Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Le monde associatif est souvent décrit comme un antidote aux dérives du capitalisme. Pourtant, les associations sont souvent des employeurs et la question du travail fait le plus souvent l’objet d’un déni dans ces structures. Selon Matthieu Hély, cette situation a de profondes implications. Au delà du seul monde associatif, son ouvrage soumet à l’examen la hiérarchisation et la valorisation des activités productives, ainsi que les distinctions couramment admises entre secteurs public et privé ou salariat et bénévolat.

Recensé : Matthieu Hély, Les métamorphoses du monde associatif, Paris, PUF, « Le Lien social », 2009. 368 p., 28 €.


Loin de se cantonner à détourner le titre de l’ouvrage déjà classique de Robert Castel [1], Matthieu Hély propose ici un prolongement fécond à l’analyse de la société salariale et de l’État social qui s’y adosse. Alors qu’il n’est plus guère besoin d’insister sur leur fragilisation [2], l’exploration de leurs marges permet en effet de mettre en évidence les fondements du lien étroit qui unit le statut salarial et la protection sociale, tout particulièrement dans notre pays. Telle est sans doute l’une des raisons qui expliquent le foisonnement récent des travaux sociologiques portant sur la question du travail dénié [3]. Matthieu Hély s’inscrit ainsi dans ce courant en étudiant un pan du monde social où ce déni présente des implications particulièrement profondes, celui que constituent les organisations associatives [4].


Son invitation, dès l’intitulé de l’introduction, à « penser le monde associatif comme un monde du travail » demande à être précisée. Il ne s’agit pas tant de s’intéresser à l’activité des bénévoles qu’à celle des salariés dans les divers types de structures qui composent la part associative de l’économie dite « non marchande ». L’effectif de ces derniers connaît en effet une forte augmentation depuis quelques décennies et représentait ainsi un million et demi d’individus en 2003, soit autant que la fonction publique territoriale à la même époque. Ce rapprochement avec la fonction publique n’est d’ailleurs pas innocent, car comme s’attache à le montrer l’auteur, ces deux catégories de salariés gagnent à être pensées ensemble. L’essor comme les transformations importants que connaît le monde associatif ne peut en effet se comprendre indépendamment de celles qu’expérimente l’emploi public depuis un certain nombre d’années. D’une certaine manière, le secteur à but lucratif vient amortir la recomposition de l’action publique – que résume à lui seul le succès du paradigme du New Public Management. Une recomposition plus qu’un retrait, insiste Matthieu Hély qui remet en effet en question la division largement acceptée entre secteurs public et privé. Recomposition dont les effet se font notamment sentir dans la fonction publique, affectée par une diminution progressive des postes, mais aussi l’individualisation des statuts de ses membres, et surtout une dualisation croissante dans ses rangs, qu’incarnent en premier lieu les contractuels recrutés de plus en plus nombreux pour assurer les mêmes services que certains titulaires. Non seulement les associations héritent ainsi de missions pouvant correspondre à une certaine conception du service public, mais elles accueillent également largement les candidats malheureux aux concours de la fonction publique, socialisés dans l’optique du service de l’intérêt général. Ce faisant, les structures associatives participent elles de la « privatisation » du public, mais également de la « publicisation » du privé qu’incarne la mode d’une autre idéologie : la Responsabilité Sociale des Entreprises (RSE). Ultime avatar de la récupération par le capitalisme de sa « critique artiste » [5], celle-ci s’incarne notamment dans le développement d’un nouveau type de mécénat, comme dans celui des développements de formation d’« entreprenariat social » au sein des écoles de gestion et de certaines universités...

L'intégralité de cet article est disponible en cliquant sur le lien ci-dessous
http://www.laviedesidees.fr/Portrait-de-l-associatif-en.html

Commenter cet article