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Prototype du parrain américain, il règne sous la prohibition et donne à Chicago le titre, peu enviable, de capitale du crime.

La légende d'Al Capone colle toujours à la peau de Chicago. Soixante ans après la mort du parrain, son portrait trône sur le piano du GreenMill Jazz Club comme s'il venait encore y écouterCharlie Parker à sa table favorite, stratégiquement située pour surveiller les deux entrées. Au coin d'Ohio Avenue et de Clark Street, à quelques pâtés de maisons dumassacre de la Saint-Valentin, le fourgon de police des Untouchable Tours («l'excursion des Incorruptibles») emmène les visiteurs pour deux heures de frissons sur fond de piano-bar et de rafales de mitraillette. Vêtu comme un gangster d'époque, avec borsalino et étui revolver sous le bras, le guide Big Joey commente les étapes d'une guerre des gangs qui fit plus de 700 morts dans les années 1920, laissant pour toujours une tache sanglante sur la réputation de la ville.


Beaucoup a été reconstruit depuis, mais les touristes en short se délectent de l'évocation de George «Bugs» Moran, de «Big Jim» Colossimo, de Johnny «The Fox» Torrio et bien sûr d'Al «Scarface» Capone. Ces surnoms imagés (le dingue, le grand Jim, le renard, le balafré) évoquent à eux seuls une époque où l'Amérique conjuguait les moeurs du FarWest avec les promesses de la modernité. Le plus célèbre des truands de Chicago n'aimait pas ce diminutif hérité des deux balafres entaillant sa joue gauche. Sur les photos, il offrait presque toujours son profil droit. Parfois, il masquait ses cicatrices par du maquillage. L'homme était aussi coquet que brutal. À son époque de gloire, il portait des sous-vêtements de soie, des gants importés d'Italie, un borsalino couleur crème et un diamant de 12 carats. Il aimait les cigares, l'opéra, le jazz, le jeu, la boxe, la boisson et les filles. Il «interviewait» lui-même les nouvelles recrues dans ses bordels et c'est ainsi que, très jeune, il contracta la syphilis qui allait le tuer.


Al Capone se voyait comme un homme d'affaires, à la tête d'un empire clandestin de 400 employés et de 120 millions de dollars de chiffre d'affaires. «Je me contente de satisfaire la demande», raillait-il devant la presse, qu'il ne dédaignait pas. «Il était le symbole ultime du hors-la-loi américain», écrivit le NewYork Times dans la longue nécrologie qu'il lui consacra le 26 janvier 1947.


Personne ne se serait risqué à le citer en modèle, mais au pays de la libre entreprise, on ne peut s'empêcher de témoigner du respect pour sa réussite. Voilà un gosse de rien, fils d'émigrés italiens sans le sou, qui va s'imposer comme le roi de Chicago avant l'âge de 26 ans. Le père est un honnête barbier, la mère une couseuse très croyante, émigrés d'un village au sud de Naples en 1894.Quelque chose a dû clocher dans leur éducation : quatrième d'une fratrie de neuf, Alphonse Gabriel, né le 17 janvier 1899 à Brooklyn, entraînera pratiquement tous ses frères et soeurs dans le crime.


Il quitte l'école en 6e, à 14 ans, après avoir tabassé un professeur. Quelques petits boulots, et il trouve vite sa voie : homme de main au service de racketteurs locaux. Ce gamin joufflu aux yeux gris n'a peur de rien : ses balafres, il les doit au rasoir d'un caïd dont il a complimenté la soeur en des termes un peu trop explicites. Son mentor s'appelle Johnny Torrio. Neveu du «boss» de Chicago, Big Jim Colossimo, «le renard» fait venir Capone comme tueur à sa solde en 1920. «La ville ne sera jamais plus la même», dit Robert Schoenberg, auteur de Mr. Capone.


C'est le début de la prohibition, une loi bannissant la fabrication, la vente et la consommation d'alcool. Torrio, qui s'est débarrassé de son oncle, en mesure vite le potentiel : aux extorsions,maisons de passe et tripots d'arrière-salles s'ajoutent bientôt les distilleries et les bars clandestins. En 1924, Scarface s'est déjà taillé son propre territoire, avec 160 salles de jeu et 123 saloons à Cicero, une banlieue de Chicago dont il contrôle la mairie. Cette même année, son frère Franck est tué par la police dans une fusillade. Le mafieux devient méfiant. Il multiplie les planques et va «prendre l'air» dans d'autres États, jusqu'en Arkansas, quand ça sent trop le soufre.


