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Publié par le chevalier démasqué

De la fin du XIXe siècle à nos jours, le mouvement anarchiste n’a cessé d’alimenter les fantasmes sur l’existence d’une Internationale terroriste noire. Le livre de Vivien Bouhey est l’occasion de comprendre comment les autorités ont voulu réduire l’anarchisme des années 1890, fortement ancré dans la classe ouvrière, à la menace d’un complot contre la République…

 

Ni Dieu, ni maître, ni organisation ?

Les anarchistes et la République, 1880-1914

par Romain Ducoulombier  [11-05-2009]

 

À la fin du XIXe siècle, l’anarchisme français est en plein essor. Deux décennies après la répression de la Commune et la dissolution de la Première Internationale en 1876, il peut défier l’ordre républicain établi et affirmer son originalité contre les socialistes au sein du mouvement ouvrier. Au début des années 1890, plusieurs attentats à la bombe sont perpétrés en plein Paris par Ravachol puis par le jeune Émile Henry. Des anarchistes dits « individualistes » prônent la « propagande par le fait » pour démasquer les « ambitieux » qui trompent le peuple et la République qui le corrompt. Le vol, la production de fausse monnaie, les déménagements à la cloche de bois sont autant de pratiques « illégalistes » qui visent à détruire la propriété et à éduquer les dominés. Au moment même où le mouvement anarchiste se tourne progressivement vers l’action collective et syndicale, les « individualistes » lui lèguent sa légende héroïque et sacrificielle par des « actes » qui fascinent l’opinion.

 

L’anarchiste individualiste est-il pour autant seul ? Les historiens de l’anarchisme n’ont cessé de diverger sur cette question. En 1971, Jean Berthoud avait contesté la thèse dominante avancée par Jean Maitron, selon laquelle l’action terroriste anarchiste des années 1890 était résolument personnelle : toute action politique, et tout spécialement terroriste, réclamait en effet, selon Berthoud, un minimum de concertation et la mise en œuvre de réseaux militants pour espérer réussir. Dans l’intention de renouveler l’histoire de l’anarchisme sous la IIIe République, Vivien Bouhey reprend ce débat, dans l’impasse où il avait été laissé, afin d’y mettre un « point final » (p. 16).

 

La thèse de l’auteur est simple : les anarchistes sont plus et mieux « organisés » qu’ils ne veulent bien le dire. Cette problématique lui permet de rassembler toutes les traces archivistiques des liens, échanges, rencontres, groupes, ligues, comités et syndicats où apparaissent des anarchistes. Si le livre porte sur l’ensemble de l’histoire de la IIIe République jusqu’à la Grande Guerre, c’est en fait sur l’épisode terroriste des années 1890 qu’il concentre son attention et teste son hypothèse. Une telle approche possède un inconvénient majeur : elle condamne l’ouvrage à osciller entre la tentation de l’exhaustivité et la discussion fine d’un problème historique circonscrit. Le livre ne parvient pas à échapper à cette difficulté – et ce, bien qu’il apporte, grâce à une écriture claire et efficace, des éléments utiles à une réflexion plus générale sur la place de l’anarchisme dans le mouvement ouvrier français. L’ampleur des dépouillements effectués dans les dépôts d’archives départementaux l’a contraint semble-t-il à ignorer d’autres gisements, en particulier les très riches fonds de dossiers personnels de police du Centre d’Archives Contemporaines (CAC) de Fontainebleau. La bibliographie, même sous sa forme intégrale proposée en accès libre sur internet, ne comporte aucune référence en langue étrangère, ce qui est paradoxal pour un ouvrage qui entend démontrer l’existence – en fait discutable – de « bases arrières du terrorisme international » anarchiste (p. 54), et même d’un « exécutif anarchiste pour la France (voire pour l’Europe occidentale) » (p. 443)…

 

L’intégralité de cet article est disponible en cliquant sur le lien ci-dessous

http://www.laviedesidees.fr/Ni-Dieu-ni-maitre-ni-organisation.html

 

Recensé : Vivien Bouhey, Les Anarchistes contre la République. Contribution à l’histoire des réseaux sous la Troisième République (1880-1914), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2009, 496 p., 24 €.

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