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Avec son képi et sa bicyclette, le seul agent communal qui veille à la sécurité jusqu’en 1914 est un garde champêtre. En 1928, deux agents sont affectés au Blanc-Mesnil mais dépendent d’Aulnay-sous-Bois. En 1931, le premier commissariat de la ville accueille neuf policiers.


Jusqu’à la Première Guerre mondiale, un unique garde-champêtre assure la police rurale et forestière et celle du chemin de fer au Blanc-Mesnil. Avec son uniforme et son képi, armé d’un plaque de loi et équipé d’une bicyclette, il est chargé de surveiller les rues, les champs et les prés du Vieux et du Nouveau Pays blanc-mesnilois. Le respect des règlements et autres arrêtés de police pris par le maire et son conseil municipal relèvent également de la fonction de cet agent communal, habilité à dresser «des contraventions pour délit de chasse, de pêche, de fabrication frauduleuse, de vente et de colportage des tabacs et des cartes à jouer.» Pour exercer un tel métier, il faut prêter serment «de bonne vie et bonnes mœurs». Et pourtant les villageois le surnomment «garde comptoir». Une appellation qui remonte peut-être au temps de la Révolution française quand Joseph Thorel et son fils Jean-Baptiste, les deux «gardes messiers» assermentés par le maire d’Aulnay, possèdent le plus fréquenté des trois cabarets du village blanc-mesnilois. Elle est d’usage courant également au début du 20e siècle, quand des boucheries s’installent au Nouveau Pays et obtiennent le droit de «tuerie» à domicile, après un contrôle vétérinaire. Dans la commune, le cachet du garde champêtre, Clovis Caurette, sur la viande, suffit amplement. «Pour un verre payé au café, ce brave fonctionnaire eut sans doute apposé son cachet sur la cuisse d’un cheval, raconte Albert Galicier, dans son «Histoire anecdotique du Blanc-Mesnil». Alerté, le maire Pierre Jouslain nomme alors un vétérinaire de Gonesse, le docteur Lecuyer, «inspecteur chargé des viandes». L’historien local soutient que ce surnom peut aussi dater des élections municipales de 1912. Quand le maire André Neufinck signe un arrêté municipal à l’encontre de son garde champêtre Nicolas Ruckert pour avoir «manifesté publiquement contre la municipalité et négligé son travail» en fréquentant les cafés. Quelque temps plus tard, un jugement du tribunal administratif réintègre le garde champêtre dans sa fonction. Une enquête est également ordonnée par le ministère de l’Intérieur, sur «l’abus de pouvoir caractérisé» du premier magistrat de la ville. M. Galicier affirme même que cet événement local serait à l’origine d’une modification importante du code des communes, relative aux pouvoirs des maires et des conseils municipaux.

Dans les années 1920, il est question de construire un commissariat au Blanc-Mesnil, où les rixes dans les cafés et les bals publics ne sont pas rares. A lire les comptes rendus des conseils municipaux de l’époque, ces bagarres sont le fait d’individus «étrangers à la commune» et «peu recommandables». Selon un recensement effectué par le commissariat d’Aulnay en 1925, 180 «interdits de séjour de Seine», expulsés de Paris, résident au Blanc-Mesnil. Située en Seine-et-Oise, la ville n’est pas très éloignée de leur terrain d’action. «Cette proximité avec ce Paris si regretté des voyous, leur permettait de faire des visites-éclairs dans la capitale», narre Albert Galicier. Les quatre gardes champêtres municipaux ne savent plus où donner du képi dans une localité qui avoisine les 12 000 habitants. Il leur faut traquer à bicyclette les chauffards qui traversent la commune à 40 kilomètres heure alors que la vitesse y est limitée à 20 kilomètres heure par arrêté municipal. Ils doivent en outre pister les propriétaires de chiens, qui n’ont pas acquitté la taxe sur les canidés. Celle-ci s’élève à 10 francs pour un toutou de luxe et à 6 francs pour un molosse de garde. Et pour chaque délit constaté, 50 centimes de prime leur sont versés. De quoi gagner bien sa journée, quand on sait que mille chiens sont recensés au Blanc-Mesnil au début des années 20.

