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Coûteux, violents et en panne de personnel, les nouveaux centres pour jeunes délinquants sont déjà en crise

 

Ils étaient présentés comme des prisons de luxe pour mineurs, avec terrain de foot et salle informatique. Des lieux de détention d'un nouveau genre, centrés sur l'éducation. «Une révolution culturelle», promettait le directeur de l'Administration pénitentiaire en inaugurant, en mars 2007, le premier des sept établissements pénitentiaires pour mineurs (EPM) à Meyzieu, dans la banlieue lyonnaise (1). Mais, un an plus tard, Julien, 16 ans, s'y suicidait. Il y a deux mois, au même endroit, un jeune de 17 ans mettait le feu à sa cellule. A Marseille, Orvault (Loire-Atlantique) ou Porcheville (Yvelines), pas une semaine sans phénomènes de mutinerie, agressions de personnel, dégradations... Alors que Rachida Dati s'apprête à annoncer un nouveau durcissement de la justice des mineurs, surveillants et éducateurs dressent un premier bilan. Inquiétant.

«C'est de la nitroglycérine !»

«Une collègue s est fait arracher les cheveux, les jeunes se battent entre eux, c'est de la nitroglycérine !», témoigne Stéphane Eynard, surveillant à Lavaur (Tarn). La différence avec les quartiers de mineurs des prisons traditionnelles ? Au lieu de rester en cellule, les détenus enchaînent les activités de groupe et ne retournent derrière les barreaux que la nuit. Un progrès, a priori. «Mais ce qui était sincèrement pensé comme une amélioration se révèle un échec, commente Lionel Perrin, de l'Observatoire international des Prisons. La collectivité en étouffe certains et en échauffe d'autres. Les psys nous disent qu'ils n ont jamais vu des gamins aussi excités et agressifs.» Résultat, ces coûteux bâtiments (100 millions d'euros juste pour la construction) n'accueillent souvent que 20 ou 30 détenus pour 60 places disponibles, et les vétustes quartiers de mineurs continuent de fonctionner. Autre problème : comment faire collaborer «matons» et «éducs» ? Chaque groupe d'adolescents est en effet encadré par un binôme. Un choc culturel. «En cas d'incident, raconte Clémence (2), une éducatrice, nous on va essayer de discuter avec le jeune, de comprendre, alors que le surveillant est là pour faire respecter l'ordre.» Pour beaucoup, l'expérience est insupportable. «Plein de gens ont craqué, admet Sahad Bekhti, surveillant à Meyzieu et secrétaire local de l'Ufap, syndicat pourtant favorable au concept. Du coup, on manque de personnel, et c'est encore plus anxiogène pour les minots qui ne savent jamais à qui ils auront affaire le lendemain.» A Porcheville, ouvert il y a à peine un an, 13 titulaires sur 15 ont déjà demandé leur mutation. Et à l'école de la Protection judiciaire de la Jeunesse (PJJ), «tout le monde a peur d'être affecté en EPM, poursuit Clémence. Certains se sont même pacsés pour obtenir une mutation géographique». La direction de la PJJ, elle, maintient qu'il s'agit d'un «progrès objectif», même si elle reconnaît une «montée en puissance moins rapide que prévu».

L'administration pénitentiaire a refusé de s'exprimer.

(1) L'ouverture du dernier EPM, à Chauconin- Neufmontiers en Seine-et-Marne, est reportée en septembre pour des raisons techniques.

(2) Le prénom a été modifié

 

Lisa Vaturi
Le Nouvel Observateur
SEMAINE DU JEUDI 05 Mars 2009

(Photographie de l'établissement pour mineurs de Marseille)

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