Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Un type étonnant, ce coiffeur dégarni. Tous les éléments sont contre lui, il a même reconnu, devant les policiers et le juge d'instruction, avoir empoisonné son épouse à petit feu, mais d'un bout à l'autre de son procès, il hurle son innocence. Il est intelligent, beau parleur et habilement défendu par Me Floriot en personne, mais rien n'y fait. Le 3 novembre 1950, à 6 h 40, il est guillotiné.

 

Georgette était très amoureuse de Lucien. Ils se sont connus au bal, à Lille, en 1931. Il venait de terminer son service militaire, il était plein d'entrain, plein de vie, il était prêt à tous les efforts pour lui offrir la vie qu'elle méritait.

 

Avant l'armée, il avait travaillé dans plusieurs ateliers, tâté à divers boulots, et partout, on l'avait observé de la même manière : « Un garçon charmant. Un bon camarade, mais qui parlait beaucoup. Un peu crâneur, en fait. » Georgette s'était laissée séduire. Sa mère était coiffeuse, elle voulait l'être aussi, alors Lucien de Crop, qu'elle épouse deux ans après l'avoir rencontré, se fait coiffeur, et le salon familial ouvre ses portes rue Colbert, pas très loin du centre de Lille.

 

À ce moment-là, si on en croit Lucien, il est déjà l'amant de sa belle-mère. Oh, il ne le dit pas de cette manière ; un séducteur a son vocabulaire.

 

Lucien, devant la cour d'assises du Nord, préfère reconnaître que, plusieurs fois, ils ont « cédé aux emportements de la nature »

 

« Une surprise des sens »

 

Mais la nature a ses caprices et les emportements, parfois, leurs retournements.

 

« Quand vos relations sont-elles devenues moins cordiales ? », demande le président.

 

« Ma belle-mère avait fini par s'imposer chez moi. En 1941, elle était la véritable maîtresse de maison et c'est d'elle que je recevais mon dimanche » Il est moins flamboyant, là. Le front plissé et l'oeil affligé, il raconte une vie soumise à l'autorité de la maîtresse femme que sa belle-mère contestera être, quelques instants plus tard, à la barre.


Et puis, le président veut savoir qui est exactement cette Jeanine, qu'il a connue en 1944. « C'était une fille de bar », dit-il.

 

Et c'est parce qu'il était FFI qu'il avait fréquenté ce bar, où il avait connu cette « passade » Mais s'il s'était découvert tardivement un engagement dans la Résistance, le président note que sa relation avec Jeanine, elle, n'était pas fugace : « Ces relations ont continué jusqu'au décès de votre femme » Dès qu'on parle de ses conquêtes, Lucien retrouve de sa superbe, en même temps que son vocabulaire : « C'était une surprise des sens. Cela devait être sans lendemain » Et puis, à la fin de l'année 1945, Georgette tombe malade. Ils ont eu Georges, qui est tout petit encore, et la jeune femme se plaint à quelques amies que son mari devient distant, « moins gentil ».

 

« Mais c'est moi, sur le conseil des médecins, qui l'ai fait entrer en clinique ! » Il a retrouvé son énergie, là. Son pouvoir de persuasion : « J'aurais donné ma vie pour sauver ma femme ! J'avais emprunté 25 000 francs à mon comptable pour payer les frais. » Un temps, Georgette va mieux, mais cela ne dure pas. Ses douleurs sont de plus en plus violentes, elle se tord de douleur au fond de son lit, perd ses cheveux, ne peut plus rien avaler. Un expert vient dire qu'il a trouvé là des signes caractéristiques de l'empoisonnement au thallium, l'un des composants de la mort-aux-rats.

 

De Crop larmoie, parle de sa « petite Georgette », mais le président fait défiler les témoins et comme les gouttes du supplice chinois, les récits accablants lui tombent dessus, implacablement.

 

L'une dit qu'il avait l'air de plus en plus heureux, au fil du calvaire de Georgette, l'autre raconte qu'il chantait « liberté, liberté chérie », une dame se souvient qu'il disait : « Vivement que tout soit fini » Et jusqu'au policier qui a recueilli ses aveux, le jour de son arrestation : « Il m'a dit que c'était l'idée de se rendre libre qui l'avait poussé » Et le policier raconte que, dans son élan, il a même indiqué le nombre de doses qu'il a administrées et le prix exact d'une fiole de mort-aux-rats : « Treize francs cinquante » Le face-à-face avec sa belle-mère devient inévitable. Mme Thibault de Monbois en a, des raisons de lui en vouloir : elle aussi a eu les mêmes symptômes. Vomissements, pertes de cheveux, malaises Elle est persuadée, et les policiers avec elle, que de Crop a essayé de l'éliminer, elle aussi.

 

Et puis, surtout, elle conteste avoir été sa maîtresse. Ce qui le met hors de lui. L'échange est terrible.

 

Juste un mot

 

Une fois calmée, Mme Thibault de Monbois dit qu'elle s'est toujours méfiée de son gendre. Pas Georgette, qui mettait son doigt devant sa bouche quand sa mère lui demandait ce que Lucien lui avait encore administré. Elle ne voulait pas qu'on puisse accuser le père de son enfant Lucien de Crop aurait pu être abattu, là. Sonné par les charges qui s'abattaient les unes après les autres. Mais non. Juste avant que le jury se retire, il eut une dernière sortie : « Je ne puis que dire de toutes mes forces et de tout mon être que je suis innocent. » Et, se tournant vers sa belle-mère : « Pour la mémoire de ma femme et pour mon gosse, je leur pardonne tout le mal qu'ils m'ont fait. » Alors, des lèvres si dignes de Mme Thibault de Monbois, on entend juste un mot : « Salaud » Une bonne heure plus tard, la cour d'assise du prononcera la peine de mort.

 

Lucien de Crop connaissait trop bien le prix de la mort-aux-rats

 

Lundi 14.08.2006, 14:21 - La Voix du Nord

 


Affaires criminelles - Criminalité (98)

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article