Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Pierre François Lacenaire naît près de Lyon en 1800. Alors qu'il est encore tout jeune, son père lui montre l'échafaud en lui prédisant qu'il y finira... Lorsque Lacenaire décide de monter à Paris, il alterne méfaits et travaux d'écriture. Il se rêve écrivain, mais les échecs se succèdent. Lacenaire comprend quel est le but de son existence: le suicide. Mais pas n'importe comment! «L'eau? Non, on doit trop souffrir. Le poison? Je ne veux pas qu'on me voie souffrir. Le fer? Oui, ce doit être la mort la plus douce. Dès lors, ma vie devint un long suicide, je ne fus plus mien, j'appartenais au fer. Au lieu de couteau et de rasoir, je choisis la grande hache de la guillotine. Mais je voulais que ce ne fût qu'une revanche. La société aura mon sang, mais j'aurai le sang de la société.»

 

Il ne cesse par la suite d'appeler la guillotine. Vols et escroqueries le mènent à plusieurs reprises en prison, où il suit, dit-il, son «université criminelle». Le 14 décembre 1834, il assassine à coups de merlin (une masse en bois) Chardon, un ancien compagnon de prison, et sa vieille mère impotente, rue Saint-Martin. Butin ridicule: 500 francs en espèces, quelques couverts et une montre... Il est incarcéré à la Conciergerie. Son procès passionne l'opinion publique. Au premier jour d'audience apparaît un jeune homme bien habillé, à la fine moustache, qui s'exprime avec aisance. Il tranche avec les accusés habituels des cours d'assises, généralement dépourvus d'éducation. Lacenaire fait preuve d'un talent de comédien pendant toute la durée du procès. Il prend la place de l'avocat général pour s'accuser lui-même des crimes qu'il a commis et supplie les jurés de ne pas le gracier. Il est entendu et condamné à mort, ainsi que son complice, Avril.

 

Son cynisme scandalise et fascine le public bourgeois qui se presse à l'audience, puis défile dans sa cellule en attendant l'exécution. Lacenaire utilise le temps qui lui reste pour rédiger ses Mémoires, révélations et poésie. La haute société parisienne vient solliciter l'avis du criminel sur tous les sujets d'actualité. La Conciergerie se transforme en lieu de mondanités, tandis que le destin du «bandit lettré» devient le sujet de conversation préféré de la France entière.

 

Le 9 janvier 1836, Lacenaire est déçu: seules 600 personnes sont venues assister à son exécution au rond-point de la barrière Saint-Jacques. Il se présente à l'échafaud avec une grande assurance, sa redingote jetée en manteau sur les épaules, refuse les prières de l'aumônier. Il profite même d'un incident technique, l'arrêt du couperet de la guillotine à mi-hauteur car mal engagé dans sa rainure, pour tourner la tête et faire face à la lame. La monarchie de Juillet s'inquiète du courant de sympathie qui monte dans l'opinion autour de cet assassin atypique. Pour s'y opposer, La Gazette des tribunaux, journal officiel, écrit, contre toute vérité, que le coupable «n'a pas su affronter l'échafaud sans trembler».

 

Il a été immortalisé à plusieurs reprises au cinéma, sous les traits de Marcel Herrand dans Les Enfants du paradis, de Marcel Carné et Jacques Prévert (1945), et ceux de Daniel Auteuil dans Lacenaire, de Francis Girod (1990). En définitive, Lacenaire aura tout de même réussi à se venger de la société qui, selon lui, n'aurait pas su lui donner la place qui lui revenait.

 

IIIe arrondissement de Paris

Le brigand poète

par Cécile Guéry, publié le 30/08/2004 - mis à jour le 27/08/2004 – L’Express

http://www.lexpress.fr/outils/imprimer.asp?id=488817&k=6

 

L’infamie comme oeuvre. L’autobiographie du criminel Pierre-François Lacenaire

par Anne-Emmanuelle DEMARTINI | Nouveau Monde éditions | Sociétés & Représentations

2002/1 - n° 13 ISSN 1262-2966 | ISBN 2-85944-451-3 | pages 121 à 136

Cet article est disponible en ligne à l’adresse :

http://www.cairn.info/article.php?ID_REVUE=SR&ID_NUMPUBLIE=SR_013&ID_ARTICLE=SR_013_0121

 

Crédit photographique

http://minotaure.m.i.pic.centerblog.net/vfe52vzv.jpg

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article