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Nicolas Fouquet, le surintendant des finances de Louis XIV, était hier encore l'homme le plus puissant du royaume. En ce 12 septembre 1661, il est emprisonné au château d'Angers.


AVEC
 ses dix tours, le château d'Angers peut encore ­ à distance ­ faire illusion. Mais lorsque l'on s'en approche, la triste réalité se fait jour : le bâtiment a été laissé dans un quasi abandon depuis des dizaines d'années. Seule une petite garnison pourtant mal logée y trouve quelque charme : c'est qu'elle ne risque pas d'y mourir d'autre chose que d'ennui. Depuis le 7 septembre 1661, la vieille bâtisse compte dans ses murs un pensionnaire de luxe : Nicolas Fouquet, le désormais ex-surintendant des finances de Louis XIV, emprisonné sur ordre du jeune roi. Il était, il y a quelques jours encore, l'homme le plus puissant du royaume, celui auquel on attribuait toutes les qualités et tous les pouvoirs : « personnage plein de charme, fin et distingué, affable et complaisant, à l'intelligence aiguisée et aux multiples talents. » Avec cela « juriste éminent, habile financier, diplomate avisé, ami fidèle, grand mécène, protecteur des artistes, des poètes et des écrivains » (Jean-Christian Petitfils dixit). Et puis, arrive ce fameux lundi 5 septembre. Louis XIV va entendre la messe à l'église des Carmes puis se rend au conseil auquel participe naturellement le surintendant. Vers 11 h, la séance est levée et le roi retient Fouquet histoire de l'entretenir de questions diverses.

Personnage plein de charme, fin et distingué, affable et complaisant

A un certain moment, il jette un coup d'oeil par la fenêtre : d'Artagnan ­ chargé d'arrêter Fouquet ­ est-il là avec ses mousquetaires ? Il est. Louis XIV donne alors congé au surintendant « fort gracieusement ». Ils ne se reverront plus jamais. L'autre ­ fort satisfait d'être plus que jamais dans les bonnes grâces du jeune souverain ­ descend le grand escalier, au milieu d'une nuée de parasites et de courtisans en tous genres, qui eux aussi ont fait le déplacement à Nantes. « Oui, à cette heure, c'était bien lui le vrai maître de l'Etat, le possesseur réel de la puissance royale » du moins le pensait-il, ignorant tout de la lettre de cachet remise à d'Artagnan le 4 septembre. La lettre était ainsi libellée : « De par le roi, sa Majesté ayant résolu pour bonnes considérations de s'assurer de la personne du sieur Fouquet, surintendant de ses finances, a ordonné au sieur d'Artagnan, sous-lieutenant de la compagnie des mousquetaires à cheval d'arrêter ledit sieur Fouquet et de le conduire sous bonne et sûre garde au lieu porté par le mémoire que Sa Majesté a fait bailler pour lui servir d'instruction, observant en sa marche que le dit sieur Fouquet n'ait communication avec qui que ce soit de vive voix ni par écrit. » Suivaient des instructions fort détaillées qui stipulaient notamment que « le sieur d'Artagnan prendra garde de ne point le quitter de vue dès l'instant qu'il sera arrêté et de ne point permettre qu'il mette la main dans ses poches, en sorte qu'il ne puisse détourner aucun papier et aussitôt qu'il sera arrivé dans ladite salle, il lui dira que le roi lui demande tous ses papiers qu'il peut avoir sur lui, prenant ses précautions pour empêcher qu'il n'en puisse retenir aucun. »

D'Artagnan prendra garde de ne point le quitter de vue...

