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ARCHIVES - Disparition du dessinateur Jacques Faizant

Alors que les caricaturistes sont tristement placés sous les feux de l’actualité, l’un d’eux a déjà quitté la scène depuis peu après avoir illustré la vie des Français pendant plus d’un demi-siècle. Jacques Faizant s’est éteint le 14 janvier 2006.

- Dossier du lieutenant HABERBUSCH, Jacques Faizant (1918-2006), le croqueur de gendarmes.

Croquant l’actualité avec son style si particulier, Jacques Faizant a accompagné le quotidien des lecteurs du Figaro pendant près de quarante ans. Loin de se cantonner à la caricature politique, ce dessinateur a développé son univers propre peuplé de personnages issus de son imagination. Et parmi eux … les gendarmes.

Né le 30 octobre 1918 à Anglet, Jacques Faizant est le fils d’un menuisier ébéniste. Il suit une scolarité privée, puis publique à Biarritz. Diplômé de l’école hôtelière de Nice, il occupe successivement et brièvement les emplois de docker, restaurateur et chanteur. Après des années de production et d’animation à l’ORTF et l’écriture d’une trentaine de chansons, il ressent une véritable attirance pour le dessin. Proposant ses productions aux différentes revues de l’époque, il parvient bientôt à vivre de sa plume. De Paris-Presse à Bonjour Dimanche en passant par La Vie Catholique, Le Point et surtout Le Figaro depuis 1967, Jacques Faizant devient un familier de la presse française. Il est également chroniqueur et auteur de plusieurs romans et d’une autobiographie.

L’homme aux lunettes et à la pipe, qui aimait se définir comme un « journaliste graphique, intoxiqué d’information et de tabac », a croqué tous les chefs d’État de la Ve République ; du général de Gaulle, son favori, à Jacques Chirac, de Valéry Giscard d’Estaing à Georges Pompidou, sans oublier François Mitterrand. Parmi ses dessins les plus célèbres figure celui de Marianne pleurant le général accoudée à un chêne déraciné. Malgré des convictions politiques ancrées à droite, Jacques Faizant a su nouer des contacts avec des confrères aux idées politiques diamétralement opposées comme Jean Eiffel.

En dehors des caricatures des hommes politiques, le dessinateur a créé un certain nombre de personnages récurrents au gré de ses humeurs. Vielles dames à chapeaux et aux jambes maigres, répondant aux doux noms de « Mame Bizet » ou « Mame Lecagneux », petits grand- pères chauves à l’œil malicieux, marins en goguette ou chats philosophes ont tous vu le jour sous la plume de l’auteur. Parmi ces différentes figures, il en est deux qui s’inscrivent dans une longue veine graphique : le vagabond et le gendarme.

Des képis et des bulles

Suivant la trace de ses aînés caricaturistes, Jacques Faizant a consacré une partie de son œuvre à la représentation de Pandore. Plutôt que l’institution elle-même, le dessinateur s’est plu à décliner, sur le mode humoristique, les oppositions et les contrastes entre le vagabond, cet impertinent libéré de toutes entraves, et le gendarme, ce pointilleux représentant de l’État. Le ton est volontiers léger. Le discours relève plus de l’aimable divertissement plutôt que de la charge politique engagée. Du reste, le cadre, rural, apparaît intemporel ; l’auteur se refusant à intégrer les changements intervenus dans la tenue des gendarmes. Les dessins dégagent dès lors un curieux parfum suranné empreint mélancolie au mieux, de ringardise au pire. L’observateur a devant ses yeux l’image d’une France figée débarrassée des contingences de l’actualité. Nous sommes loin de la férocité de Hari-Kiri qui a réalisé en son temps de cinglantes caricatures sur l’institution.

Lors d’une interview accordée à la revue Gend’Info en décembre 1994, Jacques Faizant a livré sa vision du gendarme : « ah ! les gendarmes, a-t-il déclaré, c’est la sécurité des gens, qui sont heureux de se rencontrer. Et puis, jamais d’histoire chez vous, c’est l’intégrité. Les gendarmes sont des militaires de la paix ». En contact à cette époque avec le Sirpa gendarmerie, le dessinateur préparait alors une exposition de certaines de ces œuvres « gendarmiques » aux Invalides. Plusieurs dessins ont également été regroupés dans un album intitulé Quand un gendarme rit.

 


Près de dix ans plus tard, le 24 octobre 2004, une équipe de la cellule d’histoire orale du Service historique de la Gendarmerie nationale (SHGN) est venue recueillir les commentaires de l’artiste sur son œuvre à travers l’angle de la gendarmerie. Lors de l’entretien, Jacques Faizant a évoqué les souvenirs qu’il conserve des gendarmes. S’il ne s’est plus souvenu de quand datait l’apparition sous sa plume du duo formé par le gendarme et le vagabond (il serait plus propre de parler de trio, les gendarmes allant toujours par deux), il a néanmoins révélé qu’il a failli entrer dans l’institution sous l’Occupation. Il faisait alors du dessin animé à Nice avec un ami. Recevant leur convocation pour le Service du Travail Obligatoire (STO), les deux jeunes gens décidèrent de se rendre à la gendarmerie de Nice pour s’engager dans l’Arme afin d’éviter un départ pour l’Allemagne. Toutefois, ils renoncèrent vite à ce projet pour ne pas être bloqués en gendarmerie après la Libération. Au cours de l’entretien, Jacques Faizant a également évoqué la place du gendarme dans la caricature, la question de la censure et son travail de dessinateur au quotidien.

 

Avec la disparition de Jacques Faizant, la gendarmerie perd l’un des rares dessinateurs ayant consacré une partie de son œuvre à l’institution. Parmi ses confrères, on ne peut guère citer que le nom de Piem qui a lui aussi consacré un album à l’arme. La relève semble plutôt venir de la bande dessinée avec des auteurs comme Jenfèvre, Sulpice et Cazenove. Réalisant une série d’albums comptant déjà huit titres, ces derniers offrent une vision actualisée de l’institution...

 

Bandes dessinées (22)


Police - Gendarmerie - Femmes (157)

 

 

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