Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Les Enfants du brouillard : L'Affaire Mis et Thiennot

Jean-Claude Derey, romancier installé dans l'Indre, a enquêté en historien pendant quatre ans sur un lait divers criminel survenu dans sa province juste après la guerre, à l'origine semble-t-il d'une des erreurs judiciaires les plus scandaleuses de ce siècle (les victimes sont toujours vivantes). Le récit qu'il en tire, riche de révélations, voudrait aider à rouvrir le dossier en révision de « l'affaire Mis et Thiennot ». Et amener à faire enfin, publiquement, le procès d'une certaine police et d'une certaine justice aux ordres des puissants. Le procès, aussi, de cette France de l'après-guerre qui préféra laisser condamner des gamins innocents... plutôt que d'affronter quelques vilains souvenirs de l'époque qui venait de s'achever.


Un livre impressionnant par ce qu'il révèle des dessous de notre société... dans le droit fil de ce qu'avait réussi Gilles Perrault avec Le Pull-over rouge ou Truman Capote avec De sang froid - deux modèles, selon l'auteur, de ce que la littérature peut apporter à ses lecteurs quand elle se met honnêtement au service de l'Histoire.

Détails sur le produit

Broché: 344 pages

Editeur : Phébus (31 mars 2002) 

 

L’affaire Mis et Thiennot - La mort de l’innocent


Article paru le 6 juin 2003 dans l’Humanité


Gabriel Thiennot n’est plus. Son nom est un symbole de l’erreur judiciaire. Sa mort nous frappe comme une double peine. La tristesse de perdre un ami se mêle au sentiment qu’une ultime injustice se rajoute à celle qui a débuté le 29 décembre 1946, à Saint-Michel-en-Brenne, dans l’Indre. Le garde-chasse du hobereau local, Lebaudy, magnat du sucre, est retrouvé assassiné. L’enquête diligentée par le commissaire Daraud, connu pour sa collaboration avec les nazis, cible très vite un groupe de huit jeunes chasseurs. Il désigne parmi eux, les " tueurs " : Gabriel Thiennot et Raymond Mis. Un " rouge " fils de résistants et un enfant de " Polaks ". Pour les faire avouer, Daraud va les torturer nuit et jour. " Il nous faisait faire la prière des Juifs. " Quarante ans plus tard, Gabriel Thiennot a éclaté en sanglots en m’expliquant ce qu’on leur avait fait subir : " Il nous mettait des morceaux de bois entre les doigts, et puis il écrasait. " Quarante ans après, des témoins avaient encore la tête pleine des cris des jeunes " interrogés " par la police.


Premier procès en 1947. L’accusation repose sur les dires d’un des chasseurs que Lebaudy prendra en charge financièrement. Le commissaire reconnaîtra avoir reçu des cadeaux du marchand de sucre. Mis et Thiennot sauvent leur tête mais écopent de lourdes peines de travaux forcés. Condamnation cassée et confirmée deux fois. En 1953, le seul témoin à charge est déclaré débile mental, après avoir incendié une ferme. Gabriel et Raymond sont graciés et libérés. Depuis, ils réclament leur réhabilitation, soutenus par un comité de soutien dont l’action inlassable a bousculé l’institution judiciaire. Avec l’affaire Seznec, celle de Mis et Thiennot a facilité la révision des procès. Est-ce pour les punir de ce combat que la justice leur a refusé le droit d’être rejugés ? Le témoignage d’un gendarme, recueilli par Claude Kroës pour l’Humanité, a démontré l’invraisemblance de l’accusation. Tout y est faux. Même le nom de l’assassin, aujourd’hui décédé, nous est connu. Nous l’avons publié, sans être démenti par ses proches. Finalement, l’affaire Mis et Thiennot n’est pas une " erreur judiciaire ", car la justice n’est s’est pas trompée. Elle couvre l’un des pires scandales judiciaires du siècle passé. Gabriel et Raymond sont réhabilités depuis longtemps dans l’opinion publique. On ne peut pas en dire autant de ceux qui maintiennent la fiction de leur culpabilité. Le combat de Gabriel continue.


Serge Garde

 

Réhabilitation pour Mis et Thiennot ?

Par LEXPRESS.fr, publié le lundi 15 janvier 2007, mis à jour à 19:34 - mis à jour le 25/10/2007

60 ans après les faits, la commission de révision des condamnations pénales se penche aujourd'hui sur l'affaire Mis et Thiennot, ces deux hommes condamnés à quinze ans de travaux forcés pour le meurtre d'un garde-chasse qu'ils ont toujours nié


Après l’affaire Seznec, la commission de révision des condamnations pénales se penche aujourd’hui à Paris sur l'affaire Mis et Thiennot, ces deux hommes condamnés il y a presque 60 ans à quinze ans de travaux forcés pour le meurtre d'un garde-chasse qu'ils ont toujours nié.


Des aveux contestés


Les cinq magistrats de cette juridiction, qui a pour fonction d'examiner les requêtes en révision avant de décider de les transmettre à la Cour de révision, seule habilitée à remettre en cause une condamnation, vont siéger à huis clos toute la journée. L'audience, présidée par Martine Anzani, s'est ouverte en présence de Raymond Mis, aujourd'hui âgé de 79 ans et de la veuve de Gabriel Thiennot, décédé en 2003 à l'âge de 76 ans.


