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William Henry Bonney, tué par son ex-meilleur ami Pat Garrett, laissa derrière lui, outre une immense traînée de poudre et quelques cadavres au Nouveau-Mexique, un profond mystère.

Par une nuit sans lune, Billy sortit du verger et se dirigea vers la maison de son ami Maxwell. Il s'y glissa, pieds et tête nus, un revolver dans la main droite et un couteau de boucher dans l'autre. Il eut la sensation d'une présence. Faisant un bond en arrière, il cria : «Qui va là ?» Seul le silence lui répondit.


Le Kid se dirigea alors vers la chambre du maître des lieux, vraisemblablement au lit vu l'heure tardive, et murmura : «Qui sont ces hommes, Pete ?» Il avait pressenti dans l'ombre le guetteur et ses comparses. Mais son fidèle Pete, au lieu de lui répondre, lâcha dans un souffle à l'adresse de l'homme qui guettait : «C'est lui !» Reculant rapidement, Billy lança : «Quien es ? Quien es ?» (Qui est-ce ?) C'est alors que l'homme en embuscade dégaina et tira. Une fois. Deux fois. La deuxième était inutile : au premier coup de feu l'intrus s'était écroulé. «Un ou deux soubresauts, un petit son étranglé en cherchant sa respiration, et le Kid partit rejoindre ses nombreuses victimes», raconta plus tard l'homme qui avait eu la peau de la terreur de l'Ouest, ou prétendue telle. Enfer et damnation : le tueur n'était autre que Pat Garrett. Son ex-meilleur ami.


«Voici la fin bien méritée de trois ans de rouerie, de vol de bétail et de grand banditisme», ont déclaré certains en guise d'épitaphe. «Voilà une grossière erreur sur la personne d'un pauvre gosse entraîné bien malgré lui dans la guerre du comté de Lincoln», répondront les autres, émus par son âge tendre et le duvet adolescent sur sa lèvre supérieure qui dément toute perversité, voire toute violence.Ce garçon est trop maigre pour avoir compris de quoi les guerres sont faites. Avec son mètre soixante-quinze, ses soixante kilos, ses yeux bleus, sa peau claire et ces deux dents qui dépassent devant comme celles d'un écureuil, il a un air mutin de sale gamin… D'ailleurs, c'est un farceur ; il aime bien raconter des coups, charmer son auditoire, narguer la mort. La donner, aussi. Peut-être pas assez… Si tel avait été le cas, c'est lui qui aurait prononcé l'homélie funèbre de Pat Garrett, et non le contraire.

 

Voilà pour la plaidoirie à décharge à laquelle notre pistolero n'eut pas droit avant de passer de vie à trépas.


Ne prête-t-on vraiment qu'aux riches ? L'ennui, avec Billy the Kid, c'est que l'on peut dire tout et son contraire avec une égale assurance. On ignore presque tout de ses origines - ce qui est pratique pour broder. Dans le monde mouvant des pionniers de l'Ouest, les personnages surgissent on ne sait d'où, chevauchent Dieu seul sait vers quel sombre destin et disparaissent en général au bout d'un colt. Seule leur mort ne prête pas à litige. Encore que celle de Billy offre elle-même une assez jolie panoplie de conjectures que quelques petits malins n'hésitèrent pas à endosser.


