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3. Parcours d'un condamné définitif au bagne colonial - Plusieurs semaines avant de départ du convoi, les condamnés étaient amenés de toutes les prisons de France vers la forteresse de l'île de Ré construite par Vauban pour protéger le port de La Rochelle des convoitises anglaises.

 

Après une nuit à la prison de La Rochelle, les forçats embarquent pour Saint-Martin, à bord des bateaux à vapeur de la liaison régulière, "l’Express", "le Coligny", dans un premier temps au vieux port, puis à La Palice.

Le "Coligny",  un antique bateau à aubes, et le vapeur l’ "Express" , les convoient jusqu'à l'île de Ré.

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a13.jpgQuelques forçats arrivent de La Rochelle encadrés par les gendarmes. PP


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Dès que les futurs bagnards passent le porte du fort de Ré, ils entrent dans un autre univers ; celui des morts vivants. Ils n'ont plu d'existence légale en métropole. Déjà la société les a oubliés comme de vulgaires déchets dont on se débarrasse.

Souvent épuisés par des années de prison et les longs jours de voyage dans des conditions épouvantables, les futurs bagnards ont une bonne surprise : la nourriture est de bonne qualité et abondante au dépôt de Saint-Martin-de-Ré. En redonnant des forces aux condamnés, l'administration pénitentiaire espère leur faire supporter aussi bien que possible le long voyage vers l'Amérique du Sud ...

 

a6Les forçats au réfectoire du dépôt de Saint-Martin-de-Ré. PP

 

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« Avant le départ d'un convoi de condamnés, le directeur du dépôt en l’occurrence celui de Saint-Martin-de-Ré sous la IIIe République, prend un certain nombre de dispositions. Les futurs transportés cessent tout travail quinze jours avant le départ et sont mis en salle, à l'écart des autres détenus. Des mesures spéciales de propreté leurs sont appliquées et leurs cheveux sont coupés aussi courts que possible ou même tondus. Afin d'embarquer en parfaite santé, ils reçoivent une ration particulière portant le nom de « ration de forçat en expectative d'embarquement ». Depuis un règlement édicté en 1855, le sac des transportés en Guyane se compose d'un certain nombre d'effets strictement imposés : trois pantalons, dits « de fatigue », pour les travaux, deux chemises de laine, trois de coton, une brosse à laver, un peigne, un sac de toile, une paire de souliers et deux paires de sabots. Les bagnards voyagent en sabots. Jusqu'au début du XXe siècle, l'intendance de l'administration pénitentiaire marquait au dépôt, de façon indélébile, le vêtement du forçat : la lettre T pour les condamnés, les lettres TP pour les condamnés à perpétuité. La coutume barbare qui consistait à marquer au fer rouge l'épaule des condamnés avait été abandonné en 1832. Aucun des bagnards de Guyane ou de Nouvelle-Calédonie n'a jamais subi cette flétrissure. Tout au plus portaient-ils sur leur casaque le numéro matricule qui leur était définitivement attribué à Saint-Martin-de-Ré. Ce numéro devenait jusqu'à la libération ou la mort la seule véritable identité du condamné. A leur arrivée à la colonie, l'administration pénitentiaire fournit à chaque individu la paille et le fil nécessaire à la confection du chapeau à large bord, si caractéristique de la silhouette du bagnard dessinée par Lagrange. Le couchage est composé d'un hamac et d'une couverture de laine.

 

L'administration établit un dossier sur chaque détenu qui voyage ave c lui, comme il le suivra dans toutes ses pérégrinations en Guyane. Ce qui permet de signaler les fortes têtes à l'autorité de Saint-Laurent-du-Maroni. Une semaine avant le départ, sous la surveillance du directeur et du médecin du dépôt, un tri rigoureux est effectué pour éliminer du convoi tous ceux qui ne sont pas dans les conditions d'âge, de santé et de force requises. La liste générale de classement est alors établie, sur laquelle les condamnés dangereux sont désignés à l'encre rouge. Le dossier des condamnés, réunis et placés sous pli non cacheté, sont remis au commandant du bâtiment durant l'appareillage.

 

La vie s'écoule monotone sur l'île-de-Ré, rythmée par les corvées et les repas. Parfois une grosse tempête, des embruns qui purifient l'air vicié du fort … Seuls les préparatifs des départs en rompent la grisaille. L'administration passe la vitesse supérieure : vérification des dossiers, visite médicale et vaccination, perceptions diverses … Le détenu bombe le torse : il devient un vrai dur »1

 

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Forçat en corvée au lavoir. PP

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Deux forçats en corvée à un point d'eau de la citadelle.

Observons sur la manche gauche du costume pénal

de ces détenus le numéro matricule cousu ... PP

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Enterrement d'un forçat ... Il ne sera pas du grand voyage ! PP

 

 

 

1 Pierre Dufour, Les Bagnes de Guyane, 2006, Pygmalion, département de Flammarion, 393 p.

 


 

Sources


 

http://www.decitre.fr/gi/37/9782756400037FS.gifNapoléon III voulut purger la France de ses mauvais garçons et des délinquants qui l'encombraient.

Deux grandes colonies pénitentiaires destinées au peuplement se développèrent alors rapidement : la Nouvelle-Calédonie et la Guyane. En un siècle, près de 100 000 hommes et femmes furent transportés dans ces contrées éloignées et hostiles. Nombre de ces forçats, qui étaient loin d'être des criminels chevronnés, n'avaient pas mérité de vivre un tel calvaire pour peupler la " terre de la grande punition ".

Beaucoup furent éliminés par la violence, par les travaux forcés dont témoigna Albert Londres, par le vice et la maladie. Et, parmi ceux qui purgèrent leur peine, peu revirent la France. C'est l'histoire de ces êtres, hauts en couleur, en turpitudes et en misère, que Pierre Dufour nous raconte ici. Aujourd'hui, les vestiges de ces bagnes, dans les îles du Salut ou à Saint-Laurent-du-Maroni, continuent à parler au visiteur : y subsistent encore quelques témoins qui entretiennent la mémoire orale de ces lieux de douleur, dans les bistrots de Cayenne, de Kourou ou de Saint-Laurent ...

1Collection privée de cartes postale de Philippe POISSON - La Rochelle - Saint-Martin-de- Ré - Embarquement de forçats - navires de transport, etc. 

Poisson (Philippe) | Criminocorpus. Le portail sur l'histoire de la ...

  1. www.criminocorpus.cnrs.fr › ... › Les auteurs Accès direct à un auteur
    Les auteurs > Accès direct à un auteur > Poisson (Philippe). Poisson ... Philippe Poisson est ancien formateur des personnels à l'administration pénitentiaire. ...
3. Parcours d'un condamné définitif au bagne colonial - Document à usage pédagogique uniquement. PP.

2. Parcours d'un condamné définitif au bagne colonial

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