Le partage de la ville entre Irlandais et Italiens ne résiste pas à l'appât du gain. En 1925, Torrio est grièvement blessé par des tirs : il décide de rentrer en Italie et laisse les rênes du ChicagoOutfit («L'entreprise») à Al Capone. Le jeune homme, qui s'est marié à 19 ans avec une Irlandaise, Mae Coughlin, dont il a eu un fils, ne fait pas dans la discrétion. Il installe sa famille dans une maison de 15 pièces et s'offre pour 140 000 dollars en 1928 un paradis de 14 chambres à PalmIsland, près de Miami. Mieux protégé que le président des États-Unis, il roule dans une Cadillac équipée de pneus plats et protégée par sept épaisseurs de blindage. Menacé, il ne fait pas non plus de quartiers avec la concurrence. Le 14 février 1929, jour de la Saint-Valentin, sept cadavres sont découverts dans un garage de Clark Street, pratiquement coupés en deux par des rafales de mitraillettes, les nouveaux joujoux des gangsters. La cible était Bugs Moran, ennemi intime de Capone,mais il en réchappe. Quand on l'accuse d'un crime, le parrain de Chicago convoque une conférence de presse. Un jour, il emmène un journaliste dans un commissariat et lance à la ronde : «Qui veut m'arrêter ?» Personne ne bouge. Critiqué par le Cicero Tribune, il met un «contrat» sur la tête de son éditeur. L'homme est blessé. Capone paiera sa note d'hôpital, avant de racheter le journal.


« Flamboyant », « gangster moderne », les qualificatifs ne sont pas tous critiques. Pendant la grande dépression de 1929, le « boss » organise les premières soupes populaires, où il nourrit 3 000 personnes par jour. Quand Mussolini envoie des aviateurs pour vanter son régime, la mairie de Chicago charge Capone de les accueillir, estimant qu'il sera plus efficace qu'un service d'ordre face aux manifestants. La ville est à sa solde. Il achète tout le monde, policiers, politiciens, journalistes. En 1926, une bande rivale le piège à la sortie d'un restaurant : 5 000 cartouches sont tirées. Mais personne ne voit rien. Les témoins perdent la mémoire, aucun juré à Chicago ne prendrait le risque de le condamner. Le jour du massacre de la Saint-Valentin, il a un alibi en béton : il déjeunait avec le procureur de Miami ! Interrogé par la police, le seul survivant, criblé de balles, lâche dans son dernier souffle : «Personne ne m'a tiré dessus !»


Le quartier général du gangster, à l'hôtel Metropole, est truffé de faux placards et de tunnels pour lui permettre de fuir. Ce tueur insaisissable commence à agacer en haut lieu. Les images sanguinolentes de la Saint-Valentin ont retourné l'opinion contre lui. En avril 1930, il est désigné «ennemi public numéro un». Le président Herbert Hoover charge le FBI de le coincer. EliottNess et les Incorruptibles entrent en scène. Le célèbre détective s'est attribué tout le mérite de la chute de Capone dans ses mémoires, mais la réalité est plus prosaïque : il n'a mené que quelques raids médiatiques contre des distilleries clandestines et n'a probablement jamais rencontré Capone. Ce sont les comptables qui vont en venir à bout. Le roi du «tout-en-cash» est pourtant prudent : la maison de Chicago est au nom de sa mère, celle de Miami au nom de sa femme, même la voiture n'est pas à lui. Mais les limiers du fisc découvrent les livres de comptes grossièrement codés de ses associés. Il faudra cinq ans pour rassembler les preuves, et un changement du jury à la dernière minute pour s'assurer qu'il n'est pas acheté par la mafia. En 1931, Al Capone est condamné à onze ans de prison pour fraude fiscale, la plus lourde peine jamais prononcée pour de tels faits. Au début, la vie est facile au pénitencier d'Atlanta. Le «boss» a droit à son petit confort, avec divan de velours et guéridon d'époque, aujourd'hui exposés comme des reliques au Musée du crime et du châtiment de Washington. Il lui est tellement facile de diriger ses affaires depuis sa cellule qu'en 1929, pour échapper à la vengeance de Bugs Moran, il s'était fait incarcérer volontairement en Pennsylvanie. Mais en 1932, tout change : on l'envoie à Alcatraz, « le rocher », où le directeur est vraiment incorruptible.Quand Capone tente d'acheter un garde, il finit au cachot. Les autres prisonniers se défoulent sur lui. Sa santé décline rapidement. La syphilis provoque des accès de folie. Fin 1939, il est libéré pour bonne conduite et pour raisons médicales. Il a 40 ans. Le mafieux est fini, mais il lui reste huit ans à vivre. Il les passera reclus dans son paradis de PalmIsland. Frank Nitti lui succède à la tête du Chicago Outfit, qui est toujours répertorié parmi les organisations mafieuses.


Al Capone est passé, le sang a séché, Chicago n'a pas oublié.

Crédits photo : ASSOCIATED PRESS

Al Capone, le mafieux flamboyant

Philippe Gélie
05/08/2008 | LE  FIGARO

 

 

Quelques vidéos utiles


 

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    LA FOLIE DES GRANDEUR Al Capone (17 janvier 1899 à Brooklyn, New York– 25 janvier 1947 Palm Island en ...
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  5. Doc Al capone, une légende -americaine en francais - YouTube

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    ... looks back at his notorious broadcast of 20 years ago, The Secrets of Al Capone's Vault. ... You need ...
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    ... Side of Capone". A Saint Valentines Day Special Report! ... Video Responses. This video is a response ...

 

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