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Panier à salade : fourgon de police. L'expression date de 1827. La caisse du fourgon de police utilisé pour le transport des détenus était, à l'origine, en osier très épais. A la même époque, le panier à salade utilisé par les familles était lui aussi en vannerie. D'où la métaphore, née de la double analogie d'aspect et de comportement (les secousses dues aux routes pavées de l'époque.

 

 

Le « panier à salade » au poste de l’Opéra

 

Les soirs de rafle ou les soirs d’émeute, le poste de l’Opéra reçoit de nombreux locataires.

 

Vous doutez-vous, belles dames aux toilettes brillantes, et vous, beaux élégants aux fracs impeccables, qui venez chercher

 

à l' Opéra les joies de l' esprit,vous doutez-vous que, tandis que vous promenez votre luxe à travers le foyer somptueux inondé de lumières , là, tout près, sons vos pieds, dans les sous-sols du monuments s' entasse la multitude des miséreux, des vagabonds, des apaches tous les rebuts, tous les déchets du pavé parisien ?

 

Si bien installé que soit le poste de l’Opéra, je n’hésite pas à croire que ceux qu’on y amène préféreraient monter à l’étage au-dessus... Mais combien de ceux-là en dépit des représentations gratuites, ne connaîtront jamais du monument de Garnier que les sous-sols !

 

Ils ne font, d' ailleurs, qu 'y passer. Après un interrogatoire rapide, ceux qui ont un domicile, quelques ressources et qui n’ont point commis de délit caractérisé sont relâchés ; les autres sont envoyés au dépôt.

 

A cette même place où viennent se ranger tant de luxueux équipages, le « panier à salade », « l’omnibus de la préfecture », comme l’appellent volontiers ses clients facétieux, vient s’arrêter. Amenés par les agents, sous oeil du garde de Paris, qui joue ici le rôle du conducteur, les délinquants montent, résignés ; et quand c' est « complet à l' intérieur », fouette cocher, et en route pour la « Tour pointue » !

 

Le voyage est gratuit ; mais il mène souvent les voyageurs plus loin qu’ils ne voudraient aller..

 

 

Jargon Policier (Police Française)

 

Le jargon policier est extraordinairement riche lexicalement et s'enrichit toujours, preuve de sa vivacité.

 

Le jargon policier de A à Z.

 

(Le Petit Journal illustré du 21 avril 1907)

http://cent.ans.free.fr/pj1907/pj85721041907b.jpg

 

Panier à salade

knol.google.com/.../og9j57s07m9i/2


Scènes de transfert de détenu(e)s au XIXe siècle

http://storage.canalblog.com/74/63/534743/32753182.pdf

 

 

 

Quelques mots sur les transferts des détenus à travers l’histoire…

 

Sous la Restauration, le condamné va de la prison de la Conciergerie à la place de Grève sur une charrette lourde et découverte qui est son lieu d’exposition, et traverse pour cela lentement la foule de l’après midi, au milieu des quolibets ou des signes de solidarité tacite.

 

Après 1832, évolution des mœurs sans doute, le trajet plus secret relie Bicêtre à la barrière Saint-Jacques dans une voiture rapide et complètement close qui croise néanmoins les charrettes de maraîchers se dirigeant vers les Halles.

 

En 1838, l’inauguration du dépôt des condamnés à mort de la Roquette rend le trajet vers la barrière Saint-Jacques plus incommode, à travers l’obscurité épaisse des quartiers populaires de l’est. La barrière Saint-Jacques est alors abandonnée au profit du rond point de la Roquette en juin 1851. C’est donc maintenant sur l’itinéraire du condamné entre sa cellule et l’échafaud que l’attention de la foule se mobilise. Ironie du sort, le quartier de la Roquette, dans un arrondissement réputé indocile, est comme voué à la mort par la proximité du cimetière du Père Lachaise. L’emplacement permet presque de contourner l’obligation de publicité – assignée à l’exécution – d’autant que c’est désormais dès six heures du matin que tombe le couperet de dame guillotine, cette merveilleuse invention révolutionnaire.

