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Publié par le chevalier démasqué

Un « roman documentaire » revisite le film d'Yves Robert. Verdict d'aujourd'hui : trois ans de prison pour le meneur ! Explication en forme de procès-verbal


Ce jour de mai 2009, nous, journaliste, se trouvant en fonction au «Nouvel Observateur», agissant en vertu et pour l'exécution des directives délivrées par notre hiérarchie, exploitons le scellé intitulé «Lebrac, trois mois de prison» (1). L'auteur, Bertrand Rothé, enseignant à l'IUT de Sarcelles, y revisite «la Guerre des boutons», le classique de Louis Pergaud publié en 1912 et porté à l'écran par Yves Robert en 1961. L'intrigue originale relate, «sur un ton épique et rabelaisien», les affrontements entre les enfants de deux villages voisins, Longeverne et Velrans. Des échauffourées au cours desquelles les vainqueurs dépouillent les vaincus de leurs boutons de culotte.


Pour rédiger une nouvelle version de l'ouvrage, l'auteur déclare avoir interrogé des officiers de police, des magistrats et des éducateurs sur la façon dont réagiraient aujourd'hui les protagonistes du roman de Pergaud. Il s'est aussi intéressé à la manière dont ces professionnels spécialistes de la délinquance des mineurs prendraient en charge cet affrontement entre bandes rivales.


Coups de badine


Sur les faits : notons qu'au début de l'intrigue un dénommé Aztec des Gués, dépeint comme le chef de la bande des Velrans, se présente accompagné de sa mère au commissariat afin d'y porter plainte pour «violences avec arme par destination». Il déclare en effet avoir été battu à coups de badine lors de la première altercation avec la bande des Longeverne. L'individu mineur se refuse néanmoins à préciser l'identité de ses agresseurs. Déposition faite, il est dirigé vers l'unité médico-judiciaire qui conclut à quinze jours d'ITT (interruption temporaire de travail).


La recherche de la vérité amenait alors deux fonctionnaires de police à interpeller dans son collège le dénommé Lebrac, dit «Grand Braque», chef supposé de la bande de Longeverne. L'individu était mis en garde à vue après une palpation de sécurité et auditionné par les services de police. Il était ensuite conduit au dépôt des mineurs du Palais de Justice où il recevait la visite d'un éducateur. Le suspect était ensuite présenté au juge des mineurs mais laissé en liberté conditionnelle en sa qualité de primo-délinquant scolarisé.


Lebrac était de nouveau interpellé quelques semaines plus tard en compagnie de deux complices présumés, les nommés Grand Gibus et La Crique, suite à une plainte déposée par les parents du dénommé Bacaillé, 14 ans. Celui-ci, ancien de la bande de Longeverne, se plaignait d'avoir été battu après s'être rapproché de la bande adverse. Lebrac, Grand Gibus et La Crique étaient mis en examen pour violences en bande organisée sur mineur de moins de 15 ans et placés sous mandat de dépôt correctionnel. Ils étaient incarcérés à Fleury-Mérogis pendant cinq jours avant d'être traduits, sous la procédure de la comparution immédiate, devant le tribunal. Le parquet avait finalement abandonné les poursuites criminelles pour faits de torture. Mais les investigations des services de police avaient mis au jour d'autres infractions de violences et dégradations imputables à la bande de Longeverne.


Durant le procès, la partie civile Bacaillé détaillait les sévices infligés par les trois prévenus comprenant notamment un simulacre de blessure par le feu. L'enquête de personnalité montrait d'autre part que les prévenus étaient régulièrement battus par leurs parents, sans que ceux-ci soient néanmoins poursuivis pour ces faits. L'avocate de la victime ayant fait valoir le traumatisme de son client et la procureur insisté sur la dimension de récidiviste de Lebrac, des peines de trois mois ferme de réclusion pour celui-ci et de cinq mois avec sursis pour ses deux complices étaient prononcées. Constatons qu'en détention Lebrac ne pouvait être accueilli au centre scolaire de Fleury faute de place, et faisait vingt jours d'isolement pour une bagarre avec un codétenu.


Trois ans de prison avec sursis


Placé en foyer après sa sortie de prison, le dénommé Lebrac entamait un cursus de CAP en cuisine et semblait se ranger. Mais des vérifications auprès du fichier FAED (fichier automatisé des empreintes digitales) permettait d'identifier des traces papillaires de l'individu au domicile d'un policier municipal victime d'une effraction quelques mois plus tôt. Traduit devant un tribunal, Lebrac était condamné pour ces faits à trois mois avec sursis avec mise à l'épreuve. Avant même d'atteindre sa majorité, l'individu était donc au total redevable de trois ans de prison avec sursis.


Lecture faite, constatons : près de cinquante ans après avoir été présentés, dans un hymne cinématographique à l'enfance et à la liberté, comme de joyeux et sympathiques loustics, les héros de «la Guerre des boutons» sont devenus de vulgaires délinquants impliqués dans des violences urbaines.

(1)284 p.,18 euros.


Olivier Toscer

Le Nouvel Observateurr

Nº2323

SEMAINE DU JEUDI 14 Mai 2009

http://hebdo.nouvelobs.com/hebdo/parution/p2323/articles/a401350-.html


Lettre aux amis

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