Cinquante ans après la «trahison» de Pat Garrett, dans les années 1930, un individu de Prescott, Arizona, affirmait être le héros mythique qui aurait miraculeusement réchappé de la fusillade. En 1950, un avocat du nom de William Morrison affichait dans ses relations un quidam dénommé Ollie P. Roberts, alias Brushy Bill, lequel jurait ses grands dieux être le vrai Billy et prétendait faire une demande d'amnistie pour l'ensemble de ses crimes. Il soutenait que c'était un imposteur qui avait eu l'outrecuidance de se faire enterrer à sa place.Tentons de séparer le bon grain de l'ivraie. Lorsque Pat Garrett, shérif du comté de Lincoln, entreprit de raconter «La véritable histoire de Billy the Kid» afin de charger sa victime de suffisamment de turpitudes pour justifier son acte, il le fit avec l'aide orthographique, grammaticale et fortement alcoolisée d'un certain Ash Upson, bonimenteur notoire. Dans leur livre, ils font naître leur héros le 23 mai 1859 à New York. Or il se trouve que cette date correspond à l'anniversaire de… Ash Upson ! Ils déclinent par ailleurs l'état civil du Kid : William Henry Bonney. Or ce n'est que bien plus tard, après la mort de sa mère adorée, que l'adolescent adoptera ce patronyme qui lui venait de sa famille paternelle. Avant, il s'appelait Henry McCarthy, et son nom de famille fut ensuite celui de son beau-père : Antrim. Enfin, en fait de New York, les seuls lieux certifiés de l'enfance du jeune Bill se trouvent être le Nouveau-Mexique et la ville d'Anderson, dans l'Indiana.Mais n'ergotons pas. La renommée prête à ce pâle garçon son premier crime de sang à l'âge de douze ans : il aurait tué un goujat qui avait insulté sa mère. Mais les biographes situent ce haut fait quatre ans plus tard, alors que la pauvre femme était déjà morte de tuberculose.Passons. En réalité, si le jeune cow-boy (il a commencé à travailler à quinze ans) est arrêté pour meurtre l'année de ses dix-sept ans, c'est pour avoir expliqué un peu trop précisément de quel bois il se chauffait à un malotru qui l'avait terrassé, s'était assis sur lui et lui avait craché au visage. On le verra, un séjour en prison n'a jamais effrayé le Kid. Les murs sont faits pour être sautés.Voici donc notre Billy engagé par un rancher britannique du nom de John Tunstall, qui se bat contre un ranch adverse, le clan Dolan-Murphy. En 1878, le patron Tunstall est tué. C'est alors que débute une véritable vendetta de territoire au centre de laquelle se trouve le nerf de la guerre : le vol de bétail.Cette guerre du comté de Lincoln voit le Kid et ses camarades, les Regulators, sorte de bande mi-cow-boys mi-justiciers, passer dans la lutte armée. Avec ses comparses, Dick Brewer, Charlie Bowdre, Tom O'Folliard et Doc Scurlock, c'est à qui tuera le plus d'ennemis entre deux parties de poker. Ils affirment vouloir venger la mort de leur patron. Les shérifs s'en mêlent. William Brady, protecteur du clan Dolan-Murphy, et son adjoint George Hindman tombent dans une embuscade des Regulators. Quand le Kid, un homme de main de Tunstall et neuf autres complices abattent le shérif Jack Long dans le Nouveau-Mexique, ce n'est plus la guerre, c'est la fin du monde.En juillet 1878, les Regulators se barricadent dans une ferme assiégée durant plusieurs jours, au terme desquels la maison est incendiée. Tandis que plusieurs de ses zèbres sont abattus, Billy en sort miraculeusement indemne. Et bien sûr, en fuite. Sa tête est mise à prix.


Le gamin, qui a tout de même 18 ans, entreprend alors une série de pourparlers afin de négocier sa grâce avec le gouverneur du Nouveau-Mexique, qui n'est autre que Lee Wallace, l'auteur à succès du roman Ben Hur. Collé derrière les barreaux, quelle n'est pas sa stupéfaction d'apprendre que le procureur général ne compte pas le moins du monde l'élargir, comme convenu ! Alors, comme d'habitude, il s'évade. Ce qui lui donne l'occasion de tuer un ou deux chasseurs de primes un peu trop zélés. Il faut bien vivre.En même temps, il entretient une correspondance édifiante avec Lee Wallace, où il lui représente l'étendue de son innocence, en omettant de mentionner quelques cadavres. Mais l'écrivain de best-sellers a d'autres chars à fouetter.


C'est à ce moment que le Kid fait connaissance avec un chasseur de bisons dénommé Patrick Garrett. En naîtra une étrange amitié, faite de paternalisme chez l'un et d'admiration chez l'autre. À moins que ce ne soit le contraire. Ils se craignent et se respectent. Oui, mais le baroudeur texan sera élu shérif du comté de Lincoln en 1880. C'est alors que les mouches changent d'âne. L'ami Garrett passe du côté de la justice et se met à pourchasser avec un égal entrain ce qu'il avait adoré. Après avoir coincé quelques Regulators, il en vient au morceau de résistance : Billy. Lequel, sous une pluie de balles, finit par se rendre au nouveau représentant de la loi.Mais les automatismes ont le dernier mot. Incarcéré à Mesilla (Nouveau-Mexique), l'ennemi public numéro un de Pat Garrett s'évade encore une fois. Il ne faut jamais hésiter à refaire ce que l'on fait bien. Cette fois-ci, l'animal laissera deux morts derrière lui : les adjoints du shérif. Il cinglera vers Fort Summer, un ancien fort militaire qui peut faire une cachette tout ce qu'il y a d'acceptable. Mais le fugitif, que l'on a dit naïf, sera pris d'une bien mauvaise inspiration en se glissant nuitamment vers la maison de son copain Maxwell. À l'ouest du Pecos, il faut se méfier de tout le monde, et surtout de ses amis…

Véziane de Vezins
11/08/2008 - Le Figaro

(Billy The Kid, peinture non datée Crédits photo : ASSOCIATED PRESS)

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