 

Le transfert en maison centrale

 

Le transfert des détenus condamnés a lieu plusieurs fois par an : à pied au début du XIXe siècle, en voiture cellulaire divisée en compartiments clos, ensuite, en train le plus souvent sous le contrôle de la gendarmerie.

 

 En 1837, la chaîne des forçats est remplacée par la voiture cellulaire. Le fourgon cellulaire photographié ci-dessus par Atget sert au transfert des détenus. Six cellules sans fenêtre, placées de part et d’autre d’un couloir, accueillent ces derniers, qui voyagent anneaux aux pieds, assis sur un entonnoir en zinc. La cérémonie de la souffrance qu’offrait la chaîne des forçats a été remplacée par une « prison roulante, un équivalent mobile du Panoptique » selon Michel Fouxcault. Les historiens jugent aujourd’hui cette thèse exagérée qui tend à présenter comme un mal une évolution représentant pourtant un progrès évident dans le traitement des prisonniers.

 

En ce qui concerne les femmes, après leurs procès, elles sont transférées dans un autre quartier, de la même prison le plus souvent, à Paris, le « quartier des jugées » de Saint-Lazare, puis après 1892, en maison centrale si la peine ou le reliquat de la peine dépasse un an.

 

Le transfert est redouté par les prisonnières car elles savent combien la vie est plus dure, plus monotone en centrale, et la discipline plus sévère. Quelquefois un séjour à l’infirmerie au moment opportun permet d’y échapper quelques mois supplémentaires… Enfin la distance est souvent grande (car le nombre des centrales de femmes diminue considérablement avec le domicile…)

 

Les femmes détenues bénéficient très tôt d’une faveur non négligeable : n’être pas astreintes au port des sabots pendant les transferts. Elles sont autorisées à porter des souliers. Il est même précisé que « les femmes ne seront pas enchaînées, quelle que soit la nature de leur peine ». On tient compte alors de leur fragilité et de leur délicatesse, étant entendu que, physiquement, les femmes sont moins robustes que les hommes. On ne sait dire aujourd’hui s’il était question de plus grand respect ou de compassion à leur égard.

 

Différentes voitures utilisées à la fin du XIXe siècle pour assurer les transferts des détenus.

 

En 1898, Géo Bonneron dans Les Prisons de Paris, nous fournit un descriptif minutieux des véhicules utilisés pour les transferts.

 

Les paniers à salade : La nuit, de une heure à deux heures et demie, les voitures de permanence viennent déverser les individus qu’elles ont pris dans les postes de police, et qui ont été arrêtés dans la soirée. Ces voitures vulgairement appelées « paniers à salade » sont d’un gris sombre. Les parisiens les voient tous les jours aller de poste en poste ramasser les voyageurs pour le Dépôt.

 

Les omnibus de la Préfecture de police :

 

De huit à dix heures du matin, arrivent par les omnibus les individus pris dans les autres prisons de la Seine, et que pour une raison quelconque, on amène au Dépôt, à la Souricière. Les omnibus de la Préfecture de Police sont peints en jaune clair et sont plus propres que les horribles paniers à salade.

 

De trois heures et demie à six heures les voitures de la Préfecture amènent de Saint-Lazare les femmes libérées qui doivent encore, avant leur mise en liberté, passer une visite sanitaire au Dispensaire. Les femmes jugées guéries par le médecin de Saint-Lazare ne sont en effet, élargies qu’après avoir été examinées en dernier ressort au Dispensaire de la Préfecture de Police.

 

De quinze à dix sept heures, on envoie à Saint-Lazare, par les voitures de la Préfecture, les prostituées valides ou malades punies administrativement.

