Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Le premier, secrétaire général de la police, maître d'ouvrage de la rafle du Vel' d'Hiv, bénéficie de la mansuétude de la Haute Cour. Le second, journaliste et écrivain collaborationniste, est condamné à mort. Et exécuté.

René Bousquet


Le procès en Haute Cour de justice, en juin 1949, de René Bousquet, l'ancien secrétaire général à la Police (avril 1942-décembre 1943) est l'un des tout derniers à avoir été évoqués devant cette juridiction.


A 36 ans, ce radical a derrière lui un passé déjà riche de haut fonctionnaire et de membre des cabinets ministériels. Ambitieux, fonceur, ces qualités l'ont fait remarquer de Pierre Laval, à la fois chef du gouvernement et ministre de l'Intérieur.


L'évocation de ce procès Bousquet ne peut pas aujourd'hui être isolée de la plainte, quarante ans plus tard, « pour crimes contre l'humanité » déposée par des associations de victimes de l'Holocauste. Son inculpation, en 1991, précédera de peu son assassinat qui a éteint l'action de la justice. Cette inculpation pourrait laisser croire aujourd'hui que n'ont pas été recherchées en 1949 les responsabilités de l'accusé dans les déportations des juifs, principalement étrangers. Il n'en est rien : la part prise par Bousquet dans les discussions franco-allemandes en 1942 - prélude à la grande rafle des 16 et 17 juillet - a bien été évoquée. Mais il a esquivé sa responsabilité personnelle, se réfugiant derrière les consignes gouvernementales. L'accusation se limitera à consigner qu'il a servi, par son autorité, la politique de persécution raciale, en s'efforçant d'éviter le pire. Ce fait établi - de manière atténuée -, à quoi s'ajoute l'accusation de collaboration entre les polices allemande et française ; tout cela a débouché sur une condamnation qui frappe par sa légèreté. Le procureur Frette-Damicourt s'est montré modéré et la peine prononcée s'est limitée à la reconnaissance du crime d'indignité nationale. Elle portait la condamnation à la peine de cinq ans de dégradation nationale. Mieux, René Bousquet a été relevé de cette dernière peine pour faits de résistance (retours de prisonniers de guerre, libération de déportés politiques). N'avait-il pas, aussi, été arrêté par les Allemands en décembre 1943 et conduit en Allemagne ?


Divers faits peuvent expliquer cette relative mansuétude de la Haute Cour. En 1949, le temps a passé. D'autres débats ont surgi et les procès politiques ne font plus la une. On a mis en avant aussi les amitiés politiques de Bousquet, radicales surtout, qui peuvent aider à comprendre son assurance tranquille face à ses juges.



Robert Brasillach

Le 19 janvier 1945, s'ouvre devant la cour de justice de Paris, dirigé par le président Vidal, le procès du normalien et écrivain Robert Brasillach, mais c'est le journaliste avant tout qui est mis en cause. Rédacteur en chef de Je suis partout jusqu'à l'été 1943, il est accusé d'avoir écrit des articles défendant la collaboration la plus engagée en faveur de l'Allemagne. Sont mis en avant également sa participation à deux voyages d'écrivains outre-Rhin et sa qualité de membre du conseil d'administration de la librairie allemande Rive Gauche, boulevard Saint-Michel.


A ces titres, Robert Brasillach est poursuivi pour crime de trahison et tombe sous le coup de l'article 75 du code pénal qui instruit celui-ci en temps de guerre. Pour le commissaire du gouvernement, Reboul, les faits, s'ils sont avérés, se suffisent à eux-mêmes et excluent toute remise en cause juridique du bien-fondé de l'accusation. Ce qui revient, en pratique, à rejeter par avance toutes les conclusions de la défense. En fait de défense, Robert Brasillach a décidé de s'en charger lui-même et n'a fait citer aucun témoin, en accord avec ses avocats Me Isorni et Me Noël. Il compte être jugé sur ses seules idées et prétend n'avoir fait que se conformer aux orientations d'un gouvernement légalement investi. Me Isorni souhaite justement s'appuyer sur le fait qu'aucun des grands responsables du régime de Vichy n'ayant encore été jugé (les procès Pétain et Laval n'auront lieu qu'à l'été et l'automne 1945), le procès de Brasillach ne peut décemment se tenir.


