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La création, en 1656, de l’Hôpital général par Louis XIV est un événement considérable.

 

L’édit royal qui l’institue proclame, en effet, « que les pauvres mendiants valides et invalides seront renfermés, et employés aux manufactures ». Au début du XVIIe siècle, Paris compte prés de 40000 mendiants et vagabonds sur une population de 400000 personnes. La lutte contre cette population indésirable fédère plusieurs initiatives qui aboutissent à cette solution extrême d’exclusion. La mendicité et son vice corollaire, l’oisiveté, doivent désormais être combattus avec vigueur. À Paris, l’Hôpital général dispose d’une police spécifique pour traquer les vagabonds et d’importants moyens financiers. Plusieurs établissements lui sont affectés .Bicêtre accueille les hommes, tandis qu’on construit, pour les femmes, sur le terrain de La Salpêtrière (une ancienne fabrique de poudre) d’imposants bâtiments qui se rempliront très vite : mendiantes, infirmes, femmes à l’esprit faible, folles, épileptiques, voleuses et vénériennes, mais aussi blasphématrices, « sorcières », protestantes vont ainsi prendre, forcées, le chemin de La Salpêtrière. En 1684, les filles « débauchées » y sont, à leur tour, enfermées. Ses diverses populations ont des quartiers distincts dans l’établissement (comme dans la chapelle où quatre nefs les séparent). L’hospice contient aussi une prison, La Force, où sont enfermées les filles les plus dangereuses. Au total, près de 400 000 femmes de tous âges seront internées pour des durées variables à La Salpêtrière, plusieurs milliers chaque année. Les « pensionnaires » sont encadrées par des soeurs officières (en réalité des laïques), sous la responsabilité d’une surveillante aux pouvoirs étendus et d’un bureau, lieu de luttes d’influence entre les administrateurs jansénistes et l’archevêque de Paris. Les conditions de vie sont très dures. Les dortoirs sont surpeuplés, la nourriture insuffisante et de mauvaise qualité (mais on peut l’améliorer si on a de l’argent). Offices religieux et travail forcé rythment la journée des «pensionnaires». La discipline est rigoureuse et les abus sont nombreux et fréquemment dénoncés.

 

Une lente médicalisation

 

La médicalisation des lieux sera tardive et progressive. Une première infirmerie est construite en 1783. Au début de la Révolution, dans un rapport au nom du Comité de mendicité, La Rochefoucault- Liancourt dénoncera la surpopulation et les conditions d’hygiène désastreuses et conclura que, si l’établissement avait été crée dans un but positif, de bienfaisance, de prévoyance et de charité, il portait « dans son étendue, dans la nature et les formes de son administration, le germe de tous les abus qui s’y sont introduits, et qui ne pouvaient point n’en pas détériorer bientôt les intentions». À la faveur des événements, l’établissement (où seront commis des massacres) va devenir un hôpital spécialisé dans les maladies mentales. Pinel, qui vient de Bicêtre, est nommé en 1795 médecin-chef de La Salpêtrière. Les folles sont délivrées de leurs chaînes. Une autre épopée commence…

 

J.D.

 

Femmes opprimées à La Salpêtrière de Paris (1656-1791)

http://www.connaissances-savoirs.com/uploads/actu/presse/66.pdf

 


Prisons anciennes (45)

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