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Dix-neuf ans en 1944, un père fusillé par les Allemands et une ferme à portée de canon d'Arromanches, Jacques Frémont a vécu, au propre comme au figuré, l'Occupation et le Débarquement en première ligne. Mais il en est de la guerre comme de l'amour. Ceux qui en parlent le plus n'en sont pas les meilleurs connaisseurs. Aussi, modeste et discret, cet ancien médecin radiologue de Caen a longuement hésité avant de consentir à égrener quelques-uns de ses souvenirs douloureux ou heureux de l'époque. Son père, tombé devant un peloton d'exécution au mont Valérien, a été l'un des tout premiers résistants du Calvados. Dénoncé par un de ses compatriotes pour avoir accueilli quelques heures dans sa ferme un jeune officier français qui avait été parachuté sur la commune de Carpiquet par les services de renseignement britanniques, Lucien Frémont sera arrêté par la Gestapo avant d'être conduit, le 31 mars 1942, sur les lieux de son supplice.

 

Jacques, l'un de ses six enfants, se souvient encore de la dernière visite qu'il lui a rendue, un mercredi où il n'y avait pas d'école, à la prison de Caen... On imagine alors le sentiment de délivrance que ressentit l'adolescent en entendant, quelque deux ans plus tard, le grondement sourd du pilonnage allié dans la nuit du 5 au 6 juin. «J'attendais tant ce moment-là, je l'avais tellement espéré que, paradoxalement, je n'en fus pas surpris.» Pourtant, dans la grande ferme familiale située entre le village de Lasson, conquis par les soldats britanniques et canadiens, et celui de Rots, encore aux mains des Allemands, il lui faudra patienter jusqu'au 10 juin avant que cessent tirs et échanges d'artillerie au-dessus de sa tête. «Pendant ces quatre longues nuits, à la faveur d'une accalmie, nous écoutions, terrés dans l'obscurité, les pas sur la route voisine des soldats des deux camps, en essayant de les identifier: tantôt ceux des soldats allemands, reconnaissables au bruit métallique de leurs chaussures cloutées, tantôt ceux, plus feutrés, des Alliés aux semelles en caoutchouc...»

 

Puis, à son tour, la ferme Frémont fut libérée. Soldats britanniques mais aussi canadiens francophones du Québec y établirent leurs quartiers pendant plusieurs semaines, à l'émerveillement du jeune Jacques Frémont. «Si la terrible tempête du 12 juin, qui a dévasté le port artificiel d'Arromanches, a, pendant quarante-huit heures, perturbé l'acheminement des matériels, j'ai pu constater que la fantastique machine logistique enclenchée le jour J a parfaitement fonctionné par la suite.» Ainsi, à la fin juin 1944, des camions-buanderies sont déjà en service pour laver le linge des combattants alliés, et le cinéma aux armées s'installe dans la grange de la ferme Frémont!

 

«Je m'asseyais, ravi, pour assister le soir au spectacle au milieu des troupes alliées, et ce qui m'amusait le plus, c'est que, pour ne pas avoir à se mettre, eux aussi, au garde-à-vous à la fin du film, lors de l'apparition inévitable sur l'écran du portrait du roi et de la reine d'Angleterre, les soldats canadiens se levaient discrètement quelques minutes à l'avance tout en se tordant le cou pour ne rien perdre du dénouement.» Jacques se souvient aussi de ces trois jeunes filles normandes, à la moralité douteuse et à l'aplomb avéré, qui s'étaient fait prendre à quémander des boîtes de rations, du chocolat et des cigarettes auprès des Alliés pour ensuite aller approvisionner leurs «fiancés» allemands, dont les lignes n'étaient encore qu'à quelques kilomètres de là! Elles furent arrêtées et emmenées quelque temps en Angleterre. Autant de souvenirs que Jacques Frémont - la médaille de la Résistance à titre posthume et le portrait de son père sont encadrés dans son bureau - gardait jusqu'ici pour ses méditations, le soir à la fenêtre de sa villa de Ver-sur-Mer, d'où il a une vue imprenable sur une certaine... Juno Beach.

 

Fils d'un résistant normand fusillé par les Allemands

La ferme de Jacques en première ligne

Par Alain Louyot, publié le 24/05/2004 - mis à jour le 21/05/2004

L’Express

http://www.lexpress.fr/outils/imprimer.asp?id=489562&k=6

 

(Crédit photographique : Le port artificiel d'Arromanches)

http://overlord44.free.fr/images/Le_Jour_J/quai_port-artificiel.jpg

 

 

"J'étais gendarme à Sainte-Mère-Eglise le 6 juin 1944"

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-29357242.html

 

Jacqueline Fournier, ancienne Rochambelle de la 2ème D.B

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-32270514.html

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