Bref, tout était prévu dans les moindres détails y compris les travaux nécessaires à l'aménagement d'un logement convenable dans l'enceinte du fort vétuste château d'Angers. Pour commencer, il était entendu que les mousquetaires n'arrêteraient le surintendant que lorsque celui-ci aurait franchi les grilles. Mais d'Artagnan n'arrête pas immédiatement Fouquet parce qu'une confirmation annoncée n'arrive pas. Le mousquetaire pense un instant que le roi a changé d'avis. Au moment où on lui assure qu'il n'en est rien, l'autre a disparu. D'Artagnan fait prévenir Louis XIV que l'on a perdu la trace de Fouquet : c'est l'affolement... Le roi est blême de colère ; il lui faut Fouquet ! Les mousquetaires rattrapent la chaise à porteurs du surintendant non loin de la cathédrale et la font arrêter. Dialogue. D'Artagnan à Fouquet : « Monsieur, j'ai à vous parler. » Fouquet : « Cela ne peut-il attendre ? » Le mousquetaire : « Non, ce que j'ai à vous dire ne se peut remettre. » Fouquet sort de sa chaise, salue de son chapeau. Le mousquetaire : « Monsieur, je vous arrête par ordre du roi ! » Le surintendant : « Mais, Monsieur d'Artagnan, est-ce bien moi que vous voulez ? » L'autre, pour toute réponse, lui tend la lettre de cachet. Fouquet la lit, n'en croit pas ses yeux, la relit, observe : « Je ne m'attendais nullement à cela. Je croyais être dans l'esprit du roi mieux que personne dans ce royaume. Je suis à votre disposition, mais, je vous en prie, que cela ne fasse point d'éclat ». Voilà dont « l'écureuil » ­ Fouquet est un terme en patois qui signifie « écureuil » et la famille du surintendant avait mais un écureuil dans ses armoiries ­ en cage...

Les fautes sont personnelles ; vous étiez son ami

Apprenant la nouvelle, le jeune roi fit son apparition dans la salle des gardes où s'étaient assemblés à sa convocation les courtisans. Il y avait là, entre autres, Turenne, Condé, Brienne, d'autres tout aussi éminents. Louis XIV jubilait : « Messieurs, j'ai fait arrêter le surintendant. Il était temps que je fisse moi-même mes affaires, j'étais résolu depuis quatre mois à le faire arrêter. Si j'ai différé jusqu'à ce jour, c'était pour le frapper au moment qu'il se flattait d'être le plus considéré par ses établissements et ses amis... » Ses paroles tombent dans un silence glacial. Louis XIV, manifestement fort content de lui, annonce que Fouquet sera conduit au château d'Angers et que son épouse sera exilée à Limoges. Seul un ministre ­ Brienne ­ ose intervenir : pour demander à partager la disgrâce de son ami Fouquet et pour intercéder en faveur de l'épouse de celui-ci. Louis XIV refuse : « Les fautes sont personnelles ; vous étiez son ami mais je suis content de vos services. » Et il annonça que désormais, il administrerait personnellement les finances « et avec tant d'économie et de rigueur qu'il espérait bientôt soulager ses peuples au-delà de ce qu'ils pouvaient espérer et obliger tout le monde à bénir son administration et son règne. » Le procès de Fouquet va durer trois ans. Louis XIV ne cessera de peser sur les décisions du tribunal. Il voulait que Fouquet fût condamné à mort. Le surintendant déchu fut condamné au bannissement et à la relégation. Louis XIV exerça de manière curieuse son droit de grâce : il transforma le bannissement en prison à vie. Georges Mongrédien : « C'est, sans doute, le seul exemple qu'offre l'Histoire de l'exercice du droit souverain de grâce exercé dans le sens d'une aggravation de la peine. » Fouquet mourut en prison en mars 1680. Il est, au fil des siècles, devenu l'une des pistes possibles du « Masque de fer ». Il a du moins survécu à son premier geôlier à savoir d'Artagnan tué au siège de Maastricht en 1673. Seul, de plus en plus seul, Louis XIV passa le tournant du siècle. Mais comme chacun sait, personne n'a béni son administration et son règne.


L’écureuil en cage

Edouard Boeglin

Edition du mardi 12 septembre 2000

Journal l’Alsace

http://www.alsapresse.com/jdj/00/09/12/MA/1/article_1.html#

 

Crédit photographiqe

cdrh.unl.edu/louisxiv/vaux-le-vicomte.html

 

Le Véritable d'Artagnan

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-30972615.html

 

D’Artagnan, de l’histoire à la légende : création d’un mythe

Conférence de Claude AZIZA

http://www3.crdp-toulouse.fr/webcrdp/spip.php?page=dossier&theme=tout&num_dossier=270&univers=16

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