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Pendant cinq ans, une jeune femme éconduite rédige anonymement 110 missives qui pourrissent la vie des habitants de la petite ville de Corrèze.

 

L'expression qui désigne l'auteur d'une lettre anonyme - un corbeau - vient du film éponyme d'Henri-Georges Clouzot. Réalisé en 1943, dans l'atmosphère sombre de l'Occupation, ce film ne puise pourtant pas son inspiration dans la Seconde Guerre mondiale mais dans un fait divers vieux d'une vingtaine d'années : l'affaire de Tulle. C'est en 1917, en effet, que commence l'incroyable histoire de l'inconnu, qui sous le pseudonyme de « l'oeil de tigre », terrorisa ses concitoyens en faisant pleuvoir une pluie d'épîtres empoisonnées sur la capitale corrézienne. A en croire la presse nationale, qui exploite l'affaire avec délice parce qu'elle y trouve les ingrédients qui passionnent et qui font vendre du papier, plusieurs milliers de lettres se seraient abattus sur une ville empuantie par le soupçon, de 1917 à 1922. En réalité, il y en eut beaucoup moins : seules 110 missives ont été versées au dossier de l'instruction. Abandonnées sur les trottoirs, les rebords des fenêtres, glissées dans les paniers des ménagères et jusque dans les troncs des églises, ces lettres ont préoccupé les Tullistes cinq années durant. Jugés pornographiques, même si le vocabulaire de l'auteur dépasse rarement la « putin » (sic), la « salope » ou le « cornard », ces courriers dénoncent l'infidélité des uns, la mauvaise conduite des autres et réveillent de vieilles histoires de famille. La persécution touche essentiellement le milieu étroit des fonctionnaires de la préfecture de Tulle, leur famille et...

 

L'affaire de Tulle (1917-1922) : Peur sur la ville

http://www.historia.fr/content/recherche/article?id=8268

 

 

Présentation de l'éditeur

 

De 1917 à 1922, une épidémie de lettres anonymes s’abat sur la ville de Tulle. Glissés dans les paniers des ménagères, abandonnés sur les trottoirs, les rebords des fenêtres et jusque sur les bancs des églises, ces centaines de courriers qui dénoncent l’infidélité des uns, la mauvaise conduite des autres alimentent toutes les conversations et inquiètent les habitants. Peu à peu, une atmosphère de suspicion recouvre la ville : quel est donc ce mystérieux anonyme et que recherche-t-il ? Quand un greffier de la préfecture, troublé par la réception d’une lettre anonyme, perd la raison et meurt au cours d’une crise de démence, l’enquête policière s’accélère et la presse nationale se précipite à Tulle à la recherche d’un fait divers qui puisse passionner autant les Français que le procès de Landru qui vient de s’achever. Les feuilles à scandale ne se trompent pas : l’affaire des lettres anonymes de Tulle se révèle machiavélique et l’instruction riche en rebondissements, du suicide – ou de l’assassinat – d’une présumée coupable à la grande dictée des suspects organisée par un expert graphologue en passant par le dessaisissement du juge qui a eu la mauvaise idée de faire appel à un voyant pour y voir plus clair. Une fois le coupable identifié, ce fait-divers qui a défrayé la chronique aurait pu être oublié s’il n’avait servi de source d’inspiration à Henri-Georges Clouzot pour réaliser Le Corbeau en 1943, un film noir et maudit, peut-être le chef-d’œuvre du cinéma des années noires que les censeurs de la Libération ont stigmatisé pour avoir donné une image peu reluisante de la France occupée. Si le Corbeau a durablement éclipsé l’histoire dont il est issu, l’affaire des lettres anonymes de Tulle mérite mieux que l’oubli car la réalité, noire, surprenante, diabolique, dépasse sans doute la fiction de Clouzot.

 

Jean-Yves Le Naour, historien et spécialiste de la Première Guerre mondiale et de l'entre-deux-guerres, a déjà publié chez Hachette Littératures Le Soldat inconnu vivant (1918-1942) (2002), La Honte noire (2004) et La famille doit voter (2005). Avec Le Corbeau, il livre une histoire du fait-divers, de la rumeur et de la délation - le roman vrai du film de Clouzot.

 

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