Le 19 janvier 1928, deux agents de police sont affectés au Blanc-Mesnil mais ils dépendent des ordres du commissariat d’Aulnay-sous-Bois, auquel est rattachée la commune par arrêté préfectoral. Trois ans plus tard, ils sont remplacés par un commissaire et neuf policiers. Ils s’installent dans le premier commissariat du Blanc-Mesnil situé sur l’avenue de la République, à l’emplacement de l’actuel centre municipal de santé Pierre Rouquès. Ils veillent à l’ordre public sur le territoire communal qui dépasse bientôt les 20 000 habitants. Ils surveillent les marchés et la circulation, s’assurent de la fermeture à l’heure prescrite des cafés, et effectuent des rondes de nuit. En 1934, lors d’une manifestation de 300 chômeurs devant la mairie, les policiers blanc-mesnilois doivent faire appel au renfort de leurs collègues d’Aulnay et de Drancy pour disperser les manifestants. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Blanc-Mesnil subit l’occupation nazie et les bombardements. Le commissariat déménage sur l’avenue de Drancy ( actuelle avenue Henri Barbusse) dans la maison Koechlin. Les fonctionnaires de l’Etat de Vichy sont chargés de procéder aux arrestations des habitants de confession juive, des résistants, des réfractaires au STO (service du travail obligatoire), des trafiquants de cartes d’alimentation ou accusés de marché noir… «Cependant de nombreux agents de police et même un commissaire ont aidé la Résistance», affirme Albert Galicier. Dans son livre, il publie deux lettres datées de 1943, où le président de la délégation spéciale Lambot se plaint à l’intendant de la police de Versailles du refus de M. Reytier, commissaire de Blanc-Mesnil de rechercher à sa demande «les travailleurs en Allemagne, permissionnaires qui n’ont pas rejoint leur centre de passage au jour indiqué…» Est-ce ce même commissaire qui, en février1943, a prévenu son tailleur juif hongrois, Salomon Marton, la veille de son arrestation? «Mon père n’a pas voulu le croire, témoigne sa fille Liliane. Le lendemain, les policiers français sont venus le chercher chez nous, au petit matin.» Emmené au camp de Drancy, il y restera quelques semaines avant d’être déporté à Auschwitz dont il ne reviendra pas. A la Libération, les locaux du commissariat de l’avenue Henri Barbusse servent également au comité d’épuration. «J’étais au commissariat avec les flics, témoigne Eugène Hérault (témoignage recueilli en 2000 par «Le Mensuel»), un ancien membre de ce comité. On se mettait d’accord avec les policiers pour aller arrêter les collabos, sur dénonciation, puis on les amenait devant le commissaire. Ce n’était pas de la grande épuration mais des bricoles, des arrestations de petits malfrats qui avaient fait du marché noir. On les conduisait ensuite à Pontoise pour être jugés.»

En 1948, si la police devient nationale, le commissariat du Blanc-Mesnil, lui, loge à la même adresse jusqu’en 1975. A cette date, il emménage dans des baraquements de fortune installés sur un terrain communal, à l’angle de la rue Lecoq et de la rue Gabriel Péri. Trois ans plus tard, cette parcelle est cédée par le conseil municipal à l’Etat, afin d’y construire un équipement digne d’une population de 50 000 habitants. Il faudra encore attendre dix ans pour que l’actuel commissariat y soit édifié. Il a d’ailleurs failli ne jamais exister puisqu’en 1972, le préfet de police avait décidé de le transférer dans une autre commune du département.

La tranquillité au Blanc-Mesnil
Du garde champêtre au commissariat de police
Le Mensuel n° 112, juin 2008

(Photographie / Archives municipales du Blanc-Mesnil)
Nadia De Almeida

 

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