Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Les propositions suivantes ont été suscitées par la lecture de textes de presse qui, en France, du 22 février à la mi-mars 2001, participèrent à la construction d’une « affaire Cohn-Bendit [1] ». Le texte qui fit l’affaire, on le connaît : un montage de citations de Daniel Cohn-Bendit reproduit en France par le magazine L’Express le 22 février 2001 dans le cadre d’un dossier intitulé « Pédophilie : briser la loi du silence ». La première est tirée de l’essai Le Grand Bazar, publié par Belfond en 1975 : « Il m’était arrivé plusieurs fois, écrivait Cohn-Bendit, alors éducateur dans un jardin d’enfants de Francfort, que certains gosses ouvrent ma braguette et commencent à me chatouiller. Je réagissais de manière différente selon les circonstances, mais leur désir me posait un problème. Je leur demandais : Pourquoi ne jouez-vous pas ensemble, pourquoi vous m’avez choisi, moi, et pas les autres gosses ? Mais, s’ils insistaient, je les caressais quand même ». La seconde vient d’« ailleurs » selon L’Express : ailleurs, Daniel Cohn-Bendit raconte : « Mon flirt permanent avec tous les gosses prenait vite des formes d’érotisme. Je sentais vraiment que les petites filles, à 5 ans, avaient déjà appris comment m’emmener en bateau, me draguer. C’est incroyable. La plupart du temps, j’étais désarmé ».


La redécouverte ébaudie des Trois leçons sur la sexualité de Freud paru en 1905 par Daniel Cohn-Bendit me fit sourire. Mais L’Express avait à demi raison : une « loi du silence » tombait, celle sous laquelle est largement tenue aujourd’hui la jeune sexualité. La salutaire mise au jour plus systématique d’« infractions sexuelles » sur « mineurs victimes », pour reprendre les termes de la loi de 1998 [2] rend, paradoxalement, plus malaisée la tâche d’exprimer des interrogations face aux manifestations de la sexualité de « toute personne âgée de moins de 18 ans » (puisque telle est la définition, par le même texte, du « mineur ») dans les relations que celle-ci entretient avec des adultes.

Certes, il y a peu en commun entre les exhibitions vaguement gênantes de jeunes enfants en pyjama venus « dire au revoir » et les insultes massivement sexistes dans un registre souvent sexuel à l’aide desquels collégiens ou lycéens expriment leur rage, si ce n’est qu’on ne sait plus en parler. Les textes de Cohn-Bendit autorisaient soudain à (re)dire : « leur désir me pos(e) un problème », « je (suis) désarmé(e) ». Ils désignaient aussi très nettement l’enjeu : qu’un des supports du désir d’un mineur puisse être un adulte est acquis, reste à savoir ce que l’adulte en fait dans ce cas très précis, même si ses contours sont humainement flous, où il s’agit de répondre à une manifestation (que l’adulte pourrait, de bonne foi, dire n’avoir pas cherché à provoquer).


Pour avoir eu charge, dans une vie antérieure, d’une petite section de maternelle à Dreux, je confirme qu’un enseignant se passerait, ô combien volontiers, du « problème », et c’est un euphémisme, que constituent les mains qui semblent se relayer pour toucher vos seins ou les questions sans cesse recommencées. Mais les têtes ne sont pas qu’âmes et les usages du corps sont partie de l’éducation ; il serait dommageable de continuer à feindre de l’ignorer quand, face à la violence que représente le savoir dans cette société-là, les « mineurs » assortissent de plus en plus tôt leur violence verbale d’une violence physique (contre eux-mêmes, entre eux, contre les corps des enseignants)...

Les socquettes blanches et l’organisation. Notes sur « l’héritage 68 »

Anne-Sophie Perriaux

Mouvements 2001- 3 (no15-16)| ISSN 1291-6412 | ISSN numérique : en cours | ISBN : 2-7071-3488-0 | page 120 à 130


L' intégralité de cet article est disponible en cliquant sur le lien ci-dessous
http://www.cairn.info/article_p.php?ID_ARTICLE=MOUV_015_0120

 

Histoire - Documentaires (87)

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article