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http://i23.servimg.com/u/f23/11/45/21/83/journa10.jpgNos temps modernes n’ont pas le monopole du sordide. Dans les années 1950, les affaires de pédophilie ou de viol familial, dans le cas qui nous occupe, émergeaient rarement. L’époque n’était pas à la médiatisation mais à la loi du silence. C’est pour ça que l’affaire Jules Duhameau eut un grand retentissement dans la région et attisa la haine de la foule jusqu’à l’exécution du père indigne, le 28 juillet 1955.

PAR OLIVIER BERGER
reportages@lavoixdunord.fr

Au hameau du Bac-Saint-Maur à côté de Sailly-sur-la-Lys, Jules Duhameau est craint comme la peste. Lorsqu’il rentre de son boulot, dans une usine textile d’Armentières, le magasinier de 46 ans a la fâcheuse tendance à chercher querelle à tout le monde et à distribuer sévèrement les gnons. Il faut dire qu’en chemin et le soir à la veillée, le gaillard s’enfile allégrement ses trois litres de vinasse par jour.

Le village ignore alors le pire, même si Duhameau vient de purger une peine de prison de trois mois pour une affaire de moeurs. La brute avinée s’en prend régulièrement à sa fille, Georgette, depuis plus de deux ans. Chauffé par le gros rouge qui tache, il a pris l’habitude de la cogner et de la violer sous l’absence de regard de son épouse, qui attend son heure dans la cuisine et craint une volée maison si elle l’ouvre.

Georgette se marie pour fuir son père

La pauvre Georgette, avec ses yeux de biche apeurés, subit les violences paternelles jour après jour et attend son châtiment en serrant les dents. À 21 ans, sa majorité à peine acquise, elle n’a qu’une idée en tête : épouser le premier venu pour échapper à l’horrible « pater ». Par désespoir bien plus que par amour, elle jette son dévolue sur Claude Verrecken, qui achève son service militaire.

Le drame de Georgette, c’est que son mari, sans emploi, n’a pas les moyens de l’emmener loin de Sailly-sur-la-Lys et de son horreur intime. Le couple se résout donc à habiter chez les Duhameau, en attendant mieux. Georgette tremble, mais ne dit rien à son époux. Énorme différence, depuis son mariage, elle parvient à échapper à son père, ce qui a le don de le mettre en rage.

Le ton monte régulièrement entre Jules Duhameau et son gendre qui lui annonce le matin du jeudi 29 avril 1954, un mois après le mariage, qu’il a trouvé du travail et un logement provisoire pour sa Georgette. « Toi, tu partiras, mais elle restera ! », lui lance le futur assassin, les yeux exorbités.

Tout à sa colère, Jules Duhameau part à son travail à Armentières, prenant soin d’emmener un couteau de cuisine à la longue lame de 23 cm qu’il fait affûter à son usine. Sa folle décision est prise, ce qui accréditera largement la thèse de la préméditation lors du procès. De retour en fin d’après-midi, il brandit l’arme blanche sous le nez de sa fille : « Si tu pars, ce couteau, tu l’auras dans le ventre ! » «  Puisque la vie est impossible, nous allons partir », lui rétorque Georgette.

C’en est trop pour Duhameau, qui profite de l’absence de sa femme, descendue à la cave, et de son gendre, se reposant dans sa chambre, pour planter la lame entre les deux épaules de sa fille, atteignant le poumon gauche et la carotide. Georgette meurt un peu plus tard dans les bras de sa mère.

Les gendarmes de Laventie se mettent en chasse de l’assassin, qui s’est jeté dans la Lys pour tenter de mettre fin à ses jours. L’instinct de conservation étant le plus fort, Duhameau rejoint la berge, où il est arrêté par le gendarme Wasson.

D’abord ramené chez lui par les forces de l’ordre, Jules Duhameau avoue immédiatement son crime, son intention de tuer son gendre et in fine , les violences sexuelles qu’il infligeait à sa fille. Devant le cadavre de Georgette et les menottes aux mains, il clame sans une goutte de regrets : « Tu vois, quand je promets quelque chose, je le fais. » Encadré par les gendarmes, le père violeur et désormais assassin fait face à l’ire de la foule venue le voir en hâte pour déverser sa bile. «  Duhameau doit être considéré comme doublement criminel, et par son geste meurtrier et par les sentiments hors nature qui l’attiraient vers sa fille, contrainte depuis longtemps à de monstrueuses exigences », écrit La Voix du Nord.

Son procès s’ouvre sans grand suspense en mars 1955, aux assises du Pas-de-Calais. Jules Duhameau ne verse pas une seconde dans le repentir. Avec ses sombres yeux fous, il défie les grondements du public et menace sa famille, enfin libérée, qui vient l’accuser à la barre.

La cour délibère, l’assassin fanfaronne

« Je ne pense pas qu’un sentiment de pitié puisse effleurer nos consciences », lance l’avocat général Duffert lors d’un réquisitoire accueilli par une salve d’applaudissements dans la salle d’audience. La défense de Duhameau est autrement plus compliquée pour Me Appourchaux, du barreau de Béthune. « C’est une bête, et une bête peu courageuse, qui n’a pas de responsabilité absolue  », tente-t-il de plaider en réclamant un maximum d’indulgence.
Il n’est pas entendu par la cour, qui délibère près d’une heure pendant que Duhameau bavarde, sourit et fanfaronne devant la foule haineuse. Après le «  oui » à la majorité, il ne paraît même pas troublé.

Jules Duhameau est condamné à la peine capitale le 11 mars 1955 par la cour d’assises du Pas-de-Calais et guillotiné le jeudi 28 juillet dans l’enceinte de la maison d’arrêt de Douai. 

 

Affaires criminelles - Criminalité - Terrorisme (118)

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