Les omnibus marron du Palais : A huit heures et demie, le Dépôt évacue sur les autres prisons les individus qu’il n’a pas à garder. Les prisons de Mazas et Saint-Lazare récupèrent le plus grand nombre.

 

L’omnibus spécial : A six heures du matin, un omnibus spécial, commun et plus confortable, vient chercher pour les conduire à l’établissement de Nanterre, les hospitalisés (une vingtaine par jour).

 

Les voitures du Ministère de l’Intérieur, Administration Pénitentiaire : Suivant les besoins, elles viennent presque tous les jours, prendre pour les conduire aux gares les individus à destination des frontières ou des maisons centrales. Les omnibus du Ministère sont peints en marron, ils sont attelés de quatre chevaux et ne manquent pas d’un certain air. « On sent tout de suite qu’ils ne sont pas destinés au fretin banal des vagabonds et des prostituées ».

 

Le Service des transfèrements cellulaires est rattaché aux établissements de Fresnes en 1936. Auparavant il a son siège au Ministère. La direction générale du service, complètement indépendante de celle des prisons de Fresnes, est installée dans la partie nord du bâtiment d’administration de l’Ecole de préservation. Au 1er janvier 1938, il est dirigé par un sous_directeur, trois surveillants-chefs et un premier-surveillant. Cette même année, on procède à une nouvelle réorganisation du service et la direction, à compter du 1er avril 1938, réintègre le Ministère.

 

Le centre automobile

 

En 1932, trente et un centres sont créés, en vue d’effectuer les transfèrements administratifs, c'est-à-dire pour acheminer les condamnés vers leur destination pénale.

 

 Le Centre automobile de Fresnes est également chargé des translations des prévenus et des accusés du Palais de Justice à l’établissement (et inversement). Il assure donc les déplacements des détenus non-condamnés dont l’affaire est en cours d’instruction. Ainsi, pour ce service dit  encore « de la Souricière », un chauffeur, toutes les après midi à partir de quinze heures, se rend au Palais afin d’y conduire les détenus qu’il ramène, parfois tard le soir, après vingt et une heure.

 

 La création du service aux Prisons de Fresnes

 
Le 12 mars 1941, une note de service informe le directeur qu’un service e transfèrement par chemin de fer va être organisé dans la zone occupée : pour éviter de distraire ans cesse des prisons des surveillants chargés de convoyer des détenus. Il lui appartient de constituer une équipe volante composée d’un gradé et de deux surveillants, « offrant toutes garanties : être très robuste, dévoué et actif » …On voit fonctionner ce service pour la première fois. L’équipe est dirigée sur la Maison d’arrêt de Quimper pour accompagner par chemins de fer sept détenus de cet établissement à la maison d’arrêt de Dinan.

 

Notons qu’en septembre 1942, il y eu 621 transférés, en octobre 1942, 1 112 transférés durant tout le mois, dont plus de la moitié (601) pendant la seule journée du 15 octobre.

 

L’affaire de l’évasion d’une politique survenue le 17 août 1942 en gare de Montparnasse est restée célèbre : elle faisait partie d’un convoi de seize femmes qui devaient être transférées à Rennes par le train de 8h 40. L’escorte était constituée d’un premier surveillant, chef de convoi, de deux agents pénitentiaires et de deux gendarmes. Dans le train encore à quai, la fugitive a profité de l’affluence pour se mêler à la foule qui encombrait les compartiments et les couloirs.

 

 « Après sa fuite, les gardiens responsables du transport ont été licenciés. Mais surtout une réglementation plus stricte concernant les transferts a été instaurée, plaçant les détenues sur le même plan que leurs semblables masculins. Désormais les femmes étaient censées être attachées lors des transferts, alors qu’auparavant elles étaient accompagnées mais non menottées. » 

 

Philippe Poisson – Formateur des Personnels

Extraits d’un document rédigé le 19 décembre 2005 / Scènes de transfert / ENAP


  Prisons anciennes (45)

 

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