Robert Brasillach va, avec vigueur et à-propos, se défendre de s'être comporté autrement qu'en écrivain français et justifier la politique de collaboration au nom de la recherche du moindre mal. Il fournit par là des armes à l'accusation : par son talent et son autorité intellectuelle, Brasillach n'en est que plus responsable, ce qui exclut toute circonstance atténuante.


Dans sa plaidoirie, Me Isorni ne manque pas de produire la lettre qu'a fait parvenir François Mauriac. Il a pour lui la double auréole de l'académicien et, surtout en ce temps, celle de membre du Front national des écrivains. Mauriac met en avant la fougue de l'engagement chez un homme jeune et met en garde la cour contre la perte irréparable que serait pour l'esprit français l'extinction d'un talent aussi brillant. Pour son défenseur Jacques Isorni, l'article 75 est trop lourd pour des faits précis trop peu graves (tels les voyages en Allemagne) et l'on est en face d'un pur procès d'opinion. Mais aux deux questions posées in fine par le président Vidal, la réponse est oui au terme d'une délibération de vingt minutes : oui, Brasillach est coupable « d'avoir entretenu des intelligences avec l'Allemagne [...] » ; oui, il a eu l'intention de les favoriser.


Condamné à la peine capitale, Robert Brasillach est fusillé le 6 février 1945 au fort de Montrouge. La pétition de nombreuses personnalités littéraires en sa faveur n'a pas joué auprès du général de Gaulle qui a refusé la grâce. Brasillach avait 35 ans.

 

Et dans le reste de l'Europe

 

La France n'a pas le monopole de l'épuration. Les pays européens occupés connaissent un processus identique, même si leurs situations respectives ne sont pas les mêmes pendant le conflit. Il faut rappeler ici que la France représente dans l'Europe hitlérienne un cas unique : celui d'un pays simultanément occupé et conservant un Etat, très volontariste de surcroît dans son action. Les comparaisons, terme à terme, avec d'autres pays européens demeurent très difficiles, compte tenu de la diversité des données intérieures et des formes spécifiques revêtues par les épurations dans leurs bases comme dans leurs mises en oeuvre.


La Belgique et la Norvège connaissent une épuration au moins aussi sévère que la France. La Belgique a avant la guerre deux partis aux orientations fascisantes : l'un flamand, la Ligue nationale flamande, le second wallon, Rex, dirigé par Degrelle. Une partie de leurs adhérents, difficile à chiffrer, a pu fournir matière à inculpation après la guerre. Faute d'un Etat ayant pratiqué une politique de collaboration officielle (le gouvernement belge est en exil à Londres), la collaboration en Belgique est ramenée en pratique au crime d'intelligence avec l'ennemi. Ainsi les tribunaux ont-ils été formés de militaires assistés de juges professionnels.


Quant à la Norvège, elle connaît avec Quisling un gouvernement mis en place, un temps, par les Allemands. Au total, il y aurait eu plus de 150 000 inculpations en Belgique et près de 100 000 inculpations ou ouvertures d'enquête en Norvège. Hollande et Danemark connaissent également une épuration sévère. En pourcentage, la France a toutefois connu le plus grand nombre d'exécutions.


Dans les pays d'Europe de l'Est, la présence de l'armée Rouge donne à l'épuration des formes très particulières. Elle est dirigée non seulement contre les personnes soupçonnées de collaboration mais encore contre beaucoup d'autres qui avaient eu le tort de combattre l'occupant nazi sous d'autres drapeaux que ceux de l'Union soviétique.

 

En complément

 

- Histoire de l'Epuration (4 volumes), de Robert Aron (Fayard, 1975).

- Les Acquittés de Vichy, de Gérard Chauvy (Perrin, 1997).

- L'Epuration 1943-1953, de Herbert Lottmann (Fayard, 1986).


Historia mensuel - 01/09/2004 - N° 693 - Rubrique

 



Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article