » que sont les opérations de police judiciaire. « Le fait d’être en permanence au service de la population est une bataille de tous les jours », poursuit-elle. L’activité incessante ne lui permettait cependant pas toujours de pouvoir prendre le recul nécessaire, qu’elle estime pourtant «essentiel». Aujourd’hui, elle s’investit à Chaumont pour développer la qualité de la formation des gendarmes, qu’elle juge « primordiale pour la bonne évolution de l’institution ». Soucieuse du détail, elle va par exemple, régulièrement sur le terrain, à la rencontre des formateurs, et se montre à leur écoute. Selon elle, « l’adaptation de la gendarmerie aux réalités de la société est une nécessité. ».


Forte de ce principe, elle a décidé très tôt de se pencher sur la question de la condition féminine dans l’institution. Le colonel Guion de Meritens oeuvre en effet depuis longtemps pour l’amélioration des conditions d’intégration des femmes au sein de la gendarmerie. Elle a d’abord rédigé en 1994 un mémoire dressant le bilan des dix premières années de présence féminine dans la gendarmerie. À l’époque, les nombreuses réponses à ses sondages ont témoigné de la pertinence du sujet et l’ont confortée dans sa démarche. Il y a trois ans, elle a également initié avec trois autres officiers féminins, dont «une» membre de l’Observatoire de la féminisation – un organisme interarmées –, un dialogue avec les jeunes femmes officiers qui s’aventurent tout juste dans la gendarmerie.


De femme à femme

Au centre des débats, la conciliation du métier de gendarme, très exigeant en termes de disponibilité, et du rôle de mère de famille. À Chaumont, le colonel prend le temps de parler avec les élèves féminins en début de formation : «Elle nous adresse la parole non pas comme un colonel à un subordonné, mais de femme à femme, sans tabou», approuve une élève en formation. À 44 ans, «Madame» Guion de Meritens, épouse d’un colonel de gendarmerie, sait ce qu’implique d’élever des enfants en menant une carrière militaire. Elle avoue même avoir eu « des difficultés » à concilier ces deux rôles pour ses deux fils. Aux yeux des élèves féminins de Chaumont, «cette expérience la rend crédible ». Si elle devait faire un sacrifice, ce serait malgré tout au profit de sa famille. « Ce qu’on laisse derrière soi, ce sont ses enfants », justifie-t-elle.

Mais la question n’est pas d’actualité. Cet été, la première femme colonel de la gendarmerie sera de nouveau sur le qui-vive, à la tête de la gendarmerie départementale des Yvelines. Un poste opérationnel qui, d’après elle, se veut «la finalité du métier.»

Édouard Prothery

http://www.defense.gouv.fr/defense/articles/journee_de_la_femme/une_pionniere_dans_la_gendarmerie



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