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CONDAMNÉ POUR UN MEURTRE COMMIS EN 1908

Sa famille veut le faire réhabiliter

Les 28 années de bagne de Marcel Mollin.

  

La qualification nous manque pour prétendre à autre chose, ici, qu'à relater la triste aventure d'un homme. Marcel Mollin, un Chambérien, est celui-ci.

 

Condamné à 28 ans de bagne pour un meurtre commis il y a 100 ans, il n'a cessé de protester de son innocence, d'espérer sa réhabilitation. Il est décédé en 1953. Une partie de sa famille, aujourd'hui, veut relancer l'entreprise. Voici leur histoire.

 

Sur les photos il a le sourcil noir, l'oeil noir, mais sa renommée lui accordait l'âme blanche. À 25 ans, la roue de la vie n'a plus arrêté devant lui que des mauvais numéros. En 1909, une cour d'assises envoie Marcel Mollin au bagne. La Guyane, les travaux forcés, pour ce Savoyard reconnu coupable de meurtre. A Aix-les-Bains, un soir de novembre 1908, il aurait attaqué et dévalisé un marchand de bestiaux d'Albens. M. Ginet est mort deux mois plus tard, à l'hôpital.

 

« J'ai eu un père bagnard, mais un père innocent, » dit aujourd'hui Jacqueline, une de ses filles. Pendant son procès, dans son journal de bord à Saint-Laurent-du-Maroni, à son retour à Chambéry, Marcel Mollin l'a juré, écrit, crié. « Non coupable ! »

 

Dans l'instant d'une grande rencontre qui ouvre des échantillons de vérité, il se confiait à Gaston Bornand, en 1952 dans Le Dauphiné Libéré : « Je suis innocent, je veux qu'on le sache, je veux qu'on le dise... C'est pour mes gosses... »

 

Comme Valjean opposé à Javert, Mollin essuya la ténacité de Choulet. Contrebandier entre la France, la Suisse et l'Italie, le Chambérien s'était attiré la définitive inimité de cet agent de police. Et sans doute cela a-t-il pesé lourd, quand l'officier prétendit l'avoir vu sur les lieux de l'agression, le 14 novembre 1908. Là, on avait seulement retrouvé un chapeau. Ce témoignage, n'empêche, fut capital.

 

« Mon père jouait aux cartes dans un café avec trois amis. Ils ont tous confirmé. Le patron aussi. »

 

Pire, pendant que la cour d'assises l'expédie au bagne, Mollin aggrave son cas. À l'audience, son père est emporté par une crise cardiaque, lui injurie ses juges. Sinon, fidèle à la règle des passeurs, arrosant de tout son mépris les « mouchards », il se contente de clamer son innocence. Donner les coupables, jamais. Plus tard pourtant, il glissera avoir recueilli lui-même leurs aveux. Ceux d'un associé du marchand de bestiaux et d'un jeune dévoyé.

 

Seul argument, finalement, qu'il renvoie aux jurés : un alibi. « Ce soir-là, mon père jouait aux cartes dans un café avec trois amis. Ils ont tous confirmé. Le patron aussi, » insistent maintenant ses enfants. Las, Marcel Mollin écope du maximum. Envoyé au dépôt de Saint-Martin-de-Ré, il rejoint bientôt la Guyane pour un aller sans retour.

 

Là se placent 28 années de détention et deux tentatives d'évasion. Les règles qui gouvernent l'établissement formeront les chapitres les plus sombres de sa vie. Il est extrait de l'enfer, enfin, en 1937, grâce aux démarches de son frère et de sa soeur, « qui occupaient d'importantes situations », a-t-il ensuite raconté. Mollin avait alors l'intention bien arrêtée de se faire réhabiliter. Des proches l'en ont dissuadé. Par l'action de ses enfants, après 100 ans, l'affaire sera peut-être réanimée...

 

LES FAITS

 

Le soir du 14 novembre 1908, M. Ginet, marchand de bestiaux à Albens est agressé et dépouillé à Aix-les-Bains. Il meurt deux mois plus tard des suites de ses blessures. Un chapeau est retrouvé sur place. Les témoignages de l'agent de police Choulet et d'une amie d'un associé de la victime envoient Marcel Mollin, alors âgé de 25 ans, aux assises puis au bagne.

 

SA DÉFENSE

 

Il produit un alibi (il jouait aux cartes dans un café) et dira plus tard avoir recueilli lui-même les aveux des agresseurs : un associé du marchand de bestiaux et un jeune dévoyé. Eux, après, ont été condamnés au bagne pour le premier (pour une autre affaire) et au peloton d'exécution pour le second (au début de la guerre de 14-18.

 

Encore plus troublant, dans les années 40, un agent de police déclara devant un huissier que l'agent Choulet avait fait un faux rapport en prétendant être sur les lieux au moment de l'agression.

 

SON RETOUR

 

Gracié en 1936, Marcel Mollin rentre du bagne en 1937. Il se marie en 1941. En 1952, malade, il continue de clamer son innocence et compte demander sa réhabilitation. Il décède en 1953.

 

Marcel Mollin, décédé en 1953, n'a pas eu le temps d'obtenir sa réhabilitation. Un siècle après les faits, sa femme, deux de ses filles et une partie de ses petits-enfants, convaincus de son innocence, reprennent le flambeau.

 

Pierre-Éric BURDIN

 

Le DAUPHINÉ LIBÉRÉ DU 5-08-2008

http://guillotine.cultureforum.net/tout-ce-que-vous-voulez-f4/marcel-mollin-sera-il-declare-innocent-t592.htm

 

(Crédit photographique : Marcel Mollin – Le Dauphiné Libéré)

 


Bagnes coloniaux (60)

Commenter cet article

petite fille de la veuve 07/10/2010 16:55


Ce n'est plus sa femme puisqu'il est décédé...hélas
Mais elle a refait sa vie


07/10/2010 20:01



Laissé par : petite fille de la veuve aujourd'hui à 16h55


Email : 1@free.fr



soraya 08/06/2009 13:19

je voudrais savoir si cette histoire vous interesse réellement ou si vous avez récupéré l'article de pierre-éric BURDIN publié en 2008 juste pour alimenter ce site? Si cette histoire vous intéresse, je peux vous en partler puisqu'elle concerne l'histoire de mon grand-père.

09/06/2009 07:29


Bonjour

J'ai enseigné l'histoire des institutions pénitentiaires à l'ENAP. Je me suis spécialisé sur les bagnes coloniaux et je suis intéressé par la vie de ces hommes parfois lourdement condamnés par la
société. L'histoire de votre grand-père : je suis preneur ... Vous pouvez regarder notre thématique les bagnes coloniaux sur Criminocorpus...
 - Cordialement - PP