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L’arrêté du 12 mars 1829 (lire le texte) marque la naissance de la police visible. Certes il existait avant des agents en uniforme, appelés aussi sergents de ville, chargés de faire appliquer les lois et règlements dans les municipalités, mais il s’agit là, dans le contexte policier spécifique de la capitale, de la première police visible moderne, identifiée alors comme telle. Son concepteur, le préfet Debelleyme associe son émergence à celle d’un « état constitutionnel », c’est-à-dire dans son esprit à la Charte de 1814 qui avait ouvert la Restauration. Plus largement, elle s’inscrit dans une réflexion libérale : la transparence de l’action et la soumission au regard public (renforcé par l’article sur les réclamations) sont censées assurer d’elles-mêmes la régulation de l’activité des policiers et des relations avec la population. Cette émergence accompagne toute une série de transformations, comme la plus grande réglementation de l’action des agents, marquée par la rédaction des premiers manuels techniques de police municipale (Le guide des sergens de ville de l’Officier de paix Barlet, 1830) ou la timide expression d’une opinion publique. Ce faisant, elle s’inscrit ainsi dans des mouvements entamés dès le XVIIIe siècle.


Le premier corps regroupe des effectifs restreints, 20 sergents et un officier de paix, qui s’ajoutent à la pluralité des autres forces de l’ordre de la capitale. Alors qu’ils sont censés être issus de l’armée, gage de discipline et d’autorité, les premiers agents sont d’anciens inspecteurs qui ont endossé l’uniforme. Surtout, ils ne sont pas formés aux nouvelles modalités de leur activité : sans doute ce premier corps a -t-il, dans le cadre d’une monarchie en crise, une valeur plus symbolique que concrète et illustre-t-il une concession libérale. Après avoir été bien reçu par la population, il suscite rapidement la méfiance. Le sentiment est accru par la participation des sergents de ville à la répression des trois Glorieuses des 27, 28 et 29 juillet 1830. La Monarchie de Juillet, après les avoir dissous, les refonde pourtant rapidement : l’existence d’une police visible et offerte à la vue du public, même si elle est l’objet de suspicion, apparaît désormais nécessaire à la légitimité du gouvernement dans la capitale. Preuve de l’importance de la transformation : la réforme de la police municipale londonienne de Robert Peel, qui voit aussi la mise en uniforme des « bobbies », suit de quelques semaines celle de Debelleyme. Le mouvement de visibilité est donc européen et métropolitain. La réforme anglaise est toutefois beaucoup plus ambitieuse, puisque ce sont plus de 3.000 agents qui circulent au contact direct et continu des Londoniens. Le « modèle londonien » va alors peser longtemps sur la perception des « sergots » parisiens.

L’arrêté préfectoral créant les sergents de ville parisiens
Date de publication : 2009
http://www.criminocorpus.cnrs.fr/article500.html


Arrêté préfectoral du 12 mars 1829 portant création des sergents de ville parisiens
Date de publication : 2009
http://www.criminocorpus.cnrs.fr/article499.html


Quentin Deluermoz est professeur agrégé, docteur en histoire.
Date de publication : 2009
http://www.criminocorpus.cnrs.fr/article493.html


Il a effectué un travail de doctorat sur "la police en tenue dans l’espace parisien (1854-1914) : la construction d’un ordre public" (Université Paris I). Il a récemment édité et présenté les Chroniques du Paris apache (1902-1905), Paris, le Mercure de France, 2008.

Parmi ses articles, on peut citer :

« La police en tenue à Paris dans la seconde moitié du XIXe siècle : du modèle londonien au modèle parisien ? », Revue d’histoire des sciences humaines, n° spécial « Histoire des savoirs policiers en Europe, 18e-20e siècle », n°19, dec 2008.

« Quelques échelles de la violence : les policiers en tenue dans l’espace parisien de la seconde moitié du XIXe siècle », Déviance et société, 2008, 01, p. 75-88.

« être sergent de ville à Paris entre 1854 et 1880 : le bricolage d’une identité », Berlière J-M, Denys C., Kalifa D., Milliot V. (dir.), Les métiers de police : être policier en Europe, 18e-20e siècle, Rennes, PUR, 2008, p. 415-427.


Quentin Deluermoz
a publié sur Criminocorpus l’Arrêté préfectoral du 29 mars 1829 portant création des sergents de ville parisiens ainsi que son commentaire.

 


Police - Gendarmerie - Femmes (103)

 

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