Le 31 décembre 1946, le cadavre du garde-chasse Louis Boistard, disparu deux jours auparavant, était découvert dans l'étang des Saules, sur la commune de Saint-Michel-en-Brenne (Indre). Les soupçons se portent sur Raymond Mis et Gabriel Thiennot, arrêtés avec un groupe de chasseurs, début 1947. Interrogés par les enquêteurs, les deux hommes passent aux aveux avant de se rétracter, affirmant avoir été torturés.


L'avocat général Laurent Davenas a estimé lundi de son côté devant la commission de révision qu'il n'existait pas d'élément nouveau susceptible de faire naître un doute sur le verdict de culpabilité prononcé en 1950 contre Raymond Mis et Gabriel Thiennot. 


Cinquième requête en révision


Fait exceptionnel, le dossier est passé trois fois devant les assises, les arrêts des cours de l'Indre du 24 mai 1947 et de la Vienne du 3 décembre 1948 ayant été annulés par la Cour de cassation. C'est finalement la cour d'assises de la Gironde qui, le 5 juillet 1950, rend un verdict aujourd'hui encore contesté par les intéressés et leurs proches: quinze ans de travaux forcés pour meurtre.


Soixante ans après les faits, la commission de révision va examiner une cinquième requête, déposée le 9 juin 2005, visant à remettre en cause la condamnation prononcée par la cour d'assises de Gironde. La première requête avait été déposée en 1980, d'autres ont suivi en 1984, 1991 et 1996.


Toutes ont été rejetées.


L’avocat des deux familles, Me Jean-Paul Thibault, a bon espoir de voir ses deux clients innocentés, s’appuyant sur un dossier de révision qu’il estime renforcé par la preuve de la probable culpabilité d’ un métayer des environs de Saint-Michel-en-Brenne (Indre), où s'était déroulé le crime.

 

Affaire Mis et Thiennot: "Cette décision est terrifiante"

propos recueillis par Gilles Gaetner, publié le lundi 19 mars 2007, mis à jour à 13:01 - mis à jour le 25/10/2007

Condamnés en 1947 à quinze ans de travaux à perpétuité pour le meurtre d'un garde-chasse qu'ils ont toujours nié, Raymond Mis et Gabriel Thiennot ne seront pas réhabilités. Ainsi vient d'en décider, ce lundi, la Commission de révision des condamnations pénales présidée par Martine Anzani. Me Jean-Paul Thibault, l'avocat de Mis, seul survivant de ce fait divers hors norme - Thiennot est décédé en juin 2003 - répond aux questions de LEXPRESS.fr


Que pensez-vous de cette décision?


Je suis évidemment très triste et je me dis que cette décision est terrifiante. Cette justice-là continue à proclamer son infaillibilité et refuse de reconnaître ses erreurs, même si elles sont très anciennes et explicables, sinon pardonnables. Ainsi donc, Mis et Thiennot ne bénéficieront pas de la loi de juin 1989 (votée après un premier rejet de requête en révision en 1988 - NDLR), qui a introduit la notion de "doute" pour permettre la révision des condamnations.


Je dois préciser que depuis près de vingt ans, plus de 99% des requêtes sont rejetées. Avec une telle pratique, même Dreyfus n'aurait pas été innocenté!


C'est un recul et une grave erreur pour la justice de ne pas reconnaître ses erreurs. C'est incompréhensible et inique d'autant que d'un strict point de vue psychologique et humain, il est impossible que huit hommes - Mis, Thiennot et leurs six camarades chasseurs - aient pu clamer d'un seul coeur leur innocence depuis 60 ans de façon à la fois unanime et permanente!


Bref, la commission de révision présidée par Mme Anzani, malgré des réquisitions peu farouchement opposées de l'avocat général Davenas le 15 janvier dernier, et un rapport plutôt favorable de M Pometan, a pris le risque d'une nouvelle injustice par cette décision, qui sera incomprise de tous. Il y avait avec le dossier Mis et Thiennot une occasion de regagner confiance et crédibilité dans l'opinion depuis les affaires Outreau et Seznec en particulier.


Alors pourquoi une telle décision? Il y avait pourtant des éléments nouveaux qui semblaient attester de l'innocence de Mis et Thiennot...


Effectivement, les éléments nouveaux prouvant l'innocence ou apportant l'ombre d'un doute étaient en effet nombreux et concordants. C'est d'abord la preuve que des aveux, sur lesquels reposait exclusivement l'accusation, ont été obtenus après plusieurs jours de tortures et de violences policières en janvier 1947. C'est encore l'absence de constatations matérielles attestant d’une quelconque culpabilité. C'est aussi l'absence de témoin à charge, si ce n'est un débile qui a changé six fois de version. Ce sont enfin des témoignages qui attestent de la probable culpabilité d'un tiers (Désiré Brunet). Et j'en passe... La commission a ignoré cela, a classé le doute et confirmé que Mis et et Thiennot étaient des assassins.


Comment croire en une telle justice? N'était-ce pas l'occasion pour cette dernière de regagner sa crédibilité et son honneur? Qui va juger les juges qui se trompent et qui ne connaissent pas le doute?

Qu'allez-vous faire? Un recours devant la Cour européenne des droits de l'homme est-il possible?


Nous allons l'étudier. En particulier par rapport aux aveux extorqués par la violence et sans valeur juridique aux yeux des conventions internationales et européennes actuellement applicables. Je dois ajouter que des pièces ont été portées à la connaissance de la commission durant son délibéré sans que nous en soyons informés. Ce qui, c'est le moins, qu'on puisse dire, n'est pas très équitable au sens juridique du terme et selon la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme.

 


Affaires criminelles - Criminalité (85)

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article