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A l’Institut de France, le 17 novembre 2008, dans le cadre de sa séance publique annuelle, l’Académie des sciences morales et politiques a décerné le « Prix Louis Cros 2007 » à Manon Pignot pour sa thèse : « Allons enfants de la patrie ? Filles et garçons dans la Grande Guerre : expériences communes, construction du genre et inventions des pères (France, 1914-1920) »

 

Le point de vue du CUIP sur le travail de Manon Pignot

 

« Allons enfants de la patrie ? Filles et garçons dans la Grande Guerre : expériences communes, construction du genre et invention des pères (France 1914-1920) ».

 

Disons-le d’emblée et avec beaucoup de plaisir, il s’agit ici d’une thèse, passionnante à maints égards, soutenue à l’EHESS en décembre 2007.

 

Manon PIGNOT nous présente une histoire de « l’enfance en guerre » avec toutes les difficultés de méthodes inhérentes à ce type d’approche et s’en sort admirablement en partant à la recherche de ce qu’elle appelle joliment de « petits gisements archivistiques » : les souvenirs d’enfance, les journaux intimes, les lettres écrites aux pères et par les pères, les devoirs et les productions scolaires (cahiers, journaux de guerre conservés à l’INRP à Rouen, rédactions, dessins, objets divers)…

 

Manon PIGNOT, agrégée d’histoire et actuellement ATER à l’Université de Nanterre, ne découvre pas le sujet, puisque dès 1999 son mémoire d’histoire portait sur « la fillette pendant la Grande Guerre », qu’en 2003 elle a été la cheville ouvrière d’une exposition sur « les enfants dans la Grande Guerre » à Péronne et en 2004, elle publie La guerre des crayons à partir de plusieurs centaines de dessins provenant de deux écoles de Montmartre en 1914-1918.

 

Cette expertise et cet engagement sur la longue durée font comprendre la très grande qualité de la thèse qui vise à partir des enfants eux-mêmes, comme sujets et comme acteurs. D’une certaine façon, il y a là une histoire sociale de l’enfance en guerre qui est un apport considérable sur la Grande Guerre elle-même.

 

L’auteur fait ainsi apparaître avec beaucoup de vérité la succession des événements à travers le regard des enfants, principalement français mais aussi allemands et britanniques, par exemple :

 

La rencontre avec la guerre : l’annonce de la guerre, le tocsin, la modification de la cellule familiale avec le départ des hommes ; l’adieu au père, les « amputés de papa » selon un enfant de 1914, les larmes des mères, les enfants déplacés (ce qui est moins connu), le climat de panique et les rumeurs (notamment celle d’enfants aux mains coupées par les Allemands), l’invasion, les exactions et les pillages, les réquisitions… Manon PIGNOT s’intéresse à la fois à la France occupée et à la France « libre ».

 

La mobilisation enfantine :

 

- par les jouets et les jeux de société (on joue à la guerre et aux soldats, on fait des tranchées à la plage, on fabrique des armes…) ;

 

- par la presse enfantine qui est un vecteur de propagande ;

 

- par un investissement à l’école : Manon PIGNOT montre avec beaucoup de talent la mise en place d’une véritable « scolarité de guerre » (dès le 7 août 1914 le ministre de l’instruction publique Albert Sarraut explique et justifie la guerre par des messages aux écoles). Cette « scolarité de guerre » n’est pas exempte de clichés : à travers les productions étudiés, les Français sont toujours « braves », les Allemands toujours « lâches ». L’école est donc en guerre aussi et les enfants l’ont parfaitement compris. Réussir à l’école devient le pendant de l’effort du soldat au front. Chacun est à son poste : l’excellence scolaire est aussi une bataille contre l’ignorance qui doit répondre à l’excellence combattante. Cette scolarité de guerre est aussi empreinte de culpabilisation : les enfants « petits poilus de l’arrière » doivent non seulement bien travailler à l’école mais aussi mériter ce que les « poilus des tranchées » font pour eux et le cas échéant doivent se priver pour eux.

 

La fin de la guerre que Manon PIGNOT laisse entrevoir comme possible fin de l’enfance elle-même, les plus jeunes, souligne son directeur de thèse, « étant investis de la responsabilité de la mémoire et du deuil » envers ceux qu’on appelle désormais, justement, les « enfants de la patrie »

 

La paternité pendant la guerre, etc.

 

On doit ajouter que cette thèse, souvent émouvante, est remarquablement écrite. Comme cela a été signalé lors de la soutenance, il s’agit en fait déjà d’un livre.

 

Au total, une thèse d’une rare qualité qui fera date dans l’historiographie de la Grande Guerre.

 

Madame Manon Pignot (30 ans) est Maître de conférence à l’Université de Picardie.

 

http://www.cuip.fr/actualites.html

 

 

En résumé : La guerre des crayons

 

Un livre magnifique, composé des dessins d'enfants bouleversants et d'une excellente mise en perspective critique, qui nous permet d'appréhender une autre vision de la Grande Guerre, arrachée à l'oeil des adultes. Avis de la Fnac : La guerre des crayons

 

Pour réparer, l'oubli de la part émotionnel des enfants en prise avec les grands bouleversements historiques, cet ouvrage, fruit du travail de Manon Pignot, agrégée d'histoire et commissaire de l'exposition " Les Enfants et la guerre " à l'Historial de Péronne, ressuscite de bouleversants dessins d'enfants de 6 à 13 ans, réalisés pendant la Grande Guerre. Ces productions, effectuées à l'invite de leurs instituteurs par les élèves parisiens des écoles des rues Sainte-Isaure et Lepic à Montmartre, montrent toute la complexité de la position de l'enfant en temps de guerre : enfant dont le père (et/ou le grand frère) est absent, bien sûr, mais aussi enfant investissant le rôle singulier d'un être affranchi de l'autorité paternelle. Alors qu'ont donc à nous dire ces dessins de gamins aspiré par la tourmente d'un conflit sanglant ? Eh bien simplement la réaction nue face à la violence guerrière, tant sur un mode cathartique - il s'agit de conjurer l'horreur du combat et l'angoisse de la mort des proches - que sur le mode de l'apprentissage du petit soldat par délégation, qui peut par exemple tuer avec son crayon et devenir ainsi un patriote... Un livre magnifique, composé des dessins bouleversants et d'analyses extrêmement fines, qui nous permet d'appréhender une autre histoire, ou plutôt une autre vision, de la Grande Guerre.

 

La guerre des crayons, Quand les enfants d'une école de Montmartre dessinent la première guerre mondiale

Auteur : Manon Pignot 

Editeur : Parigramme Eds 

Date de parution octobre 2004 

Format 23 cm x 27 cm 

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