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Le journal de voyage de Watkin Tench [1] fait partie des cinq récits d’officiers de marine les plus fréquemment cités par l’historiographie australienne pour témoigner de l’événement fondateur de l’Australie contemporaine : l’expédition dite de la First Fleet qui convoya, en 1787, les premiers convicts [2] vers ce territoire des antipodes pour y fonder une colonie pénale [3].

 

Édités à la fin du XVIIIe siècle et largement diffusés à l’époque en Angleterre et dans les principaux pays européens, ces journaux de voyage sont ensuite tombés dans l’oubli. Ils ont été redécouverts dans les années 1960 en Australie [4] et réédités entre 1960 et 1980 dans un contexte de profond renouvellement des questions posées par la discipline historique stimulant l’intérêt croissant d’un large public. L’essor des études consacrées aux Aborigènes et à leur histoire, le retour sur un passé colonial et pénal, l’intérêt que suscitent les récits de voyage, les « premiers contacts » et les « premiers temps » expliquent entre autres choses le succès qu’a connu la rediffusion de ces textes anciens [5].

 

Ceux-ci ont été utilisés par les historiens en tant que source d’information, les uns y puisant les éléments d’une histoire événementielle de l’expédition britannique et des premières années de l’implantation [6], les autres focalisant plutôt l’attention sur les Aborigènes, la façon dont ils ont été perçus ou ce que l’on peut connaître d’eux à travers les descriptions que les officiers en ont laissées [7]. Mis à part la présentation générale rédigée par les éditeurs successifs, ces récits de voyage n’ont pas été, jusqu’à présent, analysés en tant que tel, sous l’angle de ce que chacun révèle de l’auteur, de son point de vue particulier, des formes de l’écriture, des conditions de production et de diffusion du récit ainsi que des modalités de description mises en œuvre.

 

L’enjeu de ce présent article est de prendre appui sur l’un de ces récits, celui de l’officier de marine, Watkin Tench, pour rendre compte de son expérience spécifique à Port Jackson (futur Sydney).

 

Le choix de cet officier de marine dont le journal de voyage a été réédité en 1979 à Sydney, s’explique par la qualité de ses observations et par l’intérêt dont il témoigne pour la situation sociale qui l’entoure au cours des quatre ans qu’il passe à Port Jackson entre 1788 et 1792. De cette expérience, il tire deux volumes publiés respectivement en 1789 et 1793 à Londres sous le titre A Narrative of the Expedition to Botany Bay suivi de A Complete account of the Settlement at Port Jackson in New South Wales. Le premier volume est le seul à avoir fait l’objet d’une traduction française, publiée à Paris en 1789, et jamais rééditée depuis [8].

 

L’intérêt de ce journal réside dans la description qu’il donne d’une « rencontre coloniale » absolument remarquable qui met en scène une confrontation inédite entre officiers, marins, condamnés britanniques et autochtones australiens sur un rivage isolé de la côte australienne. L’originalité de cette « rencontre » tient, en effet, dans la diversité des acteurs, dans les objectifs coloniaux poursuivis – la fondation d’une colonie pénale – ainsi que dans la situation particulière dans laquelle les Britanniques se trouvent.

 

Pendant deux ans et demi, entre janvier 1788 et juin 1790, ces derniers vont être complètement coupés du monde extérieur, sans nouvelles de l’Europe, vivant dans l’attente affamée d’un ravitaillement promis et dans la crainte que l’Angleterre ne les ait finalement abandonnés ou oubliés [9].

 

Dans cet isolat singulier que constitue alors Port Jackson, se joue, pour les officiers, une « rencontre » à plusieurs niveaux car s’ils ont l’habitude de côtoyer les marins dans l’univers clos des navires, ils sont, en revanche, parfaitement étrangers aux deux types de sociétés qui les entourent sur leur lieu de débarquement : les convicts d’une part, les Aborigènes d’Australie d’autre part. Dans un environnement naturel inconnu et incompréhensible, W. Tench et ses pairs se confrontent alors à une double étrangeté radicale.

 

C’est sur les conditions dans lesquelles se noue cette double rencontre ainsi que sur les modalités de description mises en œuvre que nous voudrions insister, ici, en adoptant le point de vue nécessairement limité d’un officier de marine. Pour comprendre les enjeux du récit, il convient tout d’abord de présenter ce que l’on sait de l’auteur et de situer son propos dans son contexte historique. Nous avons ensuite choisi de suivre le fil de la narration afin de parcourir avec W. Tench les étapes d’une découverte progressive : le lieu, les premières rencontres avec les « Indiens », les conditions de débarquement et la « mise en ordre » d’un campement, la confrontation, enfin, avec l’univers des condamnés et l’univers des autochtones. Dans un contexte d’extrême pénurie et d’isolement, le récit de W. Tench laisse entrevoir les enjeux d’une telle expédition : la continuité de l’ordre social anglais d’une part et l’émergence chaotique d’un ordre colonial d’autre part…

 

Le journal de Watkin Tench of the Marines

Isabelle Merle

 

Genèses

Belin

I.S.B.N.2701129146

176 pages

p. 6 à 31

no 43 2001/2

 

L’intégralité de cet article est disponible en cliquant sur le lien ci-dessous

http://www.cairn.info/revue-geneses-2001-2-